Comme tout être humain qui se respecte, les Japonais vont se délester la vessie ou les intestins dans des endroits le plus souvent prévus à cet effet (je dis « le plus souvent » mais nous avons vu que ce n’était pas le cas de tout le monde).
On rencontre deux types de toilettes : les yôshiki 洋式 et les washiki 和式.
Les premières, que l’on traduit par « à l’occidentale » se distinguent pourtant des gogues que l’on connaît bien par plusieurs points. Dans un précédent article, je vous avais parlé du washlet, ce dispositif qui vous nettoie au karsher la moindre trace restée dans le moule. Toutes les cuvettes ne sont pas équipées pour autant, hélas. Par contre toutes disposent d’un levier qui actionne la chasse d’eau de deux manières différentes. D’un côté on aperçoit le caractère 小 qui signifie « petit » et de l’autre 大 qui veut dire « grand ». Suivant la taille de sa commission, on peut donc choisir le volume d’eau à évacuer. Le Prix Nobel de la paix, la Kenyane Wangari Maathai avait d’ailleurs trouvé l’idée géniale lors de son séjour au Japon et ne cesse depuis d’évoquer cet exemple pour sensibiliser le monde au sujet des économies d’énergie !
Les secondes, « à la japonaise », ressemblent grosso modo à nos modèles dits « à la turque » à la différence que la rigole centrale est ovale et recouverte d’une espèce de petit toit à une extrémité faisant ressembler le tout à un bobsleigh (et elles sont aussi munies du système gros/petit). Je les abhorre, même si je dois bien admettre qu’elles s’avèrent plus hygiéniques puisque l’on ne dépose son postérieur nulle part. J’ai toujours détesté entendre le bruit sourd du berlingot qui choit sur la faïence plate comme de la nourriture pour chien en boite de conserve qui tombe dans une gamelle en plastique. J’ai toujours éprouvé un dégoût royal à apercevoir le produit fini d’une longue digestion se vautrer de tout son long comme un immonde banana split. Quand je sors une terrine du four, je tiens à l’oublier au plus vite et à éviter tout regard.
Les Japonais, ayant sans doute atteint un degré de raffinement trop élevé abusent de manies qui prêtent à sourire. Prenez les chaussons par exemple : non seulement on se déchausse pour rentrer chez soi pour enfiler ses savates et on les enlève avant de pénétrer dans une pièce en tatami (chose que je comprends et que j’applique chez moi) mais en plus on les retire avant d’entrer dans les toilettes pour les troquer par des modèles en plastique plus épais.
Evidemment ceux qui n’ont pas l’habitude de ce rituel se retrouvent à table avec des gros yeux fixés sur eux parce qu’ils sont en train de dîner avec les pantoufles des cabinets au pied…
Dans les WC publiques destinés aux femmes, un bruit continu aigu ou un enregistrement de filet d’eau qui coule en permanence est passé en boucle, tout ça pour éviter que la Nippone de base, très timide et distinguée comme tout le monde le sait, n’ait point honte d’attirer l’attention des autres personnes présentes dans la pièce lorsqu’elle urine comme une vache se soulageant d’un pont après avoir vu la version longue d’Abyss au cinéma sans sortir de la salle pendant la projection (vous, je ne sais pas, mais moi toute cette eau, au bout d’un moment…).
Et chez les hommes, me direz-vous, a-t-on droit à des boucles sonores de ballons de baudruche qui se dégonflent afin de masquer les flatulences, qui, comme chacun le sait, restent étrangères au sexe dit faible ? Non, rien. Dommage d’ailleurs car j’aimerais quand même que les ossan, outre leur borborygmes innés, évitent d’en lâcher une accompagnée d’un « haaa » à chaque fois qu’ils font pleurer leur cyclope. D’ailleurs ce cérémonial se solde toujours par un bon glaviot dans l’urinoir. Tous le font ce qui me laisse penser qu’il ne peut s’agir que d’un réflexe conditionné à l’instar du suçage de dent creuse.
NB : Veuillez excuser la mauvaise qualité de l’image. Elle fut prise il y a trois ans avec un vieux téléphone.
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