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Lundi 29 janvier 2007

Voir les épisodes précédents.

 

 

 

A notre grande satisfaction, nous pûmes pénétrer dans le ryokan. Si le lobby restait encore fermé, une salle d’attente au sous-sol était disponible. Fourbus, nous y déposâmes nos affaires. Il n’y avait aucune chaise, ni banc mais le fait de trouver un endroit calme, sans bruit, sans personne nous procura malgré tout une sensation de confort. Des lavabos on ne peut plus propres, deux vestiaires et deux cabinets de toilettes étaient également disponibles. Nous organisâmes un oreiller de fortune avec nos anoraks et aussitôt Naoko utilisa son superpouvoir (elle venait de le retrouver) et écrasa sec pendant une heure. Vingt minutes après qu’elle se soit assoupie, trois touristes débarquèrent. Ils semblaient un peu plus âgés que ceux que nous avions côtoyés dans le car. Il s’agissait apparemment d’habitués, déterminés à se trouver sur les pistes le plus tôt possible. Plutôt que d’attendre la navette qui passait devant le ryôkan à partir de 7h45, ils envisagèrent d’appeler un taxi. Comme ceux-ci ne courent pas les rues dans la région, ils durent le faire venir d’assez loin et payer un supplément mais ça ne semblait pas les déranger plus que ça. Leur voix et leur façon de parler me rappellaient quelqu’un sans que je parvienne à déterminer qui.

 

Naoko émergea enfin, alors qu’un jeune couple (disons, plus jeune que le nôtre) fit son irruption dans la pièce. Les trois acolytes anonymes (drôle non ?) se rendirent au rez-de-chaussée pour s’entretenir avec la réception, désormais ouverte, au sujet des modalités de check-in.

 

Naoko profita de leur départ pour m’avouer qu’elle avait entendu une bonne partie de leur conversation et que leur voix lui rappelait immanquablement le duo de comiques Ungirls. C’était donc ça !

 

Nous nous changeâmes pour affronter le froid et demandâmes au réceptionniste si notre chambre avait été libérée ou non. Le check-in se faisait normalement à partir de 15h mais nous avions la possibilité de le faire plus tôt si la personne précédente avait quitté les lieux, moyennant un supplément de 500 yens. Cela nous aurait bien été pratique puisque nous aurions pu déposer nos bagages dans un endroit sûr. Malheureusement, on nous répondit par la négative. Imitant les trois comiques insoupçonnés, nous laissâmes finalement nos sacs dans la salle d’attente. Après tout, nous étions au Japon et ne risquions pas grand-chose. Je plaçai tout de même mon Eos Kiss dans une consigne.

 

Nous prîmes place dans la navette et dix minutes plus tard accédions au centre commercial situé en bas du domaine skiable. Naoko devait d’abord obtenir son matériel de location pendant que je l’attendais dehors.

 

Pendant ce temps, je vis arriver des hordes de skieurs de tout âge : des jeunes comme ceux que j’avais vus au départ de Nagoya bien sûr, mais aussi des groupes de petits enfants, des retraités et quelques étrangers en particulier des Chinois et des Coréens. Trois quart d’heure plus tard, Naoko ne réapparaissait toujours pas. Je décidai de lui passer un coup de fil. Elle m’annonça qu’elle approchait enfin du comptoir où on allait lui remettre sa planche de snowboard. J’allai à sa rencontre en faisant le tour du bâtiment. 15 minutes plus tard, nous pouvions enfin faire la queue (ô joie) pour obtenir notre forfait de remontées mécaniques. A Hakuba Goryû 白馬五竜 (hakuba signifiant "cheval blanc" et goryû signifiant "cinq dragons"), il se présente sous la forme d’un petit carré de plastique de cinq millimètres d’épaisseur et renferme une puce d’identification. Lorsque l’on passe celui-ci sur les capteurs, le portillon s’ouvre. J’avais mis le mien dans une espèce de brassard transparent que j’avais placé sur l’avant-bras gauche et cela fonctionnait à merveille. Naoko ne se sentant pas d’attaque pour une piste noire dès le début, nous prîmes le petit télésiège menant quelques centaines de mètres plus haut. Peu de gens y faisaient la queue et le trajet restait rapide. A l’arrivée, Naoko se mit à paniquer. C’était le moment qu’elle redoutait le plus. Elle m’avait avoué la veille qu’elle n’avait jamais réussi à débarquer sans se retrouver par terre. Effectivement…

