Véritable aberration de la nature, inégalable grossièreté culinaire, immonde poil bouclé dans la soupe de la création, le nattô 納豆ne devrait même pas avoir le droit de cité dans la gastronomie japonaise… non, dans la gastronomie tout court !
Ces germes de soja fermentés restent, aux dires d’odieux amateurs qui ne reculent devant aucune campagne mensongère, bons pour la santé.
Franchement, pourriez-vous ne pas exprimer votre malaise à la vue d’un fou en train de remuer sa mixture afin d’y faire apparaître des filaments plus répugnants que des filets de morve mélangés à de la guimauve ? Combien de secondes tiendriez-vous après avoir posé vos narines une vingtaine de centimètres au-dessus d’un pot de nattô ? Oseriez-vous placer sur votre langue l’une de ces infectes boules donc la forme évoque un excrément de rat d’égout de la pire espèce ? Survivriez-vous au parfum proche de l’haleine putride d’un phacochère qui aurait mangé pendant des années rillettes et jus d’orange ? Avaleriez-vous un aliment dont vous avez le sentiment qu’il a déjà séjourné dans un estomac mais dont vous ignorez de quel côté il est ressorti ? Non ? La moitié des Japonais et moi-même pensons comme vous. Le nattô divise ainsi la population de l’archipel. En général, les habitants du Kantô, la région de Tokyo (les fous), apprécient alors que ceux du Kansai, la région d’Osaka, Kyôto et Kobe (les censés) détestent.
Mon épouse malgré toutes ses qualités, appartient à la première catégorie. Voilà pourquoi elle se met toujours à l’écart pour se pervertir le palais.
NB : la photo provient d’un repas à l’école. Il arrive en effet, mais seulement une à deux fois par an en raison de la forte proportion d’enfants qui n’aiment pas, que le nattô apparaisse au menu.






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