La visite de l’Expo universelle vendredi dernier avec mon régiment d’élèves fit ressurgir de vieux souvenirs de colonies de vacances. Je me revois, blond, mignon et cependant nettement moins tête à claques que l’interprète d’Anakin Skywalker dans la Menace Fantôme, passer des heures dans un car, sympathisant avec des enfants inconnus et marquant mes limites avec d’autres. Chaque voyage suivait un processus bien rodé :
1- Faire coucou aux parents pendant dix minutes par la fenêtre du véhicule en priant qu’ils veuillent bien s’éclipser au plus vite pour pouvoir regarder discrètement la fille super mignonne assise deux rangs derrière
2- Démarrer une conversation avec Machin pour la première fois et remarquer que Truc, le copain déconneur de la colo de l’an dernier est juste devant
3- Commencer à se vanter auprès des potes en comparant les gourmandises achetées pour le voyage
4- Tenter de récupérer le maximum de bonbons que Maman ne m’achèterait jamais tout en se gardant de se délester des siens
5- Grâce à des talents de play-back qui m’épatent encore, faire mine de suivre les autres qui chantent le burlesque Bali-Balo (je n’ai jamais été capable de me rappeler la totalité des paroles, cela étant sûrement dû à l’existence d’une multitude de versions parallèles)
6- Dormir vingt minutes par tranche de quatre heures de trajet dans un vacarme de basse-cour
7- Arriver à destination et se rappeler que le chamallow, dont le goût m’avait frappé par son étrangeté, avait effectivement une couleur insolite, en le revoyant entouré de bile sur le sol.
Rejoindre le site de Seto à partir du collège prend grosso modo une heure, trop court pour que mes organes internes s’emballent, et se résume à traverser des rizières. Le brouhaha continu provoqué par des gamins surexcités reste quand a lui très fidèle à l’esprit colo. Pour la première fois de mon existence, je me retrouvais de l’autre côté de la barrière, du côté des adultes. L’agitation presque palpable atteignait des degrés jamais atteints en période de cours. Une pensée autant terrifiante que risible effleura alors mon esprit : je me voyais dans les chaussures de Gérard Jugnot dans le film pas franchement inoubliable (et pourtant...) Scout Toujours, chahuté par des meutes de monstres adolescents.
A chaque arrêt au feu rouge, où l’on pouvait apercevoir l’arrière du convoi abritant une autre classe, je craignais que l’un d’entre eux soit pris de violentes pulsions exhibitionnistes, mais il n’en fut rien. J’arrivais à bon port les oreilles pleines de décibels mais sans atteinte aux bonnes mœurs à signaler.
Et là un miracle se produisit. Alors que je m’étais préparé psychologiquement à être flanqué d’un groupe de boutonneux en plein âge bête, des quatrièmes donc, on m’expliqua que la visite s’effectuait librement pour tout le monde et que par conséquent, tous les enseignants faisaient cavaliers seuls. Yes !
A suivre...






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