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Mercredi 7 septembre 2005

Fin juillet, lors du festival de Tanabata, nous traversâmes une galerie marchande remplie de stands. Naoko ne résista pas à l’appel de la fraîcheur et courut ventre à terre en direction du vendeur de glaces à l’eau. Quelques minutes plus tard, nous reprîmes notre chemin et nous tombâmes sur ce spectacle peu commun.

Deux jeunes filles, de taille supérieure à la moyenne japonaise, et vêtues d’un yukata se tenaient debout, immobiles, et tentaient de résister aux crampes labiales provoquées par un sourire forcé prolongé. En face, une haie, que dis-je, un mur de retraités. Debout, accroupis et assis, ils formaient une sorte de rang désordonné de francs-tireurs d’une autre époque et mitraillaient les deux femmes avec un panel technologique qui n’auraient rien à envier à un rayon de Biccamera. On pouvait apercevoir des octogénaires avec un zoom en bandoulière, concentrés sur la mise au point de leur téléobjectif. Ce manège sembla durer des heures. Nous en déduisîmes qu’il s’agissait d’un concours de photographie pour élire Miss Ichinomiya 2005. Plus tard nous vîmes quatre autres prétendantes se prêter au jeu. Très amusés par cette frénésie de clichés d’apprentis paparazzi, nous prîmes aussi la pause, légèrement en retrait. L’idée de nous retrouver sur un coin de photo motiva mes efforts pour développer des postures intéressantes.

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Le comportement de la gente masculine nippone d’âge mûr m’émerveille toujours. Grands buveurs incapables de tenir l’alcool, bougons avec leurs proches mais souriant gâteusement en présence de séduisantes représentantes du beau sexe, les Japonais de plus de cinquante ans demeurent une source inépuisable de drôleries pour qui ose s’y intéresser. On les surnomme ojisan おじさん(terme désignant un homme adulte qui n’a plus l’air jeune, obasan おばさんétant le pendant féminin) mais dans la conversation courante, on utilise plus volontiers le terme ossan おっさん(abréviation du premier), légèrement péjoratif, mais pas autant que jiji じじ, très négatif.

Comment reconnaît-on un ossan ?

On l’entend le plus souvent avant même de le rencontrer. Roi des borborygmes, il maîtrise l’art du raclage de gorge suivi du crachat, ainsi que le gobage de jus d’huîtres par voie nasale. C’est d’ailleurs ce dernier aspect qui le distingue du personnage lambda dans le métro. Lambda se contente de renifler toutes les cinq secondes quand il souffre d’un rhume alors que notre vieux bougre se vide les sinus dans le gosier en grognant comme un porc qu’on égorge.

Immigré dans ce pays, je me rends compte que je ne suis pas encore intégré à la population puisque je suis le seul à sursauter quand un ossan hurle en faisant trembler les murs le temps d’un éternuement. C’est tout bonnement ahurissant de voir le stoïcisme des Japonais en pareille situation.

Une autre caractéristique curieuse, le suçage de dents creuses, reste pour moi une énigme. J’ai ainsi remarqué que, dès qu’un ossan se trouvait dans un rayon d’un mètre autour de ma personne, il produisait ce son. Je l’interprète le plus souvent comme un signe de contrariété. A mon égard ou non, là est la question.

Aux dires de mes collègues étrangers, il en ressort que tous subissent régulièrement ce supplice. Je doute sincèrement qu’il s’agisse d’une forme de racisme camouflé. Je pense que cela fait partie de la panoplie du bonhomme et qu’il doit titiller ses dents creuses en permanence, par plaisir ou pour tenter de déloger d’une molaire le morceau de poisson du déjeuner.

Il tousse, avale ses glaires et crache comme un lama, mais au fond il cache une bonne dose de délicatesse. Bien au fond pour certains peut-être.

 
par Ludo publié dans : Cas sociaux
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Lundi 5 septembre 2005

Les mistigris courent littéralement les rues de toutes les agglomérations de l’archipel.

