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Jeudi 24 avril 2008

En juillet dernier, je décidais d’acquérir God of War II en version coréenne, un jeu vidéo s’inspirant de la mythologie grecque et mettant en scène un spartiate surpuissant dans des environnements somptueux. Je voulais ce jeu acclamé par la critique internationale au plus tôt et préférais abandonner la version japonaise qui ne devait sortir que bien plus tard. Une fois le soft en main, je fus très déçu de voir que contrairement à ce que stipulait le vendeur, il n’était pas permis de choisir les voix en anglais et que tous les dialogues et menus étaient en hangul. Après avoir compris comment modifier les options et sauvegarder une partie, je fus en mesure de terminer l’aventure sans malheureusement comprendre un traître mot à l’histoire. Sept mois plus tard, le titre sortit en version japonaise et je pus mettre la main sur une version d’occasion bon marché. Je pus regoûter à ce chef d’oeuvre et enfin le comprendre. Outre la langue, les deux versions possédaient de nombreuses différences, la plupart demeurant vraiment ridicule. Jugez plutôt.


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Que ce soit en Corée ou au Japon, God of War II est destiné aux plus de 17 ans à cause de sa violence et de quelques éléments de nudité rares : quelques paires de seins à deux ou trois moments mais pas de quoi fouetter un chat (on voit des choses bien plus explicites à la télévision dans la journée).

La censure au Japon fonctionne de bien curieuse manière. On dissimule par un effet de flou ou une mosaïque tout organe sexuel quel que soit le film. Apocalypse Now demeure un parfait exemple. Dans une scène où le commun des mortels ne songerait en aucun cas à se rincer l’oeil ou à faire un arrêt sur image, on aperçoit une dizaine de corps dénudés pendus, en décomposition, et une petit cercle flou cache chacune des parties, des fois qu’un détraqué bave de bonheur à la vue d’une bistouquette de cadavre.

A la télévision (en dehors des films et des séries télévisées), on ne verra jamais une seule poitrine. Dans les publicités, les actrices qui vantent des produits tels que les gels douche, sels de bain ou shampooing, semblent dans de nombreux spots revêtues d’une espèce de peignoir en mousse lorsqu’elles sont assises dans leur baignoire. A vrai dire, elles en ont tellement jusqu’aux épaules (et suivant un ligne parfaite) qu’on a l’impression qu’on est en train de les faire prendre dans du ciment. Une chose est sure : il y a plus de mousse que d’eau dans le bain. Il arrive pourtant que certains s’exhibent, en particulier dans les émissions comiques. Dans ce cas un macaron rajouté au mixage et au nom de l’émission ou du bénéficiaire fait office de cache. Il est impossible de déterminer avec certitude si la personne incriminée réalise ou non un attentat à la pudeur et je soupçonne dans de nombreux cas qu’on nous ment. Les seules exceptions sont les drama (feuilletons) de la journée, les films américains et dernièrement une pub mettant en scène une Africaine qui allaite son enfant.

En parallèle, on n’entendra jamais un mot de travers. Tous les mots politiquement incorrects, les noms de personnalités que l’on accuse pour telle ou telle raison sont bipés sauvagement avec un bruit de vieux klaxon ou de revolver. Il est parfois permis de dire le mot « couille », « zizi » ou « caca » mais la transgression s’arrête là ce qui est étonnant quand on sait que la langue japonaise manque singulièrement de mots vulgaires ou de jurons. L’éventail des mots interdits doit s’avérer plus que restreint.

