Commentaires

Pour Info

Oui d'accord, c'est écrit tout petit mais ce n'est pas une raison pour l'ignorer. Tout commentaire lié à ces critères, au rap, à Michel Drucker et à la défense des pigeons ne sera pas publié.
Une idée? Un conseil? Rendez-vous dans la
boite à idées ! Pour une explication des différentes rubriques, rendez-vous ici.




624.930
visiteurs et
2.622.197
pages parcourues
depuis le 8 mars 2005
 7  personne(s) exceptionnelle(s) actuellement en ligne.

1190 articles parus ou en attente de parution
119 en préparation


Calendrier

Septembre 2008
L M M J V S D
1 2 3 4 5 6 7
8 9 10 11 12 13 14
15 16 17 18 19 20 21
22 23 24 25 26 27 28
29 30          
<< < > >>

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0
Vendredi 15 juillet 2005

Copiée, jamais égalée, critiquée à l’étranger ou simplement moquée, la télévision japonaise est incomparable. C’est un pur régal d’en devenir l’esclave dévoué tous les soirs. Après le boulot et une bonne douche, je m’étends sur mon fauteuil d’une manière aussi élégante qu’un vieux Coulommiers sur un plateau, en dégustant mon dîner les yeux rivés sur mon Sony Trinitron.

Les chaînes, au nombre de sept hertziennes, auxquelles on ajoute quatre satellites (un service gratuit inhérent à mon immeuble), offrent un choix satisfaisant. Parmi les sept premières citées, je n’en regarde réellement que cinq, plus la moitié des secondes.

Les chaînes boycottées, plus par manque d’intérêt que par réelle conviction, demeurent CNN, ESPN (la chaîne sportive américaine mais où toutes les retransmissions se font en différé ici), NHK (la chaîne nationale) et NHK9 (la chaîne éducative nationale).

La redevance existe belle et bien au Japon mais repose sur un système absurde (chose décidément fréquente dans ce pays). Pour tout comprendre, rien ne vaut une petite anecdote personnelle. Ceci m’est arrivé l’année dernière. J’avais convié des collègues étrangers (polonais, britanniques et américains) au visionnage du film lauréat de la Palme d’Or à Cannes à cette époque : Fahrenheit 9/11 de Michael Moore. Etant tous anti-Bush, nous étions très absorbés par cette oeuvre quand soudain, quelqu’un sonna à ma porte. Cela n’arrivant qu’une à deux fois par an à une heure aussi tardive (il était déjà 20h30), je pensais avoir affaire à un livreur pour je ne sais quel colis. Un petit homme visqueux, à demi chauve et à lunettes, me balbutia quelques mots incompréhensibles en anglais tout en souriant nerveusement. Je le rassurai de suite en lui proposant de parler dans sa langue. Il me dit alors qu’il était chargé de collecter la redevance pour NHK. Je lui fis part de mon étonnement en déclarant que c’était bien la première fois en trois ans de résidence dans cet appartement qu’on me réclamait une telle chose. Curieux, je lui demandai alors à combien se chiffrait la douloureuse. Il me tendit un prospectus où figuraient les tarifs. Les bras m’en tombèrent. On me demandait de payer 1500 yens par mois, soient 18000 yens par an (137 euros environ). Le petit gars huileux ajouta alors que je n’avais pas à régler les trois années passées, maigre soulagement. J’avais vaguement entendu parlé de personnes qui refusaient de payer leur redevance et qui n’avaient eu aucun problème. Comme saupoudrées de parmesan, les épaules de cet être frêle et timide étaient couvertes de pellicules. D’un aplomb certain, je lui lançai que, sans vouloir lui manquer de respect, je n’avais jamais ouï dire d’une telle taxe, que si son règlement se faisait de la sorte, ça n’avait aucun sens, que personne ne l’avait jamais réclamée et que je n’avais aucune preuve qu’il travaillait bien pour NHK. Il me montra alors de plus près la carte d’identité qu’il portait au cou. On y voyait une photo qui reflétait son manque d’envergure et d’ambition par une expression remplie de tristesse et d’ennui, une vraie tête de délinquant sexuel pris en flagrant délit dès sa première tentative de vol de petites culottes (fait divers qui revient régulièrement). Par une moue montrant mon scepticisme, je lui fis remarquer qu’une telle carte pouvait très bien avoir été forgée. Un peu décontenancé, il prit son téléphone portable et appela son chef, lui expliqua la situation et me tendit l’appareil. Son supérieur, bien que doté d’une voix plus convaincante, ne m’impressionna pas pour autant. J’imaginais que jadis, lui aussi avait fait du porte-à-porte avec une tête d’otaku sans ami. Il me certifia que son sbire et lui-même œuvraient bien pour la chaîne nationale. Je lui ressortis exactement les paroles que j’avais exprimées plus tôt, en ajoutant qu’il pouvait très bien être complice. L’homme me supplia de le croire et raccrocha. Son subalterne restait planté là sans rien dire, se contentant de hocher la tête en souriant, l’air de m’inviter poliment à céder, tel un gamin qui implore sa mère de lui acheter des bonbons. Il utilisait sa dernière arme : le silence. Comme souvent quand un Japonais vous demande une faveur, il se fait muet comme une carpe en vous faisant presque regretter de réfléchir à une réponse négative jusqu’à ce qu’il obtienne ce qu’il veut. Manque de bol, ça ne marche jamais avec moi. Avec un culot très gaulois, je lui dis que je me renseignerai auprès de mon propriétaire et l’invitai à éventuellement repasser la semaine prochaine.

