Commentaires

Pour Info

Oui d'accord, c'est écrit tout petit mais ce n'est pas une raison pour l'ignorer. Tout commentaire lié à ces critères, au rap, à Michel Drucker et à la défense des pigeons ne sera pas publié.
Une idée? Un conseil? Rendez-vous dans la
boite à idées ! Pour une explication des différentes rubriques, rendez-vous ici.




615.165
visiteurs et
2.575.959
pages parcourues
depuis le 8 mars 2005
 2  personne(s) exceptionnelle(s) actuellement en ligne.

1180 articles parus ou en attente de parution
102 en préparation


Calendrier

Août 2008
L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30 31
             
<< < > >>

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0
Lundi 25 février 2008

Il m’est arrivé dans ma courte carrière d’assistant professeur d’être confronté à des élèves dont les capacités mentales n’étaient pas optimales.

Si le diagnostic demeure aisé face à un garçon trisomique, il n’est pas toujours facile de déterminer à qui l’on a affaire. Pour schématiser, lors d’un premier cours, on se demande si l’on s’adresse à un écolier normal qui n’aurait pas bien entendu, à un écolier turbulent qui n’aurait pas bien entendu parce qu’il se tamponne allégrement de votre présence, à un écolier qui ne peut physiquement vous entendre, à un écolier qui se paie votre tête, à un écolier persécuté complètement replié sur lui-même ou à un handicapé mental qui a été catapulté dans votre leçon car on lui a dit que l’anglais, c’était rigolo et que pour une fois il verrait ses camarades du même âge. Ce n’est qu’après quelques questions infructueuses que vous vous rendez compte que l’enseignant que vous assistez aurait bien fait de vous en parler au préalable. Hélas dans 100% des cas, on vous dit à la fin de l’heure : « Oui, Machin-kun fait partie de la classe Pousse-de-bambou, au fait. ». Ces enfants sont en général placés dans des classes spécialisées dont le nom a toujours étrangement rapport avec le monde végétal. Il peut arriver néanmoins que des enfants a priori capables de suivre des cours normaux grossissent les rangs de ces classes ou qu’inversement, des handicapés lourds fassent partie des classes normales. C’est aux parents que revient une telle décision (comme nous l’avons évoqué ici). Je dois donc parfois officier dans des classes spéciales et la tâche n’a rien de facile puisque vous pouvez vous trouver en face de gamins dont l’âge et l’handicap diffèrent énormément l’un à l’autre et il est nécessaire de s’adapter en fonction. Dans une de mes écoles, j’enseigne à quatre de ces enfants. Deux d’entre eux peuvent comprendre un cours, tandis qu’un autre ne s’y intéresse qu’épisodiquement alors que le dernier, toujours jovial, n’est doué que pour le dessin (« surdoué » serait d’ailleurs plus approprié). L’un d’entre eux produit un volume considérable de salive alors qu’un autre se racle la gorge comme un ossan toutes les dix minutes et recrache le tout bruyamment dans un mouchoir. En hiver, un débit invraisemblable de liquide nasal se déverse des quatre et fait passer les chutes du Niagara pour une cafetière défectueuse. Le cours est donc continuellement interrompu par des séances de nettoyage.

Lorsque ces tokushuu 特習appartiennent à une classe normale, on n’exige bizarrement de vous aucune modification de votre leçon. La plupart du temps, ces enfants s’occupent dans leur coin, dans leur petit monde, puisque c’est trop difficile pour eux. Je ne comprends pas mes collègues : un cours adapté et à part leur serait bien plus profitable. Leur présence en cours normal s’avère inutile et parfois même gênante. Se sentant à l’écart, certains commettent occasionnellement des actes de violence : ils tirent les cheveux de certaines filles, envoient valser des chaises, se mettent à hurler subitement, chantent sans interruption pendant plusieurs minutes etc. L’une de mes plus grosses classes composées de 40 élèves accueille systématiquement pendant mes cours cinq enfants handicapés. Réclamer le silence de quarante surexcités de 9 ans s’avère déjà dur, alors imaginez quand on en ajoute cinq, complètement galvanisés par le vacarme qui les entoure. D’autres enfants restent calmes mais il serait bien plus judicieux de les garder occupés. Une fille de huit ans passait la totalité de l’heure à gribouiller des mots sur une feuille de papier. Celle-ci, habituée à participer, était particulièrement muette ce jour-là. Je jetai alors un coup d’œil à son bout de papier et mon sang se glaça en un tour. Elle avait fait des lignes de « Crève ! Crève ! Crève ! Vieille bonne femme ! Chauve ! ». Même si cela ne m’était apparemment pas destiné, je ne pus m’empêcher d’en toucher un mot à sa maîtresse, qui m’avoua qu’elle était au courant. Depuis, elle continue ses délires à la Shining…