Les informations utilisent également la censure sous trois formes. Il y a d’abord celle exercée à la source par les clubs de presse japonais fonctionnant en accord avec le pouvoir. L’exemple le plus flagrant demeure le retard du traitement de l’information par rapport aux médias étrangers : l’épidémie du SRAS ne fut l’objet d’un sujet que plusieurs semaines après les premiers décès en Asie du sud-est et ce, de manière très évasive. Il fallut que les agences de voyage du pays aient décidé de déconseiller les déplacements dans le reste de l’Asie pour qu’une émission se jette sur l’affaire en jouant sur la paranoÏa. La crise au Tibet fut traitée plus rapidement mais ce retard montre le désintérêt de la télévision nipponne pour les sujets internationaux. Tous les soirs avant le prime time, on a droit en général à deux journaux à l’américaine. Un spot national de moins de dix minutes développe d’abord quatre sujets : le fait-divers, la sphère politique, la guerre ailleurs et la naissance d’un bébé koala au zoo de Bidule. Lui succède un spot de cinq minutes qui ne traite que de trois sujets locaux : le fait-divers numéro un (qui a éventuellement fait l’objet d’un reportage dans le journal précédent avec les mêmes séquences), le fait-divers numéro deux (souvent un accident de la route, mais c’est sans doute propre à la région de Nagoya) et le scandale politico financier du jour. Il existe certes des journaux plus consistants le matin ou une fois par semaine sur chaque chaîne mais avouez qu’en comparaison de notre Vingt Heures d’une durée supérieure à trente minutes, cela fait léger. Il arrive donc que certains sujets soient volontairement gardés sous silence comme nous l’avons vu pour les résultats sportifs. Ce fut aussi le cas du dernier tir de missile nord-coréen en mer du Japon l’année dernière, sans doute pour ne pas inquiéter une nouvelle fois le peuple. Auparavant, chaque tir s’était soldé par la colère générale, de nombreux documentaires sur la Corée du Nord et des débats à n’en plus finir.

Puis vous avez les sujets tabous : les yakuza et l’extrême droite. Plutôt que d’appeler un chat, un chat, les journalistes utilisent des expressions telles que « groupes de violence » dans les très rares moments où l’on va montrer les forces de l’ordre faire une descente musclée au siège d’un clan mafieux.

La dernière forme de censure utilisée dans les informations tient au respect de la vie privée. Tous les jours, dans les faits divers, la caméra montrera le logement d’une personne interpellée pour une raison X mais afin de la protéger elle et son voisinage, on ne va en montrer qu’un élément qui sera noyé au milieu d’une mer de pixels causée par les mosaïques rajoutées tout autour. Le spectacle est tellement risible que je me demande toujours pourquoi on persiste à montrer des images pareilles. On n’y voit rien.

En contrepartie, qu’autorise donc la télévision japonaise ? Les écarts de langage ne sont autorisés curieusement que dans les dessins animés. Cherchez l’erreur. On entend donc sans arrêt des « crève », « ta gueule », « je vais te trucider », « salaud » etc.

Les informations ne font jamais dans la dentelle pour ce qui est de vous montrer sans avertissement des gros plans de tâches de sang sur les trottoirs après un accident de la route, des personnes gravement blessées ou déjà mortes. Je me souviens encore de ces deux jeunes filles retrouvées noyées que l’on voyait transportées par des pompiers. Vive le sensationnel.

Si on décide de censurer, qu’on le fasse de manière intelligente ou alors intégralement. On interdit aux enfants les jeux violents et c’est une bonne chose mais d’un autre côté on leur montre des images réelles vraiment traumatisantes dans les actualités. De plus ces derniers considèrent à mon sens la violence verbale véhiculée par les dessins animés comme une forme de communication normale. Combien de fois des enfants voulant gentiment me taquiner et sans arrière-pensée m’ont dit en rigolant « crève ! »  (et je ne parle pas de ceux qui l’ont fait en toute conscience).

Quant aux adultes, on les considère encore comme des enfants en continuant de censurer des produits qui leur sont destinés. En fin d’année dernière je décidais d’acquérir Assassin’s Creed, excellent jeu en passant, interdit aux moins de 18 ans au Japon pour ses scènes d’assassinat (qui entre nous n’ont rien de plus choquantes que ce que l’on voit dans des films pour adolescents). Bref, au moment de payer, le vendeur me demanda une pièce d’identité. Je ne pus m’empêcher de rire : « Vous trouvez que je fais moins de dix-huit ans ? ». Il m’expliqua que c’était la nouvelle consigne pour ce type de produit. Grotesque.

par Ludo publié dans : Ougl
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Mercredi 9 avril 2008

La politique n’intéresse pas la majorité des Japonais pour une raison simple : la sphère des hommes politiques est constituée en grande partie d’incapables, d’incultes, et d’irresponsables.