Sept jours plus tard, alors que j’en prenais pleins les mirettes et les conduits auditifs avec la version longue des Deux Tours en DVD, je ne pus entendre la sonnette quand le même personnage dans son costume étriqué vint me rendre visite pour la seconde fois. Il se contenta de déposer un papier sur lequel apparaissait une caricature mignonne d’un salarié NHK saluant de la main droite et flanqué d’un phylactère indiquant « c’est NHK. Je suis passé vous voir » dans ma boite aux lettres. Quelques peu inquiété par sa persévérance, je fis des recherches en ligne et appris des choses intéressantes. Cet impôt télé quoique obligatoire, peut très bien être ignoré. En fait, le contribuable peut s’en moquer à loisir car NHK ne peut techniquement le poursuivre en justice. Le nombre déjà surprenant de personnes qui ne paient pas la redevance augmente chaque année, phénomène accentué en 2005 par le scandale qui a ébranlé les dirigeants de la chaîne. Ces derniers utilisaient les fonds à des fins personnelles.

A l’instar de Badgam, super héros créé par Les Nuls à la radio il y a fort longtemps, dont la maxime était « j’ai un pote à la préfecture qui peut te faire sauter tes PV », le représentant de NHK n’a aucun pouvoir.

Une dizaine de jours plus tard, il revint, sonna à ma porte et attendit deux minutes les yeux dans le vide, pendant que je le scrutais à travers le judas, avant de repartir la queue entre les jambes, si je puis dire, pour ne jamais revenir.


Image Hosted by ImageShack.us

 

Le reste des chaînes offre un panel télévisuel très large afin de contenter toutes les tranches de la population et de ne pas perdre face à la concurrence. Ainsi, on retrouve en prime time des émissions peu digestes à mon goût, comme des matchs de baseball soporifiques, des mélos (avec un franc succès rencontré depuis un an pour les séries coréennes), de la bouffe (sur la dégustation surtout et peu sur la préparation), et les facéties « esprit TF1 » de Takeshi Kitano, dont nous reparlerons dans un autre article. La TV nipponne souffre de ces quelques tares et d’un volume sidérant de plages publicitaires (de deux à dix minutes toutes les dix ou quinze minutes selon les tranches horaires).

