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Mercredi 5 mars 2008

Constituant seulement une infime portion de la population du pays, les étrangers sont encore vus comme des bêtes curieuses (à l’exception peut-être de Tokyo et Hokkaidô).

Dans les transports en commun, il n’est pas rare d’entendre de vieilles dames parler à votre sujet, de voir des enfants en bas âge vous montrer du doigt et des lycéennes pouffer de rire en vous regardant. Les immigrés dont je fais partie souffrent à un moment ou à un autre du syndrome dit du « con qui dit non » (made in Ougl 2008). Quand on est petit et qu’on entend l’histoire du con qui dit non, on rit beaucoup. Pourtant au bout de dix fois, on a plus envie de donner des coups que de faire fonctionner ses zygomatiques. Dans notre cas, on dirait bien à notre public : « Oui, d’accord, je ne suis pas japonais. C’est bon maintenant ? » ou encore « Mais vous allez vous y habituer quand ? ».

Les contacts plus rapprochés avec certains autochtones se déroulent parfois de manière comique.

En 1996, pendant ma toute première année au Japon, je fis la connaissance des parents d’une fille qui avait décidé de passer un an en France. La mère, quoique sympathique, avait la fâcheuse manie de vouloir traduire en anglais les mots les plus simples de son discours. Le problème, c’est que je comprenais déjà ces mots simples et que j’aurais aimé qu’elle me traduisît le vocabulaire qui m’était inconnu. Les phrases se résumait donc à : « Au Japon… In Japan. Qsdfjh ffiif azzsolk poisson… Fish… Afoeirzjf dfijefij $fjf azdxswqq thé vert… Japanese tea… ». Au bout d’un après-midi, j’étais tout bonnement épuisé.

 
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Beaucoup s’imaginent d’ailleurs que le Japon demeure une contrée inconnue à l’étranger et que toutes ses composantes sont uniques : « Ah bon ? Vous avez du riz en France ? ». Cela peut devenir comique quand votre interlocuteur ignore que ce dont il parle n’est en fait pas japonais : « Ah bon ? Vous avez de la mayonnaise en France ? ».

Durant ma deuxième année, la famille d’accueil d’un Français invita tous les étudiants étrangers à déjeuner. La mère nous accueillit puis s’absenta quelques minutes. Elle revint, élégamment vêtue d’un kimono et avec un plateau de sushi dans les mains. La présentation qui s’en suivit fut mémorable : « Le vêtement que je porte s’appelle « kimono », ki-mo-no. Et ça, ce sont des « sushi », su-shi. C’est du poisson cru avec du riz… Rice. C’est un plat traditionnel. ». Après quelques secondes de silence, nous répondîmes à l’unisson et en souriant : « Aaah ! ». J’imagine qu’en tant qu’hôte, chacun s’évertue à montrer le meilleur de son pays en jouant un rôle d’ambassadeur, quitte à oublier que ceux auxquels on s’adresse connaissent parfaitement leurs bases puisqu’ils y vivent depuis plusieurs mois. Cette attitude gentille et naïve n’est pas commune à tous. Beaucoup plus rares, on rencontre des Japonais qui vont ranger leur personnalité introvertie au placard pour se conduire le plus étrangement.

Lors d’une autre fête, la famille d’accueil d’un Américain avait vu les choses en grand malgré un nombre de convives limités à quatre, une amie américaine, deux copains japonais et votre serviteur. La mère (une dame typique d'Osaka) avait confectionné, accrochez-vous, 200 crevettes frites (en plus de riz, de viande grillée au barbecue, d’une salade et d’un gâteau). Nous étions huit, je vous laisse faire le calcul. N’ayant évidemment pu finir ce plat gargantuesque, nous commençâmes à discuter. La mère, qui affectionnait particulièrement la bière, avait déjà quelques grammes d’alcool dans le sang. Au bout d’un moment, elle me prit discrètement par le bras, m’entraîna un peu plus loin et me dit le plus sérieusement du monde : « Ma fille n’a jamais eu d’expérience. S’il vous plait, couchez avec ! ». Intéressé un laps de seconde par cette éventualité vu que la fille en question était franchement superbe, je ne pus lui répondre que par la négative. J’appris d’ailleurs plus tard, qu’elle avait déjà tâté le terrain avec leur étudiant d’accueil, sans succès…

par Ludo publié dans : Vieilles anecdotes
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