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Samedi 22 juillet 2006

Le climat légèrement plus favorable de cette année m’avait empêché jusque là de me plaindre de la chaleur comme je l’avais fait en 2005 à de nombreuses occasions. Le mois de juin s’était achevé sans trop de peine. Certes il faisait très chaud dans les salles de classe mais le fait d’enseigner en primaire cette fois-ci dans une autre zone académique s’était avéré bien plus supportable. Les cours ne durent que 40 ou 45 minutes (contre 50 au collège) et la direction ne joue pas aux petits chefs bêtes et méchants puisqu’elle permet l’utilisation de la climatisation dans la salle des professeurs avant le 1er juillet (chose inconcevable il y a un an).

Tout allait bien jusqu’à ce que l’air devienne subitement plus lourd, nous forçant à vivre la totalité de notre temps à domicile sous l’air conditionné, y compris la nuit.

La semaine dernière, une vague de chaleur frappa l’archipel. Disons que l’on rampait déjà la langue pendante sur le sol comme chaque année, quand cette pointe de canicule survint pour nous coller complètement et nous calciner comme des fourmis sous une loupe orientée vers l’astre du jour.

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Les conditions de travail furent atroces : essayez d’attirer l’attention de quarante gamins dégoulinant de sueur dans une salle où toutes les fenêtres restent ouvertes sans qu’aucune bise ne recycle l’air vicié par les odeurs de transpiration alors que votre vision se trouve troublée par la cascade de liquide salé qui dévale de votre front moite.

Sur l’image, vous pouvez apercevoir la température qui régnait dans ce « four » à ce moment là.

PS : Comme hier, Ougl se retrouve premier au top blog rank et au nombre de visites. Merci à tous !

par Ludo publié dans : Ecoles
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Mercredi 12 juillet 2006

Le mois dernier, le principal de l’une de mes quatre écoles primaires vint me trouver à mon bureau, non pas pour interrompre ma séance de digestion bien méritée mais pour me présenter à ses trois invités du jour : trois mères de l’Association des Parents d’Elèves (ou PTA comme on dit ici).

A peine quelques politesses formulées où je précisais mon nom et mon poste, l’une d’elle fit une remarque digne d’un enfant de CP : « Holàlà ! Mais qu’est-ce qu’il est grand votre nez ! ». Ce à quoi elle surenchérit par : « de profil on voit bien sa longueur, mais de face on voit aussi qu’il est imposant !». Pas un « bonjour », ni un « enchanté » !


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Voyant dans quel genre de conversation on s’acheminait, le principal compléta mon portrait comme si elle me vantait au jury du Guiness Book : « Oui et il mesure 1,90m… Et il chausse du 30cm (pointure japonaise) ».

Les trois femmes répondirent par un «  » puis l’une d’elle demanda mon âge, je m’exécutai, alors que l’autre posait la question suivante : « Vous êtes célibataire ? ». Le principal prit une fois de plus la parole à ma place en expliquant que je venais de me marier ce qui provoqua les soupirs d’une : « Dommage ! ». Je regagnais alors ma chaise, traumatisé.

Je n’ai jamais compris pourquoi les Japonais n’éprouvent aucune gêne à poser les questions les plus privées aux étrangers alors qu’ils n’oseraient jamais entre eux (je vous recommande cet épisode également)…

par Ludo publié dans : Ecoles
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Vendredi 19 mai 2006

Je croyais avoir connu l’enfer il y a deux quand j’enseignais à O. J’ai appris à la fin de l’année scolaire dernière (qui s’est achevée fin mars 2006) qu’un de mes collègues américains, Monsieur P. avait vécu bien pire.

