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Mercredi 22 février 2006

Il n’y a pas si longtemps, je vous avais présenté l’une de mes collègues ou plutôt le manque de professionnalisme qui la caractérise.

Afin d’apporter une nouvelle pierre à l’édifice, laissez moi vous compter ce qu’il s’est passé il y a deux semaines.

Pour la première fois depuis six mois, Madame F. s’est postée devant mon bureau pour faire le point sur la prochaine leçon. Ne voulant pas laisser échapper ce moment historique, je me tins immédiatement à sa disposition, sans pour autant me faire trop d’illusion.

Madame F : Vous n’auriez pas des idées d’activités pour la prochaine classe ?

Moi (peu surpris d’apprendre qu’elle n’avait rien prévu et qu’elle s’en remettrait complètement à moi) : Sur quel point de grammaire ?

Madame F : Oh, n’importe quoi fera l’affaire.

Moi (soupirant intérieurement) : J’ai bien ce jeu bidule truc là.

Madame F. abattit alors sur la table, comme par enchantement, une feuille sur laquelle figuraient trois ou quatre dessins. La journée se devait d’être marquée d’une pierre blanche. Rendez-vous compte : pour la première fois de l’année, elle avait eu une vague idée de cours à l’avance !!!

Madame F. : Je n’ai que ces images mais je n’ai jamais fait ça avant et je ne sais pas s’ils seront capables d’écrire une histoire là-dessus.

Me remémorant une activité de l’année passée, je lui proposais d’ajouter une planche de Tintin parue dans un numéro spécial du Figaro Magazine, où tous les phylactères étaient vides. Ne l’ayant pas sous la main à ce moment là, je lui demandais de patienter avant le lendemain.

Le jour suivant, je photocopiais ladite page et déposait un exemplaire sur son bureau pour apprendre plus tard qu’elle était absente pour cause de rhume.

Le surlendemain, nous pûmes discuter brièvement. Disons plutôt que je dus aller lui parler, pour lui demander ce qu’elle pensait de la BD. Elle me répondit que c’était parfait.

Plus tard, en fin de journée, elle débarqua avec une feuille A3 et m’expliqua qu’elle souhaitait que les élèves aient le choix entre plusieurs dessins. Pas moins de sept croquis et photos, y compris Tintin, un singe dans une source d’eau chaude, une caricature d’homme politique étranger impossible à identifier, avaient été placés dans un bazar indescriptible. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué…

Curieux de savoir comment nous allions présenter la chose, je lui demandais quelques détails.

Moi : Bon, c’est sans doute mieux de les faire plancher là-dessus par binômes, non ?

Madame F : Oui mais pour certaines photos, il n’y a qu’un personnage, pour d’autres il y en a 7 donc certains pourraient choisir d’être seul ou de former des groupes de sept.

Moi : Des groupes de sept ? S’ils se répartissent les tâches, ils ne vont pas beaucoup écrire…

Madame F : Oui mais j’aimerais qu’ils jouent ce qu’ils ont préparé lors d’un prochain cours.

Cela sentait bon l’approximation, et le désir de se tourner les pouces au lieu de bosser, car il faut bien reconnaître qu’un enseignant ne se tue pas à la tâche dans ce type de situation, surtout quand le vice s’étale sur deux heures. Ce sentiment fut confirmé dans la seconde qui suivit par une phrase qui prouva à jamais que j’avais vu juste depuis le début : « bon, on n’a qu’à faire au pif. »

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Convaincu de la perte de temps que constituerait la présentation orale de ces travaux, je lui demandais à tout hasard si elle comptait que cela se déroule lors du second cours.

Madame F : Je dois enseigner quelque chose de différent donc on fera ça pour le troisième.

Le jour J, nous nous rendîmes dans l’une des cinq classes de troisième et elle expliqua, avec sa maîtrise légendaire de la langue de Dickens, le pourquoi du comment.

Fatigué de corriger ses erreurs à l’oral, je joue désormais l’indifférence. Ca lui évite ainsi de perdre la face devant ses élèves et ça la rend surtout moins agressive. Pourtant ce jour-là, je dus me retenir de ne pas intervenir tellement je sentais la moutarde me monter au nez face à un déluge d’erreurs que même les outils linguistiques de Google seraient infichus de pondre.

Cela commençait fort par une bourde colossale, faisant l’effet d’un pavé dans la mare, un pet lors d’une minute de silence, un ongle jaunâtre dans une tarte aux fruits. Les sept images étaient annotées d’une lettre pour les différencier mais l’impression n’étant pas de bonne qualité, ces dernières n’apparaissaient plus. Madame F demanda alors à ses élèves de les réécrire en utilisant ces mots : « please write from A to Z » (zi en anglais d’outre-Atlantique). « Tiens, elle a oublié qu’il n’y en avait que sept » murmurais-je alors avant de m’apercevoir qu’elle se bornait à répéter la même chose. Bon sang, elle confondait « G » (dji) et « Z » (zi), chose d’autant plus choquante quand on sait que les Japonais ont plutôt du mal à prononcer l’inverse puisque le son « zi » n’existe pas. Voyant que je lui faisais de gros yeux et que son public lui renvoyait un regard de totale incompréhension, elle se reprit enfin en balbutiant « Zi… euh non… djè… zut c’est pas ça… dji ».

Il s’en suivit une cascade de gaffes et de non-sens qui restent parfaitement communs chez un collégien dyslexique (et, avouons le, un peu con) mais impensables chez un enseignant.

Speak what you make : Les enfants font souvent mal la distinction entre speak, say et tell. Dans ce cas, on aurait de toute façon préférer perform voire tell suivi de what you’ve written. Même le plus nul des débutants n’aurait jamais mis de présent dans la subordonnée. 

Make 5 of group : là encore, le pire des cancres n’inverserait jamais l’ordre et dirait sans mal make groups of five people. Et ça ne lui aurait pas écorché la langue de mettre group au pluriel, lui.

Everybody must pray : Une confusion entre le « r » et le « l » que l’on voit trop souvent au Japon. Mais tout de même, je trouve scandaleux qu’un prof commette la faute sur un verbe aussi courant que play. Et je ne pense pas qu’elle ait voulu que tout le monde prie.

La première heure terminée avec trois des cinq classes, elle décida finalement que la présentation des dessins par les élèves aurait lieu non pas lors du troisième cours comme prévu mais lors du deuxième.

Incompétente et sans organisation, elle s’acharne à se compliquer la tâche alors qu’avec un peu plus de bon sens et de simplicité, elle gagnerait un temps précieux qu’elle pourrait mettre à profit pour étudier correctement l’anglais.

C’est ce qu’on appelle un cas d’école qui porte bien son nom. Je me répète mais avec de tels profs de langue, vous comprendrez que la rubrique Flançais et Engrish ne risque pas de s’arrêter.

par Ludo publié dans : Ecoles
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