Image Hosted by ImageShack.us


Dans l’une de mes classes de sixième, un garçon de forte corpulence, le jeune O. me fit sérieusement penser lors de notre premier contact qu’il n’avait pas sa place parmi les enfants de son âge. L’institutrice, dès le début, avait déjà pris la mauvaise habitude de s’absenter pendant une bonne vingtaine de minutes me laissant ainsi face à des éléments peu accommodant. Ils bavardaient tous sans trop se préoccuper de moi et je me mis à hausser le ton ce qui provoqua une réaction chez O. A l’époque, j’ignorais tout de sa condition puis que l’on m’en informa qu’à la fin du cours (même si, vous allez voir, j’avais tiré mes propres conclusions par la suite). O. donc, se mit à crier « No ! » en anglais tout en me fixant avec un regard défiant. Je n’allais pas laisser ma première rencontre avec ces malpolis tourner à la rébellion : je lui demandai de se taire plutôt fermement. Durant les quelques minutes qui suivirent, il déchira la feuille que j’avais distribuée, donna un violent coup de pied à son bureau, et envoya sa chaise en vol plané dans le fond de la classe. La prof me gratifia de sa présence au bon moment (bien qu’un peu tard), et raisonna la furie. Il reprit place et se tint plus ou moins calme : tout en montrant le blanc de ses yeux, il donnait des coups de tête à l’épaule de son voisin mais gardait le silence. Face à un tel comportement, je décidai qu’il était plus judicieux pour tous (et pour lui-même) de l’ignorer. A ce stade, je m’étais donc rendu compte qu’il n’était pas comme les autres et envisageai de faire part de mon mécontentement à l’enseignante qui avait omis de me le signaler et qui par-dessus le marché avait pris la poudre d’escampette. Un peu plus tard, elle le força à recracher une gomme toute souillée de crayon qu’il avait subitement décidé de mastiquer.

N’ayant reçu aucune formation spécialisée, je n’ai pu que me baser jusque là sur ma courte expérience mais ce qui m’a toujours surpris, c’est de voir que plusieurs de mes collègues japonais n’en savaient pas plus que moi…

par Ludo publié dans : Ecoles
ajouter un commentaire commentaires (5)   
Mardi 4 septembre 2007

Certains stéréotypes ont la vie dure, d’autres sont vrais : les Japonais sont souvent tatillons.

Toutes les écoles du monde ont au moins utilisé une fois dans leur histoire des schémas illustrant la parfaite posture assise d’un élève. Celui-ci, comme paralysé par un manche à balai profondément planté dans son anatomie fait souvent figure de gros fayot (ce n’est pas moi qui le dit, c’est Gotlib). La touche japonaise diffère des autres par l’ajout de données on ne peut plus capitales comme l’angle que doivent adopter telle ou telle partie du corps (90 degrés pour les avant-bras avec le reste du tronc, et entre 10 et 20% pour l’inclinaison de la tête). Dans la pratique, aucun gamin ne se tient de la sorte. On en voit placés en tailleur, ou une jambe à l’équerre tandis que l’autre est posée sur le casier situé sous le bureau, ou les deux pieds sur la chaise avec les genoux près du visage, ou encore la moitié du corps affalée sur la table.

 
Image Hosted by ImageShack.us


Notez le sérieux de ces instructions, sans doute anciennes puisque l’on ne décèle aucun message kawaiiste.

par Ludo publié dans : Ecoles
ajouter un commentaire commentaires (3)   
Mercredi 15 août 2007

Notez bien, chers ougleurs, ce jour d’une pierre blanche car je vais exceptionnellement cesser de casser du sucre sur le dos de l’éducation nationale nipponne. Après un nombre important de critiques sévères du système, il était temps de mettre un peu d’eau dans mon vin et de vous énumérer en vrac les bons côtés de la chose.