 

Une foule incroyable de snowboardeurs gênait de plus le passage. Ceux-ci s’afférant à rechausser un pied dans les fixations, en oubliaient complètement les autres. La piste, dont la dénivelée semblait aussi impressionnante qu’une plaine de Beauce, était parcourue par une foule de débutants en tout genre : du chasse-neige tendu pour les skieurs et des chutes sur le postérieur pour les surfeurs. Je démarrai lentement (difficile de faire autrement remarquez), et déjà je me rendis compte qu’il allait falloir regarder tout autour de soi pour éviter les accidents. Naoko suivait derrière et refaisait connaissance avec la poudreuse par une bonne bise, face contre terre. Pas de casse, tout se fit en douceur.

 

Nous décidâmes de trouver une piste moins bondée et plus intéressante en prenant le téléphérique. Le temps était excellent.

 
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Sortis du téléphérique, notre instinct nous poussa à descendre droit devant nous, espérant nous retrouver au-dessus de la première piste que nous avions empruntée. Hélas, la voie était coupée et seul un télésiège bondé avec une file d’attente atroce nous permettait de retourner sur nos pas, enfin… nos traces. L’opération nous prit une bonne vingtaine de minutes. Je fus surpris de voir qu’en ce qui concerne les sports d’hiver les Japonais ne font malheureusement pas preuve de la même civilité que lorsqu’ils attendent un transport en commun. Il n’y avait pas à proprement parler de files d’attente puisque la foule se pressait aux deux portiques dans une anarchie totale. Vue de dessus, le débit de skieurs devait ressembler à un entonnoir. Une fois assis, notre patience fut une nouvelle fois mise à l’épreuve puisque notre vitesse demeurait particulièrement faible, sans compter que la machine fut arrêtée assez souvent durant notre ascension. Nous jurâmes de ne plus tomber dans ce piège et poussâmes l’exploration du domaine plus haut encore. La fatigue commençait à se faire sentir et notre estomac hurlait de gargouillis. Nous retournâmes donc à la station de téléphérique qui accueillait en son sein, une cafétéria et une aire de repos. Il était onze heures. Malgré l’immensité de la salle, toutes les places étaient prises. Nous nous rendîmes alors penauds sur la terrasse située à l’ombre où un vent glacial nous pressa de terminer notre pitance le plus rapidement possible.

 

Les yeux bouffis par une nuit blanche, les membres à moitié usés par des efforts soudain, nous décidâmes d’un commun accord de prendre la navette de 15h ce qui nous pousserait à amorcer notre retour vers 14h. J’envisageai éventuellement de retourner skier le soir puisqu’une partie des pistes était ouverte jusqu’à 22h. Au pire, nous avions encore le lendemain pour en profiter à fond.

 

Nous nous rechaussâmes et partîmes profiter de la neige du côté est de la montagne, vers Hakuba 47. Il y avait beaucoup moins de monde et le paysage y était sympathique : des voies plus étroites avec de long virages, parsemées de sapins sur les côtés et une vue imprenable sur la vallée. Nous n’avions qu’une vague idée des lieux puisque nous n’avions pris aucune carte. Je comptai sur des indications claires comme le Japon en a l’habitude. C’est tout juste si les différents itinéraires étaient fléchés. A part quelques cartes sommaires à proximité des plus grosses remontées, rien…

 

Voyant l’heure tourner (il devait être 14h15), nous cherchâmes un moyen de repartir vers l’ouest. Après deux tentatives qui nous redirigèrent vers le même télésiège, nous dénichâmes par hasard une piste sans indication qui nous approcha d’un lieu que nous avions découvert dans la matinée. A partir de là, il nous était impossible de rejoindre le bas de la station. Une seule direction possible : vers le haut.