Peu d’hommes peuvent se targuer d’être restés longtemps au gouvernement et rares sont ceux dont le nom ait laissé une trace. Malheureusement, ce n’est pas forcément par la qualité de leur mandat que ceux-ci se sont illustrés. Voici pêle-mêle, quelques grands moments de politique nipponne.

Le Premier Ministre Yasuhiro Nakasoné au pouvoir entre 1982 et 1986, n’éprouva aucun scrupule à dévoiler ses tendances racistes quand un journaliste lui demanda ce qu’il pensait de l’économie américaine. Pour lui la récession de ce pays était due au fort pourcentage de population noire dans les villes et le succès de l’économie japonaise était dû à l’absence de minorités dans le pays. Une belle façon de se mettre en plus les immigrés coréens et chinois sur le dos.

Pendant la coupe du monde de football de 2002 que le Japon co-organisait avec la Corée du sud, beaucoup de paranoïaques craignaient un afflux massif d’étrangers qui allaient tout raser sur leur passage. Le mot "hooligan" ou plutôt furigan faisait peur. Un conseiller général de Miyagi, département qui allait accueillir trois matchs, Takayoshi Konno, déclarait le plus sérieusement du monde qu’il faudrait faire face à la hausse du nombre d’avortements puisque, c’était une certitude, de nombreuses Japonaises allaient se faire violer par ces hordes de voyous. Je cite : « Etant donné l'engouement exceptionnel suscité par cet événement, nous devons aussi nous préparer à faire face à l'éventualité de la naissance non-souhaitée d'enfants résultant des viols de nos femmes par des étrangers» !

Le premier ministre Yoshiro Mori, connu pour avoir « le cœur d’une puce et le cerveau d’un requin », en exercice de 2000 à 2001, se rendit célèbre pour ses innombrables gaffes. A l’instar de notre Jacques Delors et de ses aptitudes exceptionnelles dans la langue de Shakespeare, il se fit remarquer lors d’un sommet du G7 lorsque, voulant détendre l’atmosphère avec les différentes personnalités présentes, il demanda à Bill Clinton : « Who are you ? » à la place de « How are you ? ». Hilare, le saxophoniste lui répondit : « I am Hillary’s husband, and you ? ». Pas décontenancé pour un sou, il lui répondit par : « Me, too. ». Selon certaines sources cette conversation serait une pure invention lancée par un humoriste taiwanais. Cette vérité aurait pu innocenter la personnalité de notre Mori s’il n’avait pas traîné derrière lui une kyrielle de boulettes. Suite à un accident en mer entre un chalutier japonais et un sous-marin américain où 9 personnes (étudiants et professeurs) à bord du chalutier avaient péri, un reporter contacta le chef de l’état par téléphone. Il était occupé jusque là à jouer au golf, il venait d’ailleurs de terminer son troisième trou. Il lui répondit « Je ne suis pas en service en ce moment ! » et il finit tranquille sa partie. Interrogé une fois sur ce qu’il pensait de la guerre dans les Balkans, il répondit sèchement : « Cela ne se passe pas au Japon donc cela ne me concerne pas ! ». Quel tact !

 
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Il arrive, malheureusement trop souvent, que certains esprits peu scrupuleux abusent du système. Habitués à jeter l’argent des contribuables par les fenêtres et à vider les caisses du pays, le Ministère de l’aménagement du territoire et des transports
国土交通省 a encore fait parler de lui récemment. On a découvert que ses employés souffraient de stress ! Afin de rendre la vie plus facile à ses pauvres brebis, la direction a décidé de leur offrir une machine de karaoké ainsi qu’une vingtaine de fauteuils de massage, le tout atteignant une somme astronomique de 7.81 millions de yens… Pendant que vous en bavez au boulot, les fonctionnaires du ministère passent leur temps à rire au micro et à roupiller pépères. Et ce n’est pas tout, on a en plus découvert que cinquante fonctionnaires dépendant d’une autre branche du même ministère bénéficiait d’un budget spécial vacances de 80 000 à 90 000 yens par an (en plus de leur salaire bien sûr) pour partir s’amuser dans des endroits qui ne nécessitait sûrement pas un tel argent de poche (Expo universelle etc.).