La force de ce système réside avant tout dans le fait de permettre à un grand nombre d’accéder aux études supérieures. Certes l’absence (à quelques exceptions près) de redoublement y est pour beaucoup et on trouve un peu de tout dans les lycées et universités. Pourtant au final, tout le monde a effectué plus ou moins sa part et peut intégrer sans problème le monde du travail. Bien sûr ceux issus des filières d’élite auront droit aux meilleurs postes. La recherche d’un emploi se réalise souvent avec l’aide de sa fac, un an à l’avance ce qui implique qu’à l’obtention du diplôme, les lauréats peuvent commencer à travailler immédiatement.

Dès le primaire, les enfants suivent des cours d’artisanat et de cuisine. Ils y apprennent le maniement des gros couteaux par l’épluchage de légumes ou de fruits, comment confectionner une omelette etc. La vue d’un gamin manipulant un coupe-chou plus grand que son bras pourrait rendre blanc de terreur certains occidentaux (n’est-ce pas Papa ?) mais au final, aucun accident n’est à déplorer. Je suis d’ailleurs toujours étonné de voir Naoko éplucher une pomme avec notre couteau de boucher.

Dans le même ordre d’esprit, on leur enseigne comment planter le riz (taue 田植え) ou comme dans l’une de mes écoles, récolter le thé. En outre, dans chaque établissement, on élève des poules, des lapins, des perruches ou encore des tortues.

 
Image Hosted by ImageShack.us

 

La dynamique de groupe reste particulièrement efficace. Les élèves vont par exemple répéter tel point de cours en même temps et les salutations de début et de fin de leçon se font toujours à l’unisson. Lors de travaux pratiques, la classe va être divisée en petit groupes (han ) homogènes. Pour éviter toute anarchie, l’instituteur nomme plusieurs responsables (kakari 係りet tôban 当番) en plus des chefs de classe (gakkyûin 学級員) : responsable de cantine, chargé du ménage dans le couloir untel, responsable des salutations, chargé de l’effacement du tableau, etc. En cas de problème, ce seront eux qui subiront les foudres de l’enseignant. Il m’est arrivé plusieurs de voir les gakkyuin d’une classe difficile que je venais d’officier venir s’excuser au nom de tous les élèves (avec, il est vrai, la pression du prof dans leur dos).

Comme je viens de l’évoquer, les enfants sont chargés de la distribution des rations de cantine. Il n’existe pas de réfectoires en primaire : les pioupioux désignés doivent revêtir une blouse blanche, se couvrir d’un chapeau élastique blanc et porter un masque puis se rendre dans la pièce où de grandes marmites métalliques viennent d’être livrées. Pendant ce temps, d’autres vont prendre les bols et assiettes, d’autres les caisses de bouteilles de lait. Tout va être transporté en classe puis distribué et tout sera de nouveau rangé à l’issue du repas. Ces corvées ne s’arrêteront pas là pour autant puisque vient l’heure du ménage. Bien que réalisé très superficiellement et sans vraiment de sérieux dans de nombreux cas, le ménage démontre le pouvoir de la hiérarchie japonaise. Dans chaque zone à nettoyer (salle des profs, salle de la photocopie, toilettes etc.), un sixième année va superviser le travail de ses cadets, et attention si ceux-ci prennent cela à la légère. On retrouve ce schéma sur la route de l’école où des sixièmes années vont diriger un groupe d’enfants du même voisinage à bon port.

Enfin, les journées d’un écolier japonais restent courtes. Les cours ne vont pas au-delà de 15h35 et se terminent le plus souvent vers 14h40. Le jeudi après-midi (ou un autre jour de la semaine) est consacré aux activités sportives et musicales sous la forme de clubs. Ces activités ont lieu en plus des leçons normales de musique et d’éducation sportive. Ajoutez-y la préparation aux événements culturels comme le festival de l’école, la rencontre sportive annuelle (undôkai 運動会) et les différents matchs entre les écoles de la même région et vous comprendrez qu'on accorde beaucoup d'importance à la musique et au sport.

par Ludo publié dans : Ecoles
ajouter un commentaire commentaires (4)   
Mardi 31 juillet 2007

Voir les épisodes précédents.

 

15h15

Je reprends le petit train de campagne. A cette heure-ci, on n’y trouve que trois petits vieux. Plusieurs minutes plus tard, j’effectue un changement et prends place dans un express digne de ce nom.