 

15h00. Nous nous trouvions au point le plus élevé et devinions notre destination plusieurs centaines de mètres plus bas. La logique voulait que l’on emprunte la piste la plus à l’Ouest… Cela nous mena à un choix : un télésiège qui nous redécalerait vers Hakuba 47 et un autre qui se contentait de nous recatapulter au sommet… Impossible de trouver une route vers le bas, tout était bloqué. Nous en déduisîmes qu’il nous fallait retrouver le tout premier téléphérique que nous avions emprunté. Mais où se cachait-il donc ? Une idée me vint à l’esprit. Et si nous tentions de nous déplacer le plus possible à l’horizontale pour tomber un peu plus à l’est ? Une petite pente nous permettait de prendre un peu d’élan : avec une trajectoire en U et quelques efforts nous pouvions y arriver. Je me lançai en premier et fus étonné d’acquérir autant de vitesse. J’arrivai au point prévu sans même pousser des bâtons. Naoko prit ma suite. Elle chuta, glissa un peu, rechuta, refixa ses chaussures, rechuta… Cela dura dix minutes. Finalement elle déchaussa entièrement et elle arriva à pied, complètement exténuée. Ses fixations clochaient et ne serraient pas suffisamment un de ses pieds. Il lui était impossible de glisser normalement dans ces conditions. Elle m’avoua qu’elle n’en pouvait plus, tant physiquement que nerveusement. En scrutant au loin, nous pouvions distinguer ce qui ressemblait au toit de la station de téléphérique. Nous étions sauvés ! Il était 16h… Nous avions pas mal tourné en rond…

 

Nous nous vautrâmes de plaisir sur la banquette de la navette, avec une idée en tête : dormir, dormir et pendant que nous y étions, dormir dès que nous aurions accès à notre chambre. Quinze minutes plus tard, après avoir déposé notre matériel au sous-sol et récupéré nos différentes affaires, nous pénétrâmes dans la pièce de six surfaces de tatami qui allait nous accueillir pour la nuit. Exactement aussi grande que notre chambre à coucher, elle était très propre. Nous disposâmes sans plus tarder les futons. Il n’y avait pas de douche, ni de toilettes dans la chambre. Il fallait donc se laver dans les bains publics mais vu le monde qu’il y avait et mon état de fatigue prononcé, je fis l’impasse. Je dois avouer que faire ma toilette en tenue d’Adam en compagnie d’inconnus tout aussi nus n’a jamais été ma tasse de thé. Naoko, qui partage le même sentiment tenait pourtant à prendre un bain. Elle s’absenta donc du côté des femmes (souvent moins bondé) et me laissa dormir. Je dus mettre trente secondes pour trouver le sommeil. Une demi-heure plus tard, une annonce retentit pour inviter les pensionnaires à prendre le dîner. Il était 17h30. Je fis la sourde oreille. Naoko m’avait rejoint sans que je m’en rende compte et se reposait à mes côtés. Elle me demanda si j’étais d’attaque pour aller manger. Je lui marmonnai quelque chose d’inaudible qui signifiait vaguement que c’était au-delà de mes forces. Je n’avais dormi que deux heures et demi en quarante heures. Naoko avait eu la chance de dormir le double. A 18h15, quelqu’un vint frapper à notre porte. Il ne nous restait que 15 minutes pour dîner. Je fis des efforts surhumains pour me lever, poussé par Naoko. Nous nous rendîmes au réfectoire. Seul un autre couple était encore là. Sur chaque table était disposé un numéro de chambre. Nos plats nous y attendaient. Nous appréhendions un peu la nourriture de cette pension bon marché mais nous fûmes surpris. Ce n’était pas mauvais du tout, sans pour autant atteindre des sommets. Je dévorai tout ce qu’il y avait sur mon plateau comme un ogre, et poussai le vice jusqu’à récupérer le poisson pané de mon épouse et son dessert.

 

Le ventre bien rempli, nous nous sentions nettement mieux et c’est après avoir discuté pendant une demi-heure, notamment sur le fait que de retourner skier dans la soirée était une bonne blague, nous plongeâmes dans une divine léthargie.

 

 

 

A suivre

par Ludo publié dans : Sorties et voyages
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