En cas de prolongation d’une rencontre de baseball, le film qui suit a de fortes de chances de se voir encore plus amputé qu’à l’accoutumée afin de rattraper le retard sur le reste de la grille quotidienne. C’est ce qui est arrivé l’année dernière au malheureux Aliens le retour. Le générique du début s’est vu massacré, la scène du cauchemar où Ripley rêve qu’un alien naît de son thorax est passée à la trappe et le briefing de l’héroïne sur sa mission : couic ! En plus des coupures prévues initialement, l’œuvre de James Cameron s’est faite tronçonnée de vingt minutes et tant pis si l’histoire n’avait plus aucun sens. C’est pourquoi j’évite de regarder des films à la télévision désormais.

Heureusement tout n’est pas à jeter pour autant. Parmi les programmes vraiment intéressants, on peut se détendre devant des jeux télévisés toujours divertissants, des documentaires passionnants et divers talk-show hilarants. Globalement, et malgré tous ses défauts, la télévision japonaise m’apporte beaucoup plus de satisfaction que la télévision française devenue insipide, arrogante et vulgaire.

par Ludo publié dans : Ougl
ajouter un commentaire commentaires (9)   
Jeudi 14 juillet 2005

Je fuis ravi ces moments d’ennui qui durent parfois une éternité, ces murs froids, en apparence uniquement, ce fourneau où les professeurs sont enfermés, bref je quitte ce bahut pour rejoindre d’un pas pressé mon doux foyer.

Les lois de la physique semblent différentes au moment du retour. Le trajet paraît beaucoup plus long, bien que la seule pensée de se retrouver en slip sous la climatisation avec un verre de boisson fraîche me mette de très bonne humeur. Un vrai réflexe pavlovien en somme. Le fait que je n’ai pas à me battre pour trouver une place assise, à l’inverse de l’aller, ajoute un certain plus à cette joie. Je ressens toujours le besoin de me relaxer le séant après une journée de travail. Bien qu’étant cloué sur une chaise tout l’après-midi, mon assise réclame plusieurs heures de confort après une matinée passée debout.

Je prends place dans le métro, près d’une sortie, histoire de ne pas avoir à bousculer trop de monde au changement de ligne. Autour de moi : un gros qui écoute de la musique en transpirant et avec les jambes écartées de manière vulgaire, une petite vieille chétive avec ses commissions, des étudiants de fac avec une coupe de cheveux très efféminée et des jeans en lambeaux, un pseudo rappeur avec un bonnet de ski dont la sueur ruisselle sur le front et un pantalon parachute dans lequel on pourrait faire tenir un container de vingt pieds. Face à ce calme, mes paupières se ferment.

Deux stations plus tard, le wagon se retrouve plein à craquer d’autres universitaires dont une écrasante proportion de filles. Le brouhaha produit par ces dernières me fait renoncer pour de bon à toute tentative de roupillon. Les étudiantes peuvent se classer en trois catégories.

Les LV girls ou pète sèches se reconnaissent du premier coup d’oeil par une épaisseur de fond de teint conséquente, un pantalon blanc très moulant, une chemise beige, blanche ou noire (toujours des teintes sobres) avec le col relevé, une coiffure branchée mais pas trop et des cheveux châtains clairs, des boucles d’oreille, une montre de valeur et bien sûr l’éternel sac Louis Vuitton. Je n’ai jamais compris comment des personnes aussi jeunes pouvaient dépenser leurs économies pour un sac de marque dont le design s’adresse aux quinquagénaires en Europe.