Image Hosted by ImageShack.us

 

15h35

La fatigue me tombe dessus d’un coup. J’avoue ne pas trop la ressentir à l’issue d’une journée normale de cours (ce qui n’arrive jamais dans la mauvaise école du lot) mais après avoir passé un certain temps dans un transport en commun et sachant que je n’ai pas encore dépassé la moitié du trajet, mes paupières deviennent subitement très lourdes.

 

15h55

Le train s’arrête à la station Truc et un flot de passagers annonçant le retour à la civilisation pénètre subitement dans la rame et me sort de la léthargie profonde qui me fait plutôt mal au cou. Sans m’en rendre compte, ma tête subit les lois de la pesanteur mais résiste bravement. Quelques moments d’absence et elle sombre en avant mais un réflexe un peu tardif la remet en place. Ce mouvement de balancier doit être assez hilarant aux yeux des usagers puisqu’il n’est pas rare que certains sourient dès que je me réveille pour de bon. Un peu hagard, je sais que je dois impérativement garder l’œil ouvert pendant les cinq minutes qui vont suivre.

 

16h00

Comme toujours, Il est là, fidèle au poste, le doigt pointé en avant. Je croyais qu’il montrait de l’index le train mais après avoir vu la scène de la dernière voiture, il apparaît qu’il garde la pose même après le passage de l’express. Je ne me lasse jamais de ce spectacle et c’est toujours avec beaucoup de mal que je tempère mes rires.

 

16h35

Je suis enfin rentré à la maison. Contrairement à l’année dernière, Naoko m’attend. Il n’y a pas à dire, c’est le meilleur moment de la journée.

par Ludo publié dans : Ecoles
ajouter un commentaire commentaires (4)   
Mardi 24 juillet 2007

Voir les épisodes précédents.

 

12h30

Je vais enfin pouvoir gratifier mes papilles gustatives d’un succulent festin. Non, ne vous faîtes aucune illusion. Ce n’est pas parce que j’ai changé de zone que je vais tomber sur un miracle culinaire : la nourriture servie distribuée dans les écoles nippones n’arrive certainement pas à la cheville de la pire des tambouilles carcérales. Pour être tout à fait honnête, elle est parfois un peu meilleure que l’année dernière. Le littoral étant plus proche et son emplacement en pleine campagne fait en sorte que de temps en temps, on peut bénéficier de petites douceurs : crevettes grillées, soupe miso aux coquillages, mini-tomates etc. Bien sûr la plupart du temps nous avons droit à l’éternel bouillon de légumes trop cuits, au riz froid pas bon et au bout de poisson moyen, le tout accompagné de 20cl de lait.

Cette année, j’ai enfin la chance de pouvoir manger chaud (à l’exception du riz qui ne l’est jamais) car pour la première fois, aucune de mes écoles ne me demande de déjeuner avec les élèves. Une fois le dernier cours de la matinée terminé, je peux me restaurer sans attendre vingt minutes ! Ca a l’air de rien comme ça mais cela ne m’était pas arrivé depuis 2001.

Le fait d’être assis dans le calme de la salle des profs me permet aussi de décompresser. Fini le stress des monstres excités qui essaient par tous les moyens de vous administrer un kanchô et fini le vacarme. Je prends donc mon temps et savoure chaque minute de silence.

 

Image Hosted by ImageShack.us


12h55

Il me reste une heure avant le début du dernier cours de la journée. J’en profite pour rédiger un ou deux articles.

14h00

A l’exception d’une école où je dois généralement subir deux cours dans l’après-midi, cette quatrième heure de cours de la journée annonce aussi sa fin.

 

14h45

Je rejoins la salle des profs une dernière fois et commence à rassembler mes affaires. Cette année, le rectorat a décrété que, compte tenu du long trajet que je dois effectuer chaque jour et du peu de trains disponibles, je dois rentrer vers 15h00 (quand je n’ai que zéro ou un cours dans l’après-midi). Inutile de vous dire que cela me convient parfaitement.

 

15h00

Je quitte l’école, reprends mon vélo et fais route pour la gare.

 

A suivre

par Ludo publié dans : Ecoles
ajouter un commentaire commentaires (5)   
Blog : Rêver sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus