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Mercredi 24 janvier 2007

Voir l’épisode précédent.

 

 

 

Ma position me permettait de laisser dépasser une jambe dans l’allée. Quelques minutes avant le départ, toutes les places étaient prises, ou c’est du moins l’impression que j’en avais. Vu l’heure avancée, le conducteur avait établi les consignes suivantes : dans quarante minutes, il éteignait les lumières et demandait le silence, ce qui convenait apparemment à tous.

 

Vers minuit, tout devint plus calme et Naoko grâce à son superpouvoir, dormait déjà. Je me forçai à fermer les paupières afin de me reposer un maximum. Je savais que dormir représenterait une tâche difficile dans cet espace ô combien étroit mais il me fallait coûte que coûte trouver le sommeil avant d’aborder les pistes le lendemain.

 

Alors que je commençai à voguer vers un début d’état second, les deux sièges de devant s’inclinèrent subitement vers nous au maximum, ne me laissant qu’une distance de dix centimètres entre mon visage et le dossier. Je vérifiai quels étaient les saligauds qui avaient osé abaisser leur siège de la sorte sans rien nous dire. J’aperçus à travers l’interstice léger offert entre les deux fauteuils, non pas deux olibrius mais un seul type, enveloppé sans être obèse, mais avec une tête surdimensionnée, plutôt bovine.

 

« Il a deux places pour lui tout seul et cela ne lui suffit pas ? » rouspétai-je avant d’incliner à mon tour notre dossier après avoir pris soin d’en avertir les personnes intéressées. Je jouissai désormais d’un intervalle nez/siège de trente centimètres. Mais même avec vingt centimètres de plus, le moindre éternuement me serait fatal, songeai-je alors.

 

Une demi-heure plus tard, mes jambes commencèrent à souffrir et je les plaçais alors dans la même direction après de douloureuses contorsions qui secouèrent malencontreusement, mais avec légèreté, la banquette de devant. Tout se serait passé avec moins de fracas si le type n’avait pas ainsi pris ses aises.

 

Les faibles secousses causées le firent pourtant réagir. Il me jeta un regard en coin et fit claquer sa langue en signe d’irritation ce qui me fit sortir de mes gonds, mais, vu l’heure et le calme environnant, je me contentai de grommeler « Et tu te plains en plus ? ». L’animal me regarda à nouveau et grogna quelques paroles inaudibles avant de se rendormir.

 

 
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Le car fit une première halte dans une aire de repos et tout le monde fut inviter à se dégourdir les jambes et à se soulager. Nous profitâmes de l’absence de Tête-de-bœuf pour subtilement faire basculer ses dossiers quelques crans en avant. Naoko m’apprit qu’elle ne parvenait pas à trouver le sommeil et que ses super-pouvoirs ne fonctionnaient pas ce soir… Vous imaginez alors combien je me souciais de son état de santé. Naoko, incapable de dormir ?! L’espace confiné lié à la chaleur ambiante et aux remous du véhicule lui avait donnée mal au cœur et j’avoue que j’étais un peu dans le même état.

 

Nous fîmes le plein de boissons et reprîmes place à bord, tous heureux de bénéficier de quelques centimètres en plus pour nos jambes. Alors que tout avait repris son calme, la Vache-qui-rit-pas se mit à déplier le strapontin disponible dans l’allée pour y déposer ses sabots. Donc si nous récapitulons, il prenait trois places à lui seul et se permettait de baisser deux dossiers.

 

Deux heures plus tard, le car effectua une nouvelle escale et nous nous aperçûmes que nous étions parvenus au pays des songes. Naoko avait de plus en plus mal au cœur. Nous sortîmes pour prendre un peu d’air frais et nous mîmes en quête de médicaments anti-nausée. Une foule considérable se pressait dans un combini à quelques mètres de nous. Le responsable de la boutique nous accueillit avec le sourire en nous demandant ce que nous désirions. Naoko lui fit part de sa peine et avec une gentillesse que nous n’avions pas ressenti depuis un moment, nous demanda de le suivre jusque dans l’arrière-boutique et nous donna gratuitement des comprimés. Face à tant de générosité, nous fûmes vraiment touchés (Naoko en avait la larme à l’œil), et nous ne pûmes résister à acheter une bricole en signe de remerciement.

 

Les commerçants japonais restent toujours très serviables mais dans une certaine limite. Peu se démèneraient autant et avec une telle spontanéité envers des inconnus.

 

Il ne nous restait plus que deux heures de route et notre mission consistait toujours à dormir un maximum. Une fois repartis, nous nous attelâmes à cette tâche quand soudainement, Tête-de-buffle se rendit compte qu’il pouvait abattre plus encore sa banquette…

 

Mes jambes, mes hanches et mon dos me faisaient souffrir quelle que soit la position, et je devais changer de côté toutes les 20 minutes tout en prenant soin de faire bouger le moins possible les places devant, mais vu la marge de manœuvre réduite, je ne pouvais faire autrement que de donner des coups dans les obstacles. Le minotaure tournait systématiquement la tête dans ma direction mais cette fois-ci sans rien dire. Heureusement me direz-vous, car j’aurais bondi sur l’occasion. J’envisageai notamment de poser mes pieds sur son strapontin.

 

Lors de l’un de mes stationnements en créneau, je fis tomber la sacoche de mon appareil photo. Il ne faisait qu’une chute de trente centimètres sur un sol revêtu de moquettes bien rembourrées, donc aucun risque de casse. Le bruit qui en résulta réveilla notre chimère. Je m’empressai alors de récupérer mon bien et de faire comme si de rien n’était en faisant semblant de dormir. Pensant qu’une de ses affaires avait roulé sous lui, il entreprit une fouille approfondie du périmètre en examinant dans les détails sous son siège, l’allée, et l’intérieur de son sac, pendant quinze bonne minutes pour enfin renoncer. Certes j’aurais pu lui abréger ses angoisses en lui expliquant tout mais je trouvai bien plus amusant de rester muet et de savourer en plaisir une certaine forme de vengeance.

 

A cinq heures du matin, je m’éveillai à nouveau et remarquai que le car avait fait une autre halte. Curieusement, aucun centre commercial à l’horizon, rien que de la neige.

 

« Le chauffeur doit avoir ressenti une envie subite de se vider la vessie » conjecturai-je. 30 minutes plus tard, nous étions toujours à l’arrêt avec le moteur en marche. Naoko ouvrit les yeux. Elle pensa que nous étions arrivés sur les lieux trop en avance et que les ryokan étaient encore fermés. Quinze minutes plus tard, le chauffeur prit la parole et annonça que telle et telle personne pouvait descendre car elles étaient arrivées à destination. Nous reprîmes la route. Le deuxième arrêt était le nôtre. Naoko et moi récupérâmes nos affaires de la soute et nous retrouvâmes tous seuls devant notre ryokan. Nous avions mal au cœur et rêvions d’espace pour dormir ne serait-ce qu’une heure.

 

 

 

A suivre

par Ludo publié dans : Sorties et voyages
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