On compte ainsi beaucoup plus de chats errants que de chiens. On les trouve les plus souvent aux abords des immeubles, le jour de la collecte des ordures et dans les temples, lieux calmes, souvent entourés de verdure et malheureusement privilégiés lors d’un abandon.

Ils n’ont pas franchement la cote auprès des petits. Je me souviens avoir réalisé un sondage pour un article de presse au sujet des animaux de compagnie au Japon auprès de l’ensemble des élèves d’une de mes écoles. Je leur demandais quel animal familier ils préféraient et lequel ils détestaient. Les greffiers faisaient le plus souvent partie des malchanceux. Cette tendance s’inverse pourtant avec l’âge.

Le matou tient une place non négligeable dans le folklore. Dans le zodiaque nippon,

Il en est absent. Pourquoi donc me direz vous ? Laissez moi donc vous conter la légende (version Ougl).

Dieu, qui s’ennuyait ferme après avoir créé le monde tel un joueur fatigué de Sim City, fit rassembler tous les animaux lors d’un meeting. Il leur tint à peu près ces termes : « Afin de dynamiser mon entreprise, j’ai décidé que douze employés seraient choisi et promus successivement une année après l’autre et ce, de manière cyclique. ».

Le phacochère prit la parole : « Mais boss, vous voulez dire que ce seront toujours les mêmes qui bénéficieront d’une prime tous les douze ans ? ».

Dieu acquiesça : « C’est cela même. Je choisirais les douze premiers à arriver au boulot la semaine prochaine après le pont du 15 août. ».

Le pigeon, que toute la boite considérait comme pistonné et stupide, voulut faire part de sa détermination et lança un « Rrrooouuu », car c’est tout ce qu’il savait dire. Dieu, prit alors conscience du manque de qualification flagrant du volatile et ajouta son nom dans la liste des licenciements éventuels.

Le chat, las des réunions à répétition, n’avait écouté que d’une oreille et se renseigna auprès de la souris sur la date de la reprise du boulot. Cette arriviste sournoise,  machiavélique et si culottée qu’elle se contentait d’un short rouge comme tenue de travail lui répondit : « C’est le 16. ». Hors cette année là, le 15 août tombait un lundi ce qui empêchait tout pont.

Le 15, la souris, profiteuse comme pas deux, fit route sur le dos du bœuf, prétextant que le co-voiturage était nécessaire pour lutter contre l’effet de serre les jours de forte chaleur. Arrivés sur place, l’infâme rongeur doubla le bovin et fut le premier animal à débarquer dans le bureau de la direction. Le chat lui, arriva le lendemain et ayant appris que les douze avaient été choisis la veille, promit de se venger de la souris sur plusieurs générations.

Le félin demeure pourtant symbole de chance et de prospérité, surtout lorsque qu’il passe sa patte avant au niveau des oreilles. On trouve dans toutes les maisons des statuettes, les manekineko 招き猫, représentant cette posture.

Beaucoup possèdent une queue atrophiée, très courte. On dit d’ailleurs que ceux munis d’une longue queue peuvent se changer en être humain. Ci-dessous le chat de Naoko, répondant au nom de Fukuchan (fuku voulant justement dire chance), reste malheureusement incapable de réaliser ce prodige mais demeure incontestablement très doué quand il s’agit de se transformer en lampe. En réalité Naoko n’a pas pu résister à le prendre en photo après son passage chez le vétérinaire pour cause de blessures dues à une bagarre.


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par Ludo publié dans : Cas sociaux
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Mercredi 31 août 2005

Les lecteurs de ce blog doivent imaginer que celui qui leur fourni chaque jour un article enlevé et poignant, en l’occurrence moi-même, est encerclé de mignonneries tellement leur présence se fait de plus en plus forte. Ils n’ont pas tout à fait tort. Même dans une enseigne aussi prestigieuse et élitiste de par ses prix que Takashimaya, équivalent nippon des Galeries Lafayette, on peut trouver son quota de kawaiisme. La preuve avec, cette petite poupée censée représenter l’une des professions les plus inutiles à mon goût au Japon : guide de grand magasin.

