Début juin, le Premier Ministre coiffé du plus étrange casque capillaire du monde politique, Jun-Ichiro Koizumi a lancé une mesure que l’on peut qualifier de révolutionnaire pour un pays aussi conservateur et mou des genoux en matière de changement que le Japon. Un vrai pavé dans la mare.
Je n’adhère qu’épisodiquement à sa politique mais je dois dire que pour une fois j’ai trouve l’idée excellente. Baptisée « Cool Biz » (pour « Cool Business »), elle invite les employés des différentes administrations du pays à coopérer pour la lutte contre le réchauffement de la planète en été.
On conseille donc aux fonctionnaires, non seulement de régler la température de l’air conditionné sur 28 degrés, ce qui, à mon sens suffit largement à se raffraichir, mais aussi de revoir leur apparence vestimentaire. En effet, cette campagne se base sur un slogan efficace quoique très engrish : « no necktie, no uwagi » (« ni cravate, ni veste »). Avec une sonorité qui n’est pas sans évoquer le « Sans chemise, sans pantalon » cher à Rika Zarai, cette proposition prétend qu’en abandonnant ces éléments de l’uniforme professionnel, on a l’impression de gagner deux degrés de fraîcheur.
Je ne me sens pas directement touché puisque, quel que soit le climat, le port d’un costume ne m’est pas imposé, je dois juste revêtir une tenue semi-formelle. A l’heure où j’écris ces lignes dans une salle des professeurs à 29 degrés et à 95% d’humidité sans climatisation possible avant le 1er juillet, je ne vois pas comment je pourrais vivre dans un carcan de tissu. Les autres enseignants suivent ce mouvement de libération dans une large proportion. Seuls les plus coincés, c’est-a-dire les plus haut placés, se sentent obligés de rôtir pathétiquement dans leur armure avec un air légérement méprisant pour ceux qui ont l’indélicatesse de travailler de manière « présentable ».
Dans le privé, « Cool Biz » revêt un caractère plus accessoire. Il n’est QUE conseillé de suivre cette mesure, mais dans la pratique, le mammouth bureaucratique refuse de laisser tomber un peu de fourrure. Dans le métro, je rencontre des liberaux frais et des traditionnalistes grognons, malodorant et ruisselant de sueur huileuse. Je surnomme ces derniers « les adipeux ». Bornés au point de garder leur veste même en dehors de leur bureau, ils passent leur temps à éponger leur faciès grimaçant de peine et parsemé de gouttes comme une bonne tronche de western spaghetti, à l’aide d’une petite serviette devenue serpillère trop vite. L’usage du déodorant ne demeurant pas très repandu, cela ne fait qu’aggraver l’etat de l’oxygène dans les transports en commun. Imaginez une baudroie laissée à l’air libre pendant une semaine et vous aurez quelque chose proche d’un salaryman têtu.
Si on me donnait les clés du pouvoir, je décrèterais une loi que je baptiserai « tous en slip ». Honnêtement, une telle chaleur, c’est pas humain ! Il n’y a guère que ce petit personnage que ça laisse indifférent. Il ne porte pas de costume, remarquez.







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