En 1998, on appris que des employés haut-placés du Ministère des finances dépensaient les fonds publiques en se rendant régulièrement dans des no pan shabu-shabu. Vous connaissez le principe du shabu-shabu (sinon rendez-vous ici). Couplez-le avec des serveuses à moitié nues (sans culottes) et à des tarifs prohibitifs et vous comprendrez pourquoi les Japonais ne font plus confiance à l’Etat et que le taux d’abstention atteint de tels scores.

Très récemment encore, on apprit que le sous-secrétaire du ministère de la Défense Takemasa Moriya avait reçu pour 5 millions de yens de pots de vin qu’il utilisa pour se rendre deux fois par semaine au golf (pendant ses heures de boulot !) et se payer deux équipements complets…

Terminons cette liste par l’inimitable gouverneur de Tokyo en exercice depuis 1999, Ishihara Ier l’Odieux (de son vrai nom Shintaro Ishihara) dont les coups d’éclat sont légendaires :

En 1999 : après avoir rencontré l’Organisation pour l’éducation et les soins des handicapés physiques et mentaux sévères, il fit part de ses sentiments lors d’une conférence de presse : « Ces gens-là ont-ils une personnalité ? J’ai été choqué. Je n’en tirerai pas de conclusion mais je me demande ce que tout le monde en pense. Etre né dans cet état avec ce handicap en tant qu’être humain mais sans comprendre qui l’on est et sans espoir d’amélioration. J’imagine qu’en Occident, on s’en débarrasse. C’est une question de perception religieuse, je pense. Je me demande s’il ne serait pas plus louable d’utiliser l’euthanasie ».

En 2000 : « Les immigrés clandestins (NDOugl : sous-entendu les Coréens et les Chinois) commettent régulièrement des crimes affreux sur le territoire et si jamais une catastrophe naturelle devait frapper Tokyo, ils causeraient l’anarchie ».

En 2001 : « Les femmes qui ne sont plus aptes à concevoir ne servent à rien et le fait qu’elles vivent encore est un pêché. Les hommes sont encore capables de se reproduire à 80, voire 90 ans mais les femmes ménopausées ne peuvent plus avoir d’enfants. Ces femmes qui vivent aussi longtemps que Kinsan et Ginsan (NDOugl : deux jumelles qui ont vécu jusqu’à l’âge de 107 et 108 ans) sont vraiment un méfait pour la planète. Ce sont les vieilles qui sont les plus nuisibles à la civilisation ».

En 2004 : « Le Français n’a aucune place en tant que langue internationale puisque dans cette langue, on ne sait pas compter » (faisant référence à 70, 80 et 90).

En 2006 : « Roppongi (NDOugl : quartier de la capitale) est devenu une zone étrangère. Les Africains _ je ne parle pas des Africains-Américains, qui ne parlent pas anglais font ce qu’ils veulent. Cela conduit à de nouveaux crimes comme les vols de voitures. On ne devrait laisser entrer au Japon que des gens qui sont intelligents ».

par Ludo publié dans : Ougl
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Mardi 1 avril 2008

Parmi les confiseries japonaises ou wagashi 和菓子, on rencontre parfois quelques surprises, comme les tanukiben 狸便. Assez dures et sucrées, elles se dégustent telles quelles avec une tasse de thé vert (comme tous les wagashi, d’ailleurs). Si l’on parvient à franchir la barrière psychologique évidente liée à son apparence, on découvre une saveur aussi inattendue qu’agréable. Beaucoup d’entre vous auront certainement renoncé à en savoir plus et je ne pourrais vous plaindre. Tanukiben provient à la base du tanuki, une sorte de blaireau japonais qui ressemble au raton-laveur. Ben, de son côté, signifie… « fèces ».