Les surfaites ou pétasses peuvent se décrire comme une sorte de mauvaise imitation des premières citées. La coiffure ressemble mais le tout demeure plus ondulé avec une espèce de surplus semi sphérique grotesque de cheveux à dix centimètres au-dessus de la nuque. Vu de dos, cela s’apparente à l’arrêt sur image d’un orang-outang pris d’une violente flatulence. Les surfaites affectionnent les motifs animaliers sur leur garde-robe et n’hésite pas à combiner des gilets en peau de zèbre avec des minijupes en peau de panthère. Histoire de se faire remarquer pour de bon, elles arborent par exemple des chaussures en métal rose et un sac doré incrusté de fausses pierres vertes fluo. Peu importe la couleur en fait, à partir du moment où ça brille. Avec une couche de maquillage parfois aux confins du clownesque, on a le sentiment que le kitch a pris forme humaine.

La dernière catégorie reste la plus intéressante. Les sacs-à-patates, comme je m’amuse à les appeler, se caractérisent par une absence de goût vestimentaire, voire une absence de bon goût tout simplement. J’imagine que pour se vêtir, elles ouvrent chaque matin leur placard remplis de frippes, plongent dedans, bougent dans tous les sens et ressortent telles quelles, quelques minutes plus tard. Il n’est donc pas rare de rencontrer des horreurs dans le plus pur style du grand n’importe quoi, comme une veste de survêtement bleue sur un T-shirt vert et un dessus léger blanc, une jupe rose clair sur un bermuda jaune à rayures vertes, lui même sur un caleçon long rose fluo, des chaussettes dépareillées et des chaussures façon pétasse mais prêtes à rendre l’âme.

Je ne me lasse jamais d’un tel spectacle, je l’admets.

16 :45

Je change de ligne de métro. Deux arrêts seulement, mais une telle concentration de personnes qu’il est impossible de bouger un orteil.

16 : 55

Je descends enfin complètement extenué. Il me tarde de prendre une douche. Je vais boire un hectolitre d’eau en arrivant, c’est une certitude.

17 :00

Home sweet home. Comme prévu, je me change en slipman et ris bêtement, sans pouvoir m’arrêter, du bonheur procuré par l’air conditionné et la douce fraîcheur de l’eau qui descend sans faiblir dans mon œsophage. Je ne ris pas en même temps que je bois, évidemment.

17 :05

Je retouche une dernière fois l’article du jour, ajoute les liens, charge l’image sur le serveur, mets à jour et surfe un schouilla.

17 : 45

Je savoure les bienfaits d’une bonne douche en souhaitant que le temps s’arrête ou que la facture d’eau soit la pure invention d’un temps oublié.
A suivre...


Image Hosted by ImageShack.us
par Ludo publié dans : Ougl
ajouter un commentaire commentaires (16)   
Vendredi 8 juillet 2005

En près de quatre ans de résidence à Nagoya, divers chantiers ont continuellement ceinturé mon voisinage. Au départ, je pensais que cette frénésie immobilière était due à l’arrivée de lExpo universelle. Seulement voila, celle-ci a démarré le 25 mars dernier et les alentours de la gare de Nagoya ne sont toujours pas achevés. Pire, de nouveaux immeubles sont en train d’apparaître dans le même périmètre, comme des champignons sur un vieux coulommiers oublié une semaine dans un coffre de voiture laissée en plein soleil.

 

Les « Towers » qui surmontent la gare sont en passe de se voir voler la vedette par deux autres tours, l’une en face, au Nord-est et l’autre, plus près de chez moi, au Nord. De gigantesques travaux avaient démarré en sous-sol en 2001 et avaient même contraint à la fermeture définitive de l’un des accès pourtant bien pratique au métro. En surface, les grues (très mignonnes, cela dit en passant) se succèdent depuis, sans montrer de résultats apparents. Il se trame quelque chose en souterrain depuis deux ans mais quoi ? Plus proche de mon logement, l’édification d’un gratte-ciel a débuté il y a quelques mois et il semble que la moitié du travail ait été accomplie.

