Au printemps comme en automne, les écoliers se purifient les bronches et se dégourdissent les pattes lors de sorties en plein air nommées ensoku 遠足(mot à mot « loin, jambe »), comme ce fut le cas fin avril. Tous les cours étant annulés, je préférai les accompagner plutôt que de croupir seul dans la salle des profs comme je l’avais si souvent fait au collège. L’école M. se situe en pleine campagne. Aucune HLM à l’horizon, rien que des rizières, soit un degré de cambrousse de niveau 2 malgré le passage bienvenu pour mes allées et venues quotidiennes d’un bus quatre fois par heure.
Ce jour-là, j’accompagnais les sixièmes années dans une longue marche sous un soleil qui n’avait pas été aussi fort depuis bien longtemps, mes coups de soleil sur le nez en témoignent.
Après une heure de marche tantôt du côté gauche de la route, tantôt du côté droit, bien qu’on enseigne aux gamins d’emprunter la droite des couloirs à l’école, nous parvînmes à un lieu historique peu connu de la région où l’on peut visiter deux reconstitutions de maison en chaume dont l’architecture évoque celle de Shirakawago à proximité de Takayama. Je dis bien « reconstitution » car les deux édifices ont subi plusieurs incendies, dont un récemment causé par un collégien qui jouait avec un briquet.
Les enfants prirent des notes à cette occasion et griffonnèrent quelques croquis comme on leur avait dicté la veille.
Nous quittâmes les lieux quarante-cinq minutes plus tard pour rejoindre notre deuxième destination après une demi heure de marche : un parc à proximité d’une rivière et d’un temple dans lequel nous nous régalâmes d’un pique-nique… Bon en fait, personne ne m’avait averti la veille et je n’avais donc pas prévu de boisson. Avant de partir on m’avait demandé 400 yens en échange d’une petite boite en carton contenant quatre ridicules sandwichs dans la plus pure tradition nippone : thon, œuf, mayonnaise (le genre de chose qui vous ferait presque préférer des biscottes quand vous rêvez de fraîcheur).
La chaleur commençait d’ailleurs à se faire pesante. Me remettant tout juste d’une extinction de voix contractée quelques jours plus tôt, j’avais pris le parti de ne pas baisser ma garde en enfilant ma bonne vieille veste en cuir. Si j’avais su… Je transpirai non seulement à cause du soleil mais aussi à cause du poids du blouson sur les bras et celui de mon appareil photo et de ses différents objectifs…
Nous restâmes une heure et demi sur place et je fis discrètement quelques pas dans une rue annexe pour me jeter sur cinquante centilitres d’un nectar glacé dans un distributeur (non il ne s’agissait pas de bière).
Le retour à l’école se déroula en quatre-vingt dix minutes. Mes sueurs m’avaient complètement fait oublié la fatigue que je ne ressentis qu’une fois arrivé.
Cette excursion fut l’occasion rêvée pour mes élèves de me poser un tas de questions, y compris celles qu’ils n’oseraient pas en cours. Certaines ne volaient pas plus haut qu’une taupe obèse cul-de-jatte (sur la longueur de mon organe par exemple) ce à quoi je répondais par une ferme strangulation opérée sur la nuque (tout à fait inoffensive, je précise). La majorité montrait heureusement un grand intérêt vis-à-vis des cultures étrangères.
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