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Vendredi 5 janvier 2007

Je devais avoir six ans quand je crus pour la première fois qu’on allait me faire la peau (quelques années après cet épisode tragique).

Mes parents possédaient et possèdent toujours un meuble de bibliothèque composé de tiroirs, de placards à sa base et d’étagères remplies de bibelots divers en hauteur. Aujourd’hui encore, on peut y admirer des objets du monde entier dont des poteries romaines ramenées de Tunisie (mes parents et mes sœurs y ont vécu deux ans).

Ce jour-là, rien n’allait plus : j’avais perdu le seul objet que j’avais jamais gagné aux billes à la récré, à savoir une pelleteuse miniature. Pas n’importe quelle pelleteuse miniature car sa pelle était articulée grâce à un vrai-faux piston hydraulique. Je ne jouais jamais aux billes et je goûtais donc avec une joie non dissimulée mon trophée… jusqu’à sa disparition inexplicable. Je cherchai partout, sous les canapés, dans les poubelles pendant toute la matinée. Rien… Désespéré, je rejoignis la table du déjeuner avec une idée fixe : me remettre à la tâche une fois le repas terminé.

Une fois rassasié, je profitai de la pause-café de mes parents sur la terrasse pour inspecter la bibliothèque. Si ça se trouvait, ma mère, si étourdie, l’avait peut-être déposée et avait oublié de me le dire… Je pris une chaise, montai dessus et jetai un coup d’œil aux étagères accessibles. Toujours rien. M’assurant que personne ne guettait dans l’ombre, je gravis le meuble et entrepris de me hisser sur la pointe des pieds en m’appuyant d’une main sur l’une des planches qui accueillait les poteries. Ce que j’ignorais c’est qu’elles n’étaient pas fixées, tout juste posées.

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Le drame arriva : une étagère virevolta et envoya dans les airs les antiques amphores alors que ma vie commençait à défiler devant mes yeux. Je pris la fuite ventre à terre après qu’un bruit de casse effrayant ait retenti dans la maison. Dans ma tête de garçon de six ans, j’avais commis l’irréparable : des objets très certainement inestimables avaient été détruits par ma faute et on allait me le faire payer d’une manière si cruelle qu’elle allait servir à terrifier des générations d’enfants désobéissants : « Si tu ne te calmes pas, il va t’arriver la même chose qu’à Ludo ! ». Le croque-mitaine à côté, serait devenu une franche rigolade et moi j’essuyais toutes les larmes de mon corps.

Avec mon copain du voisinage et lors du passage de mes cousins, nous jouions très souvent à cache-cache. Mon expérience en la matière allait me servir. Je connaissais la meilleure planque, celle que l’on n’ose utiliser que rarement, histoire de garder autant que possible le secret pour soi. Je m’y installai en tremblant d’effroi et en suivant scrupuleusement la trame de la tragédie d’une oreille aux aguets. J’avais signé mon crime d’une chaise placée contre la bibliothèque mais mes parents se demandaient dans un premier lieu pourquoi et comment j’avais tout envoyé valser.

Ils me cherchèrent apparemment partout, y compris dans la pièce où j’avais trouvé refuge mais sans rien voir. Je priai naïvement pour que l’on ne me trouve jamais en oubliant les contraintes naturelles comme le ventre qui allait se faire creux, une envie d’uriner inextinguible et aussi mon séant qui commençait sérieusement à m’incommoder du fait du manque de confort du sol sur lequel il était posé. Je restai ainsi prostré dans ma hutte providentielle dans une semi pénombre pendant trois heures ne cédant jamais aux avances pourtant alléchantes de ce que je voyais comme mes futures tortionnaires. Ils tentaient de m’amadouer avec de belles paroles : « sors de ta cachette ! On n’est pas fâché ! On veut juste savoir où tu es car on s’inquiète. Viens prendre le goûter ! » parfois ponctuées par des apartés du type : « Mais il est où bon sang ! Il n’est pas chez le voisin, j’ai appelé… ». Mes pauvres géniteurs se faisaient vraiment du souci et je sentais vraiment l’angoisse les gagner mais la peur me clouait sur place. ».

Soudain quelqu’un surgit une nouvelle fois dans la chambre, celle de mes parents, et s’approcha de la petite table sous laquelle je me tapissais, puis souleva la nappe qui la recouvrait totalement pour toucher le sol. Ma mère me chuchota, à la fois éprise de pitié et de soulagement : « tu étais là ! ».

Je quittai mon terrier tout penaud et avant que j’eus le temps de prononcer quoi que ce soit, mes parents me rassurèrent : « bon c’est cassé mais c’est pas grave. On s’est fait beaucoup de soucis. La prochaine fois, dis-le nous, on ne te mangera pas. ».

Les braves ne m’avaient effectivement jamais violenté mais comme beaucoup d’enfants de cet âge, je m’étais monté un film à l’issue incertaine.

NB : Je ne pourrai publier aucun commentaire jusqu'à lundi vu que nous profitons de pentes enneigées du côté de Nagano et de la visite de quelques temples du côté de Gifu. Que cela ne vous empêche pas de poster quoi que ce soit.

par Ludo publié dans : Vieilles anecdotes
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