Ce collège, HS, pour ne pas le nommer, fait régulièrement parler de lui dans les journaux. Curieusement non loin d’un quartier de bonne réputation, il se situe pourtant dans une zone que l’on pourrait sans mal qualifier de non-droit puisque depuis des décennies elle est contrôlée par les burakumin. Cette caste d’exclus de jadis a su se rebeller en vivant en toute autonomie et en se vengeant sur tout ce qui n’appartient pas à leur monde. Affiliés à la pègre, du moins dans le cas qui nous intéresse aujourd’hui, ils forment un groupe fort craint de tous. Leurs rejetons suivent la scolarité obligatoire jusqu’au collège pour ensuite continuer le chemin tracé par leurs parents.

Comme pour O. et à l’inverse de la majorité des établissements, les locaux de HS sont climatisés en été et chauffés correctement en hiver par un système à l’occidental. Le problème, c’est que les radiateurs ont été tellement vandalisés par des générations de voyous qu’ils ne fonctionnent plus. La direction de l’école poussait ainsi mon collègue à sortir des bâtiments pour aller se réchauffer au combini en hiver entre les cours !

Les professeurs vivent en permanence dans un climat de violence incroyable.

L’un d’eux se faisait ainsi battre en classe par un élève. L’enseignant, responsable du club de volleyball avait ainsi demandé à mon collègue (plutôt en muscle) de rester à proximité de lui lors de la séance, afin que son bourreau ne vienne pas le martyriser, car celui-ci ne tapait pas sur plus gros que lui.

M. P. avait accepté de servir de garde du corps jusqu’à l’heure où il devait tout de même rentrer chez lui. Il s’exécuta à l’heure prévue, tout s’était bien passé. Le lendemain, il se rendit compte que le prof qu’il protégeait manquait à l’appel. Le pauvre avait reçu la raclée de sa vie pour avoir demander de l’aide !

Le livreur de lait subit également une agression : il avait osé soupçonner une racaille de vol dans son camion car il l’avait aperçu à l’intérieur. L’intéressé, avoua que s’il avait bien pénétré dans le véhicule, il n’avait jamais rien volé dedans et avais donc puni l’odieux menteur de cette injustice !

Les filles ne semblent pas non plus les dernières à se comporter comme des primates bourrés à la vodka.

M.P. certifie avoir vu l’une d’elle briser du poing une vitre en plein cours !

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Une autre, tout aussi délicate, frappa même un prof au point de lui casser une côte !

Fin mars dernier, je parlais de ce collège à un enseignant de l’école où j’officiais. HS étant vraiment célèbre dans la région, il en avait bien sûr entendu parler. Il m’avoua que la police intervenait de temps en temps malgré tout, mais seulement dans les cas extrêmes (nous n’avons pas la même notion du mot « extrême » pensais-je alors), car les forces de l’ordre évitent vraiment cette zone.

Il ajouta « On en a parlé dans les informations le mois dernier : un élève avait fracturé le nez du principal ! ».

par Ludo publié dans : Ecoles
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Dimanche 14 mai 2006

Au printemps comme en automne, les écoliers se purifient les bronches et se dégourdissent les pattes lors de sorties en plein air nommées ensoku 遠足(mot à mot « loin, jambe »), comme ce fut le cas fin avril. Tous les cours étant annulés, je préférai les accompagner plutôt que de croupir seul dans la salle des profs comme je l’avais si souvent fait au collège. L’école M. se situe en pleine campagne. Aucune HLM à l’horizon, rien que des rizières, soit un degré de cambrousse de niveau 2 malgré le passage bienvenu pour mes allées et venues quotidiennes d’un bus quatre fois par heure.

Ce jour-là, j’accompagnais les sixièmes années dans une longue marche sous un soleil qui n’avait pas été aussi fort depuis bien longtemps, mes coups de soleil sur le nez en témoignent.

Après une heure de marche tantôt du côté gauche de la route, tantôt du côté droit, bien qu’on enseigne aux gamins d’emprunter la droite des couloirs à l’école, nous parvînmes à un lieu historique peu connu de la région où l’on peut visiter deux reconstitutions de maison en chaume dont l’architecture évoque celle de Shirakawago à proximité de Takayama. Je dis bien « reconstitution » car les deux édifices ont subi plusieurs incendies, dont un récemment causé par un collégien qui jouait avec un briquet.

