Il existe un moyen fantastique pour gagner un rondelette somme d’argent sans trop se fatiguer au Japon : devenir moine !
Mettez donc de côté le cliché de l’ascète que la foi pousse à vivre humblement sous vœux de silence et de chasteté et à s’auto-flageller des heures durant pour avoir convoité la dernière mousse au chocolat dans le frigo du monastère (appartenant à un lot de six offerts gracieusement par la municipalité). Ma vision reste quelque peu fantaisiste, je le concède.
Au pays du poisson cru, on parle plutôt d’ascètes garnis, sans vouloir tomber dans le jeu de mots facile. Le bonze de base, ne paie pas d’impôts sur le revenu puisqu’il n’a pas de salaire. Il vit cependant copieusement des différents offices qu’il effectue soit à domicile, soit dans les temples.
Un grand nombre de foyers possèdent en leur sein un autel de prière ou butsudan, dédié aux parents décédés. Hommage leur est rendu par des offrandes (une petite assiette avec quelques aliments), des prières et la venue du bonze pour une série d’incantations pendant une demi-heure.
Ces dernières, okyô 御経 correspondent à une succession de caractères archaïques prononcés un par un sur un rythme soutenu marqué par un coup de baguette sur une sorte de calebasse avec une voix monotone qui ne laisse que peu de place à des pauses respiratoires. Chaque séance s’avère grassement rémunérée et a lieu une fois par mois chez chaque personne. J’ignore les tarifs pratiqués puisque le sujet reste tabou, mais il y a certainement de quoi assurer des journées confortables.
Ajoutons à ce pactole, le marché lucratif des obsèques. Non seulement on fait appel à un ou deux prêtres bouddhiques à cette occasion auxquels on fournit le couvert et une petite enveloppe bien épaisse, mais en plus on requiert leur présence lors des anniversaires de funérailles. Selon la tradition, ces commémorations ont lieu un an, trois ans, sept ans, treize ans, dix-sept ans, vingt-trois ans, vint-sept ans et jusqu'à trente-trois ans après (voire cinquante ans et cent ans après dans certains cas particuliers).
Si, las de ce cycle fastidieux, vous décidez de vous soustraire à ce rite, les bonzes vous rappellent à l’ordre et vous obligent à préparer la cérémonie. Leur culot parait dans certains cas sans limite. Si vous n’êtes pas encore levés pour assister aux incantations à domicile, tant pis pour vous : le moine va entrer chez vous et entamer ses chants tout seul devant l’autel !
Pour clore ce portrait peu reluisant, sachez qu’ils font faire le ménage dans les temples aux riverains suivant un calendrier des tâches. Si vous ne pouvez ou ne voulez pas faire la bonne le jour où la corvée vous incombe, vous recevrez un lettre vous demandant de payer tant d’argent pour votre paresse !
Notez bien que le bonze de la photo ne roule pas dans un tas de boue. Notez aussi que j’aurais pu intituler cet article : « comment couler un bonze ».






Commentaires