Après le « I » d’ijimé, voici le « J » de :
Jama
Que vous empruntiez le train, le métro ou le bus, que vous conduisiez ou que vous déambuliez en tant que simple piéton, vous aurez toujours sur votre passage un obstacle que vous rêveriez de détruire au moyen d’un lance-roquette. En japonais, on qualifie de jama 邪魔, tout ce qui gène physiquement vos mouvements.
Dans les transports en commun, les plus jama restent sans nul doute possible les lycéens. Si les lycéennes peuvent produire un fort volume sonore dans les rames de métro, elles ne vous bloquent pas les allées et la sortie de sacs de sports surdimensionnés comme leurs camarades du sexe opposé. Ils pourraient sans problème pousser leur fardeau sur les côtés ou les déposer sur les grilles situées au-dessus des places assises mais ils préfèrent rester plantés là comme des vaches assoupies (et à six pis). Jama !
Curieusement, à l’arrivée en gare, les gens sur le quai laissent en général sortir les passagers avant de s’engouffrer dans le wagon à l’inverse de Paris où j’incendiais chaque jour les sauvages qui vous bousculent sans vergogne pour tenter de gagner une impossible seconde d’avance sur leur précieux trajet. Jama !
En promenade, j’ai souvent constaté que certains Japonais ne regardaient jamais au bon endroit lorsqu’ils marchent. Beaucoup ne s’assurent jamais de ce qui se trouve devant eux et nombreux sont ceux qui vont s’arrêter brusquement pour changer de direction.
Du coup on se prend de plein flanc des petites dames qui vous arrivent par la gauche, de plein fouet des types qui, comme subitement effrayés par la foule allant à leur rencontre décident de rebrousser chemin dans votre direction. Jama !
J’ai également établi qu’il y avait une chance sur deux pour qu’une mère accompagnée d’un enfant en bas âge l’envoie percuter mes jambes comme un missile à tête chercheuse d’étrangers. Jama !
Dans les grands magasins, vous trouverez parfois un individu collé à vous au moment où vous vous y attendez le moins. Il peut s’agir de quelqu’un qui a décidé de ne pas attendre que vous ayez fini d’inspecter un produit pour faire de même. Evidemment cela se termine dans mon cas par un coup de coude involontairement asséné au visage de l’impatient (cela m’est arrivé quatre fois). Je fis vraiment mal à un ossan bougon et pot de colle alors que je replaçais mon sac à dos avant de sortir du grand ascenseur peuplé de seulement trois personnes dans la tour Sony à Osaka il y a sept ans. Il me traita de tous les noms et je ne pus réagir face à cette injustice étant donnée la surprise causée par la présence d’un visage à 10 centimètres de mon bras à ce moment là. Jama !
Mais c’est tout de même à vélo que l’on ressent les plus fortes envies de meurtre.
Je croise régulièrement une faune cycliste exaspérante :
- des vieux qui roulent plus lentement que si vous rampiez sur le bitume et qu’il est impossible de dépasser parce qu’ils font des zigzags
- des vieilles qui s’arrêtent en disposant leur monture en travers de la route
- des jeunes sots persuadés de leur côté cool quand ils conduisent leur bicycle avec la selle descendue au maximum, une main dans la poche et les genoux écartés en éventail
- tous ces suicidaires qui refusent de s’écarter après avoir subitement changé de côté
- tous ces irresponsables qui entassent leur véhicule à deux roues le plus près possible des gares dans les endroits interdits
A ce propos, si on conseille aux vélos d’emprunter les trottoirs, il n’existe aucune législation quand au côté de circulation de ces derniers. Les tracés des pistes cyclables se trouvent sur le côté du trottoir le plus proche de la route mais au sein de celle-ci règne une complète anarchie. Ca roule tantôt à droite, tantôt à gauche, tantôt au milieu… La pratique montre que le côté gauche (le même que pour les voitures) reste logiquement le plus usité. Systématiquement, des imbéciles se retrouvent face à vous… et ne bougent pas ! Jama !
Notez que les Japonais utilisent l’expression o jama shimasu お邪魔しますquand ils sont invités à entrer dans une maison qui n’est pas la leur. Elle signifie mot à mot « je viens mettre le souk », le « donc excusez moi d’avance » est sous-entendu.






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