 

Sans doute pour faire fuir les touristes pour de bon, on a cru bon de restaurer, pendant qu’on y était, la façade de la Poste centrale (à droite sur la photo) dont les vitres n’avaient jamais été lavées et dont la pierre était devenue couleur charbon. Une belle initiative, certes, mais pourquoi attendre l’ouverture de l’Expo pour s’y mettre ? Cet urbanisme sauvage commun aux grandes métropoles japonaises se fait toujours en dépit du bon sens.

 

Et comme cela ne suffisait pas, les voies ferrées ont subi des réfections à partir de 23 heures et jusqu’à l’aube pendant trois jours en début de semaine, me faisant passer des nuits blanches. Les ouvriers ne semblent pas faire dans la dentelle quand on leur demande de travailler en nocturne. Ils piochent, jouent du marteau-piqueur, touillent le béton en rythme et hurlent dans des haut-parleurs au cas où personne n’avait compris qu’ils bossent. En plus de cela, les murs de mon immeuble ont tous été repeints depuis lundi et les odeurs de peinture envahissent mon appartement. Et pour parachever cette folie, ma deuxième école subit aussi des travaux. Où que j’aille, je suis encerclé par des bâches bleues, de la poussière, des casques blancs, des pelleteuses, des boulons, des scies, des clous, des échafaudages... Je crois que j’ai vraiment besoin de verdure.


Image Hosted by ImageShack.us
par Ludo publié dans : Ougl
ajouter un commentaire commentaires (2)   
Dimanche 19 juin 2005

Début juin, le Premier Ministre coiffé du plus étrange casque capillaire du monde politique, Jun-Ichiro Koizumi a lancé une mesure que l’on peut qualifier de révolutionnaire pour un pays aussi conservateur et mou des genoux en matière de changement que le Japon. Un vrai pavé dans la mare.

 

Je n’adhère qu’épisodiquement à sa politique mais je dois dire que pour une fois j’ai trouve l’idée excellente. Baptisée « Cool Biz » (pour « Cool Business »), elle invite les employés des différentes administrations du pays à coopérer pour la lutte contre le réchauffement de la planète en été.

 

On conseille donc aux fonctionnaires, non seulement de régler la température de l’air conditionné sur 28 degrés, ce qui, à mon sens suffit largement à se raffraichir, mais aussi de revoir leur apparence vestimentaire. En effet, cette campagne se base sur un slogan efficace quoique très engrish : « no necktie, no uwagi » (« ni cravate, ni veste »). Avec une sonorité qui n’est pas sans évoquer le « Sans chemise, sans pantalon » cher à Rika Zarai, cette proposition prétend qu’en abandonnant ces éléments de l’uniforme professionnel, on a l’impression de gagner deux degrés de fraîcheur.

 

Je ne me sens pas directement touché puisque, quel que soit le climat, le port d’un costume ne m’est pas imposé, je dois juste revêtir une tenue semi-formelle. A l’heure où j’écris ces lignes dans une salle des professeurs à 29 degrés et à 95% d’humidité sans climatisation possible avant le 1er juillet, je ne vois pas comment je pourrais vivre dans un carcan de tissu. Les autres enseignants suivent ce mouvement de libération dans une large proportion. Seuls les plus coincés, c’est-a-dire les plus haut placés, se sentent obligés de rôtir pathétiquement dans leur armure avec un air légérement méprisant pour ceux qui ont l’indélicatesse de travailler de manière « présentable ».

 

Dans le privé, « Cool Biz » revêt un caractère plus accessoire. Il n’est QUE conseillé de suivre cette mesure, mais dans la pratique, le mammouth bureaucratique refuse de laisser tomber un peu de fourrure. Dans le métro, je rencontre des liberaux frais et des traditionnalistes grognons, malodorant et ruisselant de sueur huileuse. Je surnomme ces derniers « les adipeux ». Bornés au point de garder leur veste même en dehors de leur bureau, ils passent leur temps à éponger leur faciès grimaçant de peine et parsemé de gouttes comme une bonne tronche de western spaghetti, à l’aide d’une petite serviette devenue serpillère trop vite. L’usage du déodorant ne demeurant pas très repandu, cela ne fait qu’aggraver l’etat de l’oxygène dans les transports en commun. Imaginez une baudroie laissée à l’air libre pendant une semaine et vous aurez quelque chose proche d’un salaryman têtu.