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Avant de m’envahir de commentaires de dégoût, sachez que la consommation de tels aliments n’a rien d’extraordinaire dans de nombreuses cultures (Uigurs, Iakoutes, Samoans, pour ne citer qu’eux). On n’en meurt pas, d’autant plus que les déjections de tanuki sont réputées pour leur richesse en fibre. L’animal omnivore demeure entre autres très friand de bambou. De plus, la teneur en excrément des tanukiben actuels ne dépasse pas les 10%, le reste étant composé d’un mélange de tofu, de farine de riz, de sucre et le tout est cuit.

PS : Pour un complément d'information indispensable sur cet article, rendez-vous ici.

par Ludo publié dans : Ougl
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Mercredi 26 mars 2008

Quand on voit de quelle manière fonctionnent certaines parties de la campagne profonde japonaise, on se demande si on peut vraiment qualifier ce pays d’état de droit. Mes beaux-parents résident en banlieue de Nagoya dans un hameau isolé où la gare et le combini le plus proche se situent à vingt minutes de voiture. La plupart des foyers y habitent depuis plusieurs générations, mon beau-père a ainsi hérité de la maison de son père il y a quelques années. Auparavant ma belle-famille habitait dans la périphérie de Yokohama. Les problèmes commencèrent juste après avoir déménagé. Un homme, se réclamant du Comité du voisinage 町内会, lui-même dépendant indirectement de la mairie, vint lui réclamer les 10000 yens de cotisation annuelle que l’ensemble des cents familles paie docilement. Son propre père ayant jusque là versé cette somme, et pensant que la commune fonctionnait de cette manière, il lui versa.

Aujourd’hui, mes beaux-parents en ont assez. Ce comité se réclame de la mairie, certes à juste titre, mais rien ne l’autorise à prélever ainsi un impôt supplémentaire. A ce que je sache, les habitants de Nagoya dont je fais partie, ne doivent s’acquitter que d’une taxe départementale et d’une taxe municipale chaque année (dont l’utilisation demeure par ailleurs douteuse). Pourquoi dans cette campagne, devrait-on payer plus ?

A quoi sert donc cet argent récolté ? Chaque année, le comité publie une facture détaillée où curieusement les gains et les dépenses restent parfaitement égaux ! On utilise les sommes versées pour l’entretien des environs, les festivals et pour l’association des enfants qui récupère 6000 yens par personne et par an, organise des clubs divers, du camping, et permet aux enfants de préparer du mochi (riz malaxé) pour le jour de l’an. Si une part est dépensée de manière plus ou moins légitime, le reste est tout bonnement jeté par les fenêtre. 

Le plus scandaleux demeure l’utilisation des fonds pour faire le plein d’alcool et de boustifaille lors des différents événements organisés (11000 yens de bière et 130000 yens de paniers-repas par an). Si jamais quelqu’un oublie de payer sa cotisation ou ne peut être présent, il écope de 3000 yens d’amende et pour que tout le monde le sache, on publie même son nom dans la facture ! Si les autochtones ne paient « que » 10000 yens par an, les nouveaux venus doivent aligner 100000 yens de droit d’entrée !

Une proportion n’apparaît même pas dans les comptes. On ne tient pas compte par exemple de l’argent remis dans des petites enveloppes par les différentes familles du voisinage aux enfants qui viennent parader avec les shishimai (lions du Nouvel An) et qui se chiffrent à chaque fois à 3000 yens par foyer.

