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Vendredi 24 mars 2006

C’est officiel, Naoko vit désormais à mes côtés. Diantre, sacrebleu, saperlipopette et fiente de pigeon grippé, qu’il fut pénible d’y parvenir.

Lorsque je l’ai connue et jusqu’à récemment, ma fiancée suivait des cours à l’université dans le sud-est de Nagoya à deux heures de train et de métro du domicile de chez parents, soit quatre heures de transports pénibles par jour auxquels s’ajoutaient son petit boulot au combini familial. Dès le début nous avions trouvé plus commode pour elle de rester chez moi la veille des jours de fac puisque cela lui permettait de diviser la durée du trajet par deux. Cependant, nous savions pertinemment que cela ne pourrait pas se faire dans l'immédiat.

Dans ce pays, un grand nombre d'enfants, et en particulier les jeunes filles, sont couvés à outrance jusqu’à un âge avancé. Je ne fus donc pas surpris d’apprendre que Naoko était soumise à un couvre-feu (mongen 門限) malgré ses 22 ans à l’époque. On exigeait d’elle qu’elle soit rentrée avant 10h 30, une heure tardive… pour les poules. La majorité débute légalement à 20 ans mais dans les faits, l’indépendance ne débute vraiment qu’au moment du premier emploi, bien qu’un nombre élevé de trentenaires, voire quadragénaires vivent encore chez leurs parents. C’est notamment souvent le cas dans l’enseignement.

La notion de famille demeure beaucoup plus forte qu’en Europe. Le schéma type se compose d’un foyer où coexistent parents, enfants et grands-parents sous le même toit. Malgré un nombre croissant de rejetons en quête d’émancipation, beaucoup n’éprouvent aucun malaise à vivre chez papa/maman. Cela leur permet d’éviter non seulement de payer un loyer mais aussi d’éviter les frais exorbitants demandés en cas d’emménagement dans un nouvel appartement. Il faut en effet compter en moyenne une caution (que l’on ne récupère jamais) qui correspond à trois à six mois de loyer ainsi que six mois de loyer d’avance dans les pires cas.

Le jour même où je déclarais ma flamme, Naoko en avait déjà fait part à sa mère. Son père ne fut averti que plus tard en prenant d’extrêmes précautions.

Les premiers mois de notre relation se déroulèrent donc avec cette angoisse permanente que son père découvre le pot aux roses et le prenne très mal. Ma dulcinée repoussait courageusement petit à petit l’heure fatidique de la permission de 10h30 pour rentrer parfois vers minuit. Puis, toujours prudemment, et avec l’accord maternel obtenu à l’arraché, elle dormit pour la première fois chez moi.

Fatigué de jouer ce rôle d’adolescent malgré mes trente ans d’alors, j'appris avec une grande joie qu'elle allait organiser une rencontre avec son son père. Le premier contact ainsi que ceux qui suivirent se passèrent pour le mieux, comme quoi tout le monde s’était fait du mauvais sang pour rien.

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Si avec le temps, Cendrillon fut autorisée à rentrer à minuit et à passer le week-end complet en ma compagnie, nous nous manquions toujours terriblement le reste de la semaine.

Je connais un membre de la gente masculine qui a le privilège de vivre de son côté à Yokohama. Bien qu’ayant une petite amie depuis plusieurs années et habitant à quelques centaines de kilomètres de ses parents, il n’a jamais cherché à vivre en douce avec sa belle. Il n’a pas non plus envisagé le mariage pour l'instant. Celle-ci vient donc le voir tous les jours et repart chez ses parents vers deux heures du matin… Je ne comprends pas comment on peut se compliquer la vie à ce point.

Après plusieurs discussions, nous en avions conclu que le seul moyen de vivre ensemble tenait en un mot : mariage.

Il fallait annoncer la chose tout d’abord à mes géniteurs, ce fut d’ailleurs la principale raison de notre séjour en France en décembre, puis à ses parents. Nous passâmes volontairement sous silence le chapitre de la période de concubinage avant la cérémonie afin de ne pas casser la bonne ambiance suscitée par notre déclaration.

Naoko débutant son travail d'enseignante en avril, il était inimaginable d’attendre la date prévue pour l’union civile (en mai) et impératif qu’elle emménage avant le printemps. Nous avions donc retenu que le moment le plus propice serait fin février… sans nous faire trop d’illusion.

Au moment tant attendu de la négociation avec ma future belle-mère, j’avais lâché du leste en ce qui concerne le mois de février. Le remplacement du poste de manager adjoint de Naoko au combini ne pouvait se faire dans la précipitation. Il fallait trouver le parfait candidat et le former. Campant fermement par la suite sur mes positions et arguant que les dates de nos vacances scolaires respectives fin mars étaient parfaites, que le premier emploi de Naoko débutait en avril et après avoir débattu que la vie avant le mariage ne constituait pas un tabou pour les Japonais comme elle l’affirmait puisque des amis avaient fait de la sorte, nous tombions finalement d’accord.

La bataille fut pénible mais aujourd’hui même, ma petite reine et moi-même sommes réunis.

par Ludo publié dans : Ougl
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