Dimanche 22 mai 2005
Avec un taux d’immigrés d’environ 2% de la population totale, on ne peut pas dire que la patrie du sumo regorge d’étrangers. C’est pour cette raison que nous sommes souvent traités, en toute gentillesse et naïveté, comme des bêtes curieuses.
Tous les expatriés sans exception ont donc droit régulièrement aux mêmes commentaires.
Par exemple, jeudi dernier, alors que je savourais exceptionnellement un plat de sômen (nouilles froides) dans la salle des professeurs, vu que le réfectoire était clos, deux collègues m’ont alors adressé successivement la parole en ces termes : « vous utilisez drôlement bien les baguettes dites donc ». Bien sûr ils savent que j’ai passé six ans sous ces latitudes mais leur nipponnitude innée les poussent à émettre cette remarque à chaque fois qu’ils aperçoivent un occidental dans cette situation. Je les soupçonne parfois d’attendre le moment précis où je vais saisir le premier aliment avec ces baguettes pour me lancer cette phrase.
A les entendre, manipuler deux bouts de bois pour se nourrir requiert un doctorat. Je me retiens de leur rétorquer que je suis maître ès baguettes depuis mon enfance et que je n’ai donc pas attendu de me rendre au Japon pour apprendre. Bon et puis là, je ne mangeais pas des udon mais un genre de nouilles très facile à appréhender. Je me demande quelle serait leur réaction si je m’exclamais à chaque fois que je vois un salaryman déguster des spaghetti « oh la vache ! Vous êtes un expert à la fourchette ! ». Je garde bien sûr toutes ces pensées pour moi en interprétant la chose comme une forme de faux compliment ou de locution tue temps, comme parler de la météo quand on a rien à dire. Le fait que cela m’est formulé systématiquement quand je déjeune devant des inconnus m’a conduit à opter pour la tolérance.
J’ai l’intime conviction qu’ils s’évertuent à faire preuve d’originalité ou à utiliser plus d’humour et d’attention en présence d’un métèque comme moi. Cependant cela se solde irrémédiablement par la même action.
Nous mettrons ça sur le compte de l’infantilisme quand il s’agit de l’école primaire. Quand certaines pestes ne montrent pas leur postérieur déculotté (cas somme toute rare), beaucoup s’adonnent à une pratique que j’abhorre : le kanchô 浣腸, ou« toucher rectal ». Pure blague de potaches en bas âge, cela consiste à placer ses deux index l’un contre l’autre tout en croisant les autres doigts et de placer rapidement l’extrémité ainsi créée dans le derrière d’un camarade tout en pouffant de rire. Quand cela ne concerne que des mômes, cela me laisse indifférent mais quand j’en deviens la victime, je fume de colère. Enfants ou pas, je ne comprends pas pourquoi ceux-ci imaginent une seule seconde qu’il est permis de me faire subir cette grossièreté alors qu’ils n’oseront jamais le faire à leur instituteur japonais. Cela me met littéralement hors de moi quand des attardés de collège s’y mettent aussi. Cette année, cela ne m’est arrivé qu’une fois, je touche du bois.
Autre exemple, il s’avère impossible de prendre une photo dans une école sans qu’un énergumène n’essaie de passer en coup de vent devant l’objectif ou de rentrer dans le champ en jouant un faux air innocent. Celui là aura droit à son quart d’heure de célébrité sur Ougl.
Tous les expatriés sans exception ont donc droit régulièrement aux mêmes commentaires.
Par exemple, jeudi dernier, alors que je savourais exceptionnellement un plat de sômen (nouilles froides) dans la salle des professeurs, vu que le réfectoire était clos, deux collègues m’ont alors adressé successivement la parole en ces termes : « vous utilisez drôlement bien les baguettes dites donc ». Bien sûr ils savent que j’ai passé six ans sous ces latitudes mais leur nipponnitude innée les poussent à émettre cette remarque à chaque fois qu’ils aperçoivent un occidental dans cette situation. Je les soupçonne parfois d’attendre le moment précis où je vais saisir le premier aliment avec ces baguettes pour me lancer cette phrase.
A les entendre, manipuler deux bouts de bois pour se nourrir requiert un doctorat. Je me retiens de leur rétorquer que je suis maître ès baguettes depuis mon enfance et que je n’ai donc pas attendu de me rendre au Japon pour apprendre. Bon et puis là, je ne mangeais pas des udon mais un genre de nouilles très facile à appréhender. Je me demande quelle serait leur réaction si je m’exclamais à chaque fois que je vois un salaryman déguster des spaghetti « oh la vache ! Vous êtes un expert à la fourchette ! ». Je garde bien sûr toutes ces pensées pour moi en interprétant la chose comme une forme de faux compliment ou de locution tue temps, comme parler de la météo quand on a rien à dire. Le fait que cela m’est formulé systématiquement quand je déjeune devant des inconnus m’a conduit à opter pour la tolérance.
J’ai l’intime conviction qu’ils s’évertuent à faire preuve d’originalité ou à utiliser plus d’humour et d’attention en présence d’un métèque comme moi. Cependant cela se solde irrémédiablement par la même action.
Nous mettrons ça sur le compte de l’infantilisme quand il s’agit de l’école primaire. Quand certaines pestes ne montrent pas leur postérieur déculotté (cas somme toute rare), beaucoup s’adonnent à une pratique que j’abhorre : le kanchô 浣腸, ou« toucher rectal ». Pure blague de potaches en bas âge, cela consiste à placer ses deux index l’un contre l’autre tout en croisant les autres doigts et de placer rapidement l’extrémité ainsi créée dans le derrière d’un camarade tout en pouffant de rire. Quand cela ne concerne que des mômes, cela me laisse indifférent mais quand j’en deviens la victime, je fume de colère. Enfants ou pas, je ne comprends pas pourquoi ceux-ci imaginent une seule seconde qu’il est permis de me faire subir cette grossièreté alors qu’ils n’oseront jamais le faire à leur instituteur japonais. Cela me met littéralement hors de moi quand des attardés de collège s’y mettent aussi. Cette année, cela ne m’est arrivé qu’une fois, je touche du bois.
Autre exemple, il s’avère impossible de prendre une photo dans une école sans qu’un énergumène n’essaie de passer en coup de vent devant l’objectif ou de rentrer dans le champ en jouant un faux air innocent. Celui là aura droit à son quart d’heure de célébrité sur Ougl.







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