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Dans deux factures annexes, on retrouve les bonnes affaires du temple bouddhique et du sanctuaire shintô qui récupèrent respectivement 250000 yens et 300000 yens du Comité. Chacun réclame en plus des sous pour chaque prière à domicile et oblige les résidents à faire le ménage une fois par mois à tour de rôle. Chaque absence se solde par une amende de 3000 yens…

Mon beau-frère, Daishi, emménagea l’année dernière chez mes beaux-parents. Un jour, un homme vint le trouver pour l’enrôler dans la brigade de pompiers (qui reçoit 150000 yens par an du Comité) à laquelle il devrait consacrer une journée par mois puisque tous les jeunes du coin doivent y passer à un moment ou à un autre. Scandalisé, Daishi lui répondit sèchement qu’il n’avait jamais entendu parlé d’une telle affaire et qu’il en était hors de question. Frustré, notre homme lui rétorqua qu’il oeuvrait pour la mairie. La réponse cinglante de Daishi ne se fit pas attendre : « Non mais vous rigolez ou quoi ? J’ai du boulot moi ! » (infographiste en freelance). On le menaça ensuite de lui faire payer une amende pour refus, ce qui le mit vraiment en rage : « Faites ce que vous voulez mais jamais je ne paierai ! ».

Son interlocuteur lui sortit alors une phrase qui fut pour moi une révélation puisqu’elle résolvait à elle seule un bon nombre des mystères de ce pays : « Mais, on a toujours fait comme ça ! ».

Toutes les personnes réfractaires à ce système ne sont bien sûr pas poursuivies en justice, étant donnée la totale illégalité des opérations du comité et des instances religieuses locales, mais seront toujours montrées du doigt par les autres et une multitude de ragots à leur encontre verront le jour. Toute ma belle-famille, y compris mes beaux-parents qui ont au début décidé de couper court à tout embarras et adhéré à cette politique, commence à perdre patience. Ils pointent régulièrement du doigt la gestion scandaleuse du comité ainsi que les fondements même de son existence. Du fait de leur conduite rebelle, ils sont désormais très mal considérés. Ayant désormais plus de temps depuis l’arrêt de leur combini, mon beau-père s'est attelé à la rédaction d'un coup de gueule qu'il pense faire publier dans le journal local.

Question : à quoi servent les impôts ? Tout est normalement géré par la municipalité ou les particuliers et nul n’a le droit de s’y substituer et de réclamer par-dessus le marché des espèces sonnantes et trébuchantes.

par Ludo publié dans : Ougl
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Lundi 24 mars 2008

Nous regardions une émission de télévision où deux groupes de deux célébrités devaient participer à une sorte de jeu de l’oie géant en résolvant des énigmes qui les amenaient à découvrir des endroits pittoresques d’une région et en se déplaçant en voiture. A un moment donné, l’un des véhicules fit halte alors que le conducteur prétendait que quelque chose clochait. Il examina alors les pneus et constata que l’un d’eux était à plat.

Tout Français normalement constitué ouvrirait alors le coffre pour en sortir un cric, une manivelle et une roue de secours ou bien, au pire, demanderait de l’aide à d’autres automobilistes.

Au lieu de cela, notre homme sortit son téléphone portable et appela une dépanneuse.

Abasourdi par cette scène, je m’écriai alors :

-         Mais il est nul ou quoi ? Il ne sait pas changer une roue ? 

Naoko me répondit :

-         Beaucoup de gens n'ont pas de roue de secours dans leur voiture au Japon.

-         Pas de roue de secours ?

-         Non.

-      Donc si je comprends bien, à chaque fois ces gens-là doivent appeler quelqu’un et le payer ?

-         Oui.

-         Bah rien

Lors de l’un de mes cours de conduite, j’avais endommagé une roue et mon instructeur en avait profité pour m’enseigner l’art du changement de pneu. Il est vrai que si cette aventure ne m’était pas arrivée, je n’aurais sans doute jamais su comment m’y prendre. Au Japon, le problème n’existe donc même pas pour beaucoup. Si de nombreux automobilistes ont toutefois une roue de secours dans leur coffre, la grande majorité ne sait pas comment la changer. La possession d'une roue de secours n'a rien d'obligatoire. Avec des contrôles techniques tous les deux ans qui coûtent en moyenne dix pour cent du prix d’achat de l’automobile, les garagistes et dépanneurs japonais doivent décidemment s’en mettre plein les poches.

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par Ludo publié dans : Ougl
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