 

Si on me donnait les clés du pouvoir, je décrèterais une loi que je baptiserai « tous en slip ». Honnêtement, une telle chaleur, c’est pas humain ! Il n’y a guère que ce petit personnage que ça laisse indifférent. Il ne porte pas de costume, remarquez.

Image Hosted by ImageShack.us
par Ludo publié dans : Ougl
ajouter un commentaire commentaires (10)   
Vendredi 17 juin 2005

Comme je l’avais décrit plus haut dans cet espace électronique, les amateurs de soja fermenté brillent par une volonté de conservation de leur puérilité, ce qui explique sans doute leur crédulité excessive.

 

Dès leur plus jeune âge, ils s’entourent d’une kyrielle de personnages riards (dont la plupart ne datent pas de la dernière pluie, c’est le moins que l’on puisse dire). Certains héros de dessins animés ont acquis le statut d’immortalité auprès de tout âge et ne paraissent pas démodés aux yeux du public. Astro le robot, Doraemon le robot-chat du futur, Anpanman le super héros au visage fait de pain aux haricots rouges, Pikachu la chose jaune dont le vocabulaire se cantonne à un mot : « pika » et bien d’autres continuent ainsi de faire rire et rêver leurs spectateurs et lecteurs, parfois depuis plusieurs dizaines d’années. Depuis quelques temps, il me semble qu’une vague intense de bestioles étrangères ne cesse de déferler sur le pays. L’ouverture assez récente du parc Universal Studios à Osaka, le succès du spectacle Lion King et le merchandising de masse effectué par les gros studios américains ont sans doute beaucoup apporter au regain de popularité de la Panthère Rose, de Mickey la souris au rictus figé, de Winnie, l’ourson pervers sans slip, de Snoopy et consorts.

 

Pourquoi donc cette frénésie pour tous les produits dérivés ? Les Japonais adorent, que dis-je, adulent tout ce qui est kawaii, mignon. Tous, absolument tous les gamins, ont, accrochés à leur trousse ou à leur sac, au moins un porte-clé ou un badge gnangnan, quand il ne s’agit pas de la trousse ou du sac en lui-même. Bien sûr les adolescentes ne font pas dans la discrétion. Certaines semblent éprouver des difficultés à marcher droit avec un sac en bandoulière assailli de peluches. Dernièrement j’ai remarqué dans le métro que des étudiants de fac du sexe dit fort, arboraient des couleurs et des motifs que j’avais cru jusque là destinés aux fillettes de 10 ans ou aux drag queens, mais le fait que certains tenaient la main de ce qui ressemblait à une petite amie ne laissait aucune équivoque. Je me souviens en particulier d’un beau cas d’école : chapeau de cow-boy rouge, lunettes de soleil jaunes à la Charles Bronson, T-shirt rose avec un Mickey en paillettes argentées, jeans déchiqueté apparemment par un ours très en colère et mocassins vert brocoli. Je m’attendais à voir surgir un DJ pour le couronnement du danseur le plus disco de la rame.

 

Cette indifférence ou ignorance du ridicule contribue à développer chaque jour le kawaiisme, qui se répand ainsi tel une épidémie vicieuse. Rien ne peut l’endiguer puisque toutes les tranches de la population sont touchées.

