Je l’avais dit : ce sera ma dernière année en tant qu’assistant professeur d’anglais. Décidé à ne plus me laisser enquiquiné par des gosses vulgaires et mal élevés, j’avais démarré l’année sur la défensive et sans me faire trop d’idées. Je n’eus raison que pour l’une de mes cinq écoles dont nous reparlerons à l’occasion. Pour le reste, je fus agréablement surpris de tomber sur une zone académique où les gamins savent en général mieux se tenir. Pour trois établissements, il subsiste bien quelques éléments perturbateurs mais on parvient à ses fins.
Les plus doués en arithmétique auront noté qu’il reste une école que je n’ai pas mentionnée. L’école Také (nom fictif) fait figure de paradis de l’enseignant. Située à vingt minutes de vélo d’une gare de campagne isolée, elle se tient au sommet d’une colline au sein d’une forêt de bambou. De taille très réduite (bien que la photo en donne une impression différente), elle accueille à peine plus d’une centaine d’enfants. L’atmosphère y est donc très détendue avec des classes de 17 à 23 ! Les élèves y affichent une forme rare et personne ne dort. Tout le monde fait preuve de beaucoup d’enthousiasme et d’intérêt. C’est aussi la première fois que je puis remarquer l’absence d’ijimé. Comme dans la quasi-totalité des écoles du pays, les enfants vont planter le riz dans une rizière précise chaque année. Ici, ils récoltent en plus le thé puisque l’école en produit.
Les professeurs arborent toujours un grand sourire et les rires inondent assez souvent la salle des profs. Cela tranche singulièrement avec ce que j’ai eu l’habitude de vivre jusqu’à lors avec des ambiances d’enterrement quotidiennes et des tronches d’agents comptables de mauvais poil parlant politique et moins expressifs que des couvercles de casseroles (c’est une image, personne ne parle politique au Japon).
C’est l’une des rares écoles d’où je ressors satisfait de ma journée et où je considère mon travail comme une chance.
Le mois dernier, en raison d’un vent à décorner les narvals (vachement plus dur à décorner que les bœufs, essayez), on se proposa pour me ramener en voiture à la gare. Il faut dire que la route
n’est pas de tout repos avec bien sûr une montée vertigineuse en fin de parcours à l’aller pour accéder à l’établissement mais aussi une pente assez pénible pour franchir un pont (dans les deux
sens), auxquels il faut ajouter un vent puissant continu et comme par hasard toujours dans le sens inverse de la course (je n’ai jamais compris pourquoi). Mon conducteur, un instituteur
responsable des CE1 me tapa un peu la causette. Je lui demandai combien d’années il avait passées dans ce lieu de rêve et il m’avoua qu’il venait de démarrer. Auparavant il œuvrait dans un
endroit, tenez-vous bien, au moins aussi agréable, sinon plus. « Quoi ? Ca existe ? » pensai-je alors. Il travaillait sur une petite île. Les effectifs se chiffraient à moins de dix étudiants,
soit un par classe dans certains cas. Pendant le repas, tous se réunissaient dans le bureau du principal ! Lorsque le vent se faisait un peu trop fort, le bateau navette restait au port et cela
faisait une journée de congé ! Notre homme ne boude néanmoins pas son plaisir aujourd’hui car il sait bien qu’il fait encore partie des privilégiés.
PS : Un grand merci à Bakemono qui m'a assisté quatre jours durant afin de redonner à Ougl sa forme et ses couleurs !






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