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Mercredi 26 avril 2006

En primaire, on oublie parfois que nos actions peuvent avoir des répercutions inattendues sur nos élèves.

Une classe, en particulier au Japon, forme une entité à part entière. Je le constate ainsi à chaque fois qu’une de mes blagues fait un bide retentissant. J’ignore si c’est dû à l’humeur et la dose de concentration, deux variables qui changent suivant le jour de la semaine et le moment de la journée, mais il n’est pas rare qu’une vanne ayant fait s’esclaffer les gamins les plus timides au point de leur provoquer des décrochements de la mâchoire et des entrées aux urgences (bon j’exagère un peu) produise un effet similaire à un blizzard du Nunavut. Autrement dit, cela jette un froid qui se traduit par un silence que je considère toujours trop long. Pas un gamin ne va dans ce cas se poiler de son propre chef ni même esquisser un sourire… Sinistre !

Pour briser la glace dans certains moments, je n’hésite pas à taquiner certains éléments quand ils commettent une légère erreur. Attention, je ne dis pas que je me moque d’eux, simplement je leur fais remarquer avec humour. Cela fonctionne toujours et permet de tisser des liens (comme Spiderman sur internet si vous me permettez ce calembour).

Une fois un climat de confiance établi, il m’arrive d’utiliser un paquet de feuilles roulées, un livre de texte, ou un éventail pour réprimander d’une très légère frappe sur le sommet du crâne, un élève qui aurait commis une faute à l’écrit lors d’un travail effectué en cours.

Je me garde toujours de les toucher directement ou de manière forte puisque cela peut être interprété de nos jours comme un crime aux yeux de certains parents paranoïaques.

Un jour d’été 2003, alors que je faisais plancher mes brebis sur un exercice et que je tentais tant bien que mal de ralentir la cascade de sueur qui naissait au sommet de mon front au moyen d’un vigoureux battement d’éventail, j’aperçus une fille commettre une petite bourde : elle écrivait au mauvais endroit. D’un court mouvement de poignet, je lui tapai sur le crâne au moyen de mon ventilateur de fortune, de façon à ce que la surface de l’objet atteigne son but avec toute la lenteur et la douceur que produirait la chute d’une assiette en papier de dix centimètres de hauteur sur un cuir chevelu. Par un mauvais coup du sort, un courant d’air diabolique surgit de nulle part et fit pivoter l’éventail dans ma main, une fraction de seconde avant l’impact. La fillette reçut ainsi la tranche dure et aiguisée de l’ustensile sur la caboche. Elle n’attendit pas une seconde pour pleurer et je me mets facilement à sa place : sans prévenir un prof avait tenté de l’assommer sans raison ! Je me confondis alors en excuses et jurai de ne plus jamais me livrer à cet acte.

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Parfois, on a beau s’escrimer comme un fou, rien n’y fait : nos ouailles n’écoutent rien et vous poussent à bout. Un de mes collègues de 2002 péta ainsi littéralement les plombs pendant un cours avec des CE2 alors qu’il jouait au fruits basket. Ce jeu consiste à placer des enfants sur des chaises en ronde, plus un autre au milieu du cercle, et à leur donner des noms de fruits (ou de couleurs, d’animaux etc.) de telle sorte que trois à quatre d’entre eux obtiennent le même. Prononcez alors un nom de fruit et les personnes concernées vont se lever et changer de place sans se faire prendre une chaise par la personne du milieu. Les gamins adorent, les profs moins, en raison du bruit et de l’excitation que cela occasionne à chaque fois. Mon collègue, las de voir tant de chaos hurla « fuck ! », ce qui, dans la douce langue de Yeats signifie quelque chose que les bonnes mœurs m’interdisent de colporter sur ce site. La situation reprise à son avantage, il put terminer l’heure normalement. A la fin du cours, un petit garçon vint le trouver et lui demanda : « ça veut dire quoi fuck ? », ce auquel il ne put répondre que par un sourire empli de gêne.

par Ludo publié dans : Ecoles
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