Les enfants prirent des notes à cette occasion et griffonnèrent quelques croquis comme on leur avait dicté la veille.

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Nous quittâmes les lieux quarante-cinq minutes plus tard pour rejoindre notre deuxième destination après une demi heure de marche : un parc à proximité d’une rivière et d’un temple dans lequel nous nous régalâmes d’un pique-nique… Bon en fait, personne ne m’avait averti la veille et je n’avais donc pas prévu de boisson. Avant de partir on m’avait demandé 400 yens en échange d’une petite boite en carton contenant quatre ridicules sandwichs dans la plus pure tradition nippone : thon, œuf, mayonnaise (le genre de chose qui vous ferait presque préférer des biscottes quand vous rêvez de fraîcheur).

La chaleur commençait d’ailleurs à se faire pesante. Me remettant tout juste d’une extinction de voix contractée quelques jours plus tôt, j’avais pris le parti de ne pas baisser ma garde en enfilant ma bonne vieille veste en cuir. Si j’avais su… Je transpirai non seulement à cause du soleil mais aussi à cause du poids du blouson sur les bras et celui de mon appareil photo et de ses différents objectifs…

Nous restâmes une heure et demi sur place et je fis discrètement quelques pas dans une rue annexe pour me jeter sur cinquante centilitres d’un nectar glacé dans un distributeur (non il ne s’agissait pas de bière).

Le retour à l’école se déroula en quatre-vingt dix minutes. Mes sueurs m’avaient complètement fait oublié la fatigue que je ne ressentis qu’une fois arrivé.

Cette excursion fut l’occasion rêvée pour mes élèves de me poser un tas de questions, y compris celles qu’ils n’oseraient pas en cours. Certaines ne volaient pas plus haut qu’une taupe obèse cul-de-jatte (sur la longueur de mon organe par exemple) ce à quoi je répondais par une ferme strangulation opérée sur la nuque (tout à fait inoffensive, je précise). La majorité montrait heureusement un grand intérêt vis-à-vis des cultures étrangères.

PS : N'oubliez pas l'autre article du jour !

par Ludo publié dans : Ecoles
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Dimanche 30 avril 2006

Cette lettre savoureuse traînait dans un tiroir depuis quatre ans et j’avais prévu à la création de ce site de vous en faire part un jour ou l’autre. Rédigée par une élève de CE2, elle faisait partie d’un paquet d’autres missives remises à la fin de l’année scolaire en guise de remerciements. Elle restera à jamais dans mon cœur comme la plus drôle qu’il m’ait été donné de lire.

 

Le texte en japonais contenant quelques fautes de langages, j’ai tenté de le traduire le plus fidèlement possible. Ne soyez donc pas surpris de rencontrer quelques erreurs de syntaxe, tout cela est voulu. La fillette s’est également trompée de kanji pour le verbe « appeler » puisqu’elle a utilisé celui du verbe « lire » qui est justement un homonyme. Autre chose : les enfants de cet âge ne font pas encore la distinction entre la France et l’étranger puisque beaucoup considèrent « l’Etranger » comme un pays à part entière. Décidément, ce n’est pas évident la géographie. Enfin pour les non initiés, le terme sensei signifie professeur.

 

 

 
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A Ludo sensei.

 

Au début, quand j’ai rencontré Ludo sensei pour la première fois, je croyais qu’il était étranger mais comme Ludo sensei a dit « appelez moi Ludo sensei », je me suis dit « ah c’est donc ça ».

 

Après quand j’ai demandé à mes amis « Sensei est étranger n’est-ce pas ? », mes amis m’ont dit « Mais non ! Il est français ! » et j’ai été très surprise.

 

J’aimerais bien revoir Ludo sensei un jour. XXXXX fut mon jeu préféré (NDLudo : une activité ludique dont je tais volontairement le nom pour des raisons de propriété intellectuelle. Toutes nos créations appartiennent à notre entreprise.).

par Ludo publié dans : Ecoles
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