Assise derrière son comptoir, la guide attend des heures durant qu’une petite vieille ose lui demander à quel étage se trouve le rayon cordonnerie.  Hélas, quand une telle aubaine semble se profiler au loin cela tombe à plat, puisque des panneaux d’informations détaillant chaque étage sont plantés un peu partout. Une haine profonde pour ces panneaux doit grandir au sein de ces guides. Après tout, on ne voit presque plus de personnel d’ascenseur pour sans doute les mêmes raisons.

Dans une politique de rapprochement du public et dans le but de justifier le salaire de ses pauvres employées, la direction a dû établir que la présence d’une poupée rigolote à la réception rendrait les contacts avec la clientèle plus conviviaux.

Ma profession offrant des similitudes assez frappantes avec l’exemple susdit, peut-être l’ajout d’une peluche à mon effigie sur mon bureau dans l’après-midi favoriserait  les rapports avec les élèves…

 

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Je critique, je critique, mais n’oublions pas que grâce à ces emplois sans intérêt, le taux de chômage au Japon reste très bas. C’est donc avec le sourire que je retournerai à l’école demain Image Hosted by ImageShack.us
par Ludo publié dans : Cas sociaux
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Mardi 30 août 2005

Trouvez le plus abject des insectes, le plus effrayant des monstres ou le plus banal des objets et les Japonais se chargent de le rendre adorable. En ne prenant que quelques composantes d’un visage, généralement les yeux et la bouche, et en augmentant la taille de l’ensemble par rapport au reste du corps, on obtient un résultat proche de ce à quoi aurait pu ressembler le sujet à la naissance. Ce procédé de caricature infantilisante se nomme SD (super déformé, en français dans le texte).
Le design des mascottes reposent généralement sur ce principe.
Plusieurs règles doivent être cependant respectées.

1-     Ne jamais mettre de nez à moins qu’il soit à peine visible ou qu’on supprime la bouche.

2-     Eviter tout détail superflu.

 

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Ce chocolat, souvenir offert par une de mes collègues japonaises après la visite de Universal Studios Japan à Osaka, illustre parfaitement la chose. On se contente du strict minimum pour produire quelque chose de mignon. Ici seul la forme des yeux rappelle le super héros. Il suffit de voir la friandise une fois pour se rappeler de sa forme. C’est sans doute pourquoi le SD est souvent utilisé pour illustrer des consignes de sécurité ou des avertissements publics.

Cette collègue a tellement aimé ce Spiderman, qu’elle a déclaré vouloir confectionner des biscuits dans le même style. J’ai le sentiment qu’elle pourra les façonner les yeux fermés (voir titre, histoire de boucler ce calembour laborieux). Pour ceux qui n’ont rien compris, c’est par ici (dans le paragraphe synopsis).

PS: Certains ont remarqué que des liens depuis une petite semaine menaient vers des photos sur un site extérieur à Over-Blog. Ces images sont 100% made in Ougl. Elles sont simplement hébergées ailleurs. La plate-forme de ce blog ne me permetttant pas de stocker un nombre illimité de photos, j'ai donc décidé de les stocker ailleurs.

 
par Ludo publié dans : Cas sociaux
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Dimanche 28 août 2005

C’est un fait : une majorité de Japonais ne tient pas l’alcool. Pour certains il suffit juste d’un fond de verre de bière pour que leur teint se rapproche de celui de la rascasse méditerranéenne. On trouve donc parmi ces détestés de Bacchus plusieurs pour lesquels le mot « limite » n’existe pas. De plus, refuser un verre ne se fait tout simplement pas et la politesse veut que l’on serve autrui, surtout s’il s’agit d’un supérieur hiérarchique même si celui-ci n’a bu qu’une gorgée. Souvent donc les pots entre collègues se terminent avec des chefs de service qui titubent plus qu’ils ne marchent, des responsables de section avec leur cravate autour de la tête et de simples salariés portant leur boss qui chante des inepties. Fréquemment des hommes faits enfants par la grâce de l’éthylisme demeurent incapables, ou tout bonnement refusent de se déplacer et préfèrent le confort du macadam à un retour au foyer.


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par Ludo publié dans : Cas sociaux
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