Si je devais énumérer les événements qui m’ont le plus effrayé, le baccalauréat arriverait certainement parmi les trois premiers.
Rendez-vous compte : je l’ai passé deux fois, pour les raisons que vous connaissez.
La première fois, il existait curieusement une lueur d’espoir dans mon esprit naïf, cette même lueur qui me poussait à encore y
croire bien que tout était déjà couru d’avance. C’est avec l’estomac noué comme jamais que je me rendis à la première épreuve : la philosophie. Je repérai mon bureau grâce à la vignette
collée dessus et remarquai que j’avais pour voisin un bon pote de première : Frédéric X. Quelques minutes plus tard, je m’étais rendu à l’évidence : Frédéric X n’était pas mon voisin.
D’ailleurs personne n’avait de voisin. Il s’agissait juste de mes deuxième et troisième prénoms.
Comme je vous l’avais expliqué auparavant, la philo ne comptait pas parmi mes matières de prédilection. Mes notes dans l’année ne
dépassèrent jamais 6/20 et ma moyenne tournait à 5/20. Je me souviens très bien de la première dissertation où la prof sadique comme pas deux m’avait asséné un 2/20 perdu autour de reproches
rédigés avec énervement au stylo rouge sur toutes les portions vierges de la feuille.
Le faible coefficient (deux) et la perspective de tomber enfin sur un autre correcteur et potentiellement quelqu’un de plus ouvert
m’avait quelque peu rassuré. Au bout d’une heure et quarante minutes, je rendais ma copie sous les yeux envieux et étonnés de l’assistance.
Puis eurent lieu les épreuves de mathématiques et de physiques/chimie (coefficient 5 chacune). Une fois terminées, j’en conclus que
cela n’allait pas être de la tarte et le spectre du redoublement se faisait plus pesant encore.
Le jour tant attendu des résultats arriva. Je scrutai la liste des reçus. Plusieurs fois. Rien. Howard de son côté était tout content. Je jetai alors un coup d’œil à la liste des élèves admis en
cession de rattrapage. Je vis alors mon nom ! Je repris la lecture lentement, ce qui eut pour effet de figer le temps pendant quelques secondes pour une scène mémorable. Lu… do… vic… Puis
les trois premières lettres de mon nom de famille apparurent. Puis les deux dernières. Entre les deux, d’autres lettres qui ne laissaient aucun doute : ce n’était pas moi ! J’avais
manqué le gros lot de peu et pourtant, j’avais raté mon bac. Bon, de peu… Pas vraiment. J’écopai d’un 5 en philo pour changer, d’un 5 en maths, d’un 5 en physiques. Ma seule consolation : 15
en anglais et 13 en espagnol… Ces seuls bons résultats ne suffirent évidemment pas à contenter mes parents qui prirent la nouvelle de mon échec plutôt mal. La pilule était d’autant plus difficile
à avaler que tous les copains avaient réussi.
Un an plus tard, je retentai ma chance. Mon statut de redoublant ne m’avait permis que d’atténuer de quelques degrés l’angoisse et
les résultats quoique satisfaisants ne furent pas à la hauteur de mes espérances. Cette fois-ci j’avais obtenu un 14/20 en mathématiques, un 14/20 en anglais, un 14/20 en espagnol. Le bon score
en math contrebalançait celui de physiques (6/20) et prouvait que cette matière et moi fûmes toujours deux. La philo ? J’avais atteint une très belle performance : 6/20.
14 ans plus tard, je suis bien content de ne plus avoir à vivre de tels événements. A l’exception de l’anglais, je suis persuadé que
je serais incapable d’obtenir le bac aujourd’hui.
NB : La photo date de l’été 1991 (juste avant ma première terminale donc). Je montais pour la première fois sur un cheval,
à Paris (Idaho). Quelle assurance !
PS : Toutes mes félicitations aux nouveaux bacheliers, en particulier à Oute. Je tiens aussi à adresser personnellement mes
plus chaleureux remerciements aux deux lecteurs qui m'ont fait l'honneur de m'envoyer deux mails remplis de compliments.
Commentaires