 

En 2002, lors de mon premier jour de visite d’une nouvelle école primaire, on me proposa de déjeuner avec quelques instituteurs et le directeur dans le bureau de ce dernier. Quel que soit l’établissement, les bureaux de principaux s’avèrent moins accueillant qu’une cellule de goulag par leur architecture stricte et archaïque. On pourrait, en prêtant l’oreille, entendre une mouche péter, si vous me passez l’expression, et chaque mot prononcé paraît amplifié par un écho qui n’existe pourtant pas, une sorte de Twilight Zone en fait. Et bien, la personne que nous appelons dans notre jargon de professeur étranger la Tea Lady, c’est-à-dire la pauvre dame à laquelle il incombe de servir le thé à chaque débarquement inopiné d’une tierce personne, prépara la table et la couvrit d’une superbe nappe rose bonbon à l’effigie de Kittychan. C’est sûr que ça détend tout de suite l’atmosphère.

 

Ici donc, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, que ce soient les indications d’ordre public ou n’importe quelle autre chose que seuls les Japonais puissent interpréter avec un œil infantile.

 

Ne mangeant pas de ce pain là, je me délecte toujours de forcer les traits de ma personnalité bourrue en déclarant sans état d’âme que je méprise Disney, que quand on a quarante ans en France et que l’on porte un T-shirt Dumbo, on est bon pour l’asile et que dans notre pays, les lapins on les bouffe.

 

Je suis exaspéré par cette sphère commerciale entourée de guimauve trop sucrée, aux couleurs pastels dégoulinantes de faux bons sentiments dont l’ambassadeur est un rongeur avec une voix de fausset. Je suis fatigué des deux long métrages animés annuels calqués sur les mêmes schémas stratégiques : un héros, une héroïne, un animal mignon attachant et le Happy Meal qui va avec, le tout suivi deux ans plus tard par une suite prétexte uniquement en DVD.

 

Je me rappelle, la larme à l’oeil, de Screwy Squirrel, l’écureuil fou de Tex Avery. Le premier des cinq épisodes s’ouvrait sur une forêt pleine d’animaux qui gambadaient gaiement et un petit écureuil violet trooooooop mignon. Screwy Squirrel et sa tête de déséquilibré faisait ensuite son apparition, prenait son petit compère sous l’épaule pour l’emmener derrière un chêne pour lui faire passer un sale quart d’heure. Du parfait anti-Disney comme on n’en voit peu. Aujourd’hui seuls Shrek au cinéma (même s’il repose sur des bases commerciales évidentes) et Conker, un autre écureuil trash, en jeu vidéo, ont osé parodié la sacro-sainte institution de Walt.

 

Pour clore ce chapitre évoquons cette pénible histoire. En 2003, je fis connaissance dans un bar d’une fille de 28 ans. Elle m’avait parue fort intéressante tout le long de la soirée, le fait qu’elle parlait comme moi japonais, anglais et français n’y étaient pas étrangers. Nous nous mîmes d’accord pour nous revoir le temps d’un rendez-vous. Ce fut un véritable cauchemar. Je découvris avec effroi qu’en tant que fan inconditionnelle de baseball, sport que je déteste, et spécialement des Hanshin Tigers d’Osaka, elle allait les supporter sur place une dizaine de fois par an. Deuxième effet Kiss Cool : elle vouait en plus un culte démesuré à Disney et se rendait ainsi deux à trois fois par an dans le parc d’attraction du même nom à Tokyo. Je m’étais dit alors que c’était plutôt mal barré mais qu’après tout, j’avais sans doute moi aussi des passions assez envahissantes, les jeux vidéo pour ne pas les nommer. Le second rencard fut de la même veine : blablabla baseball, blablabla Minnie mignonne... La totalité du temps imparti pour chacune de nos rencontres se résumait en deux mots : « Hanshin » et « Disney ». J’en eus la nausée.

 

Heureusement, en ce beau jour de juin 2005, je constate que ma très chère ne sort pas du même moule.

 

NB : Cette tasse provient de ma deuxième école, propriété de la très respectable infirmière assise en face de moi.

Image Hosted by ImageShack.us
par Ludo publié dans : Ougl
ajouter un commentaire commentaires (12)   
renouvellement nom de domaine sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus