Le ventre gonflé de victuailles ingérées à la va-vite, je quitte la cantine le plus lentement possible. La digestion aidant, mon métabolisme fonctionne au ralenti. Mes enjambées se raccourcissent et je marche désormais comme un Steve Austin en slow motion ou comme un quinquagénaire japonais moyen, la tête dans la lune, le type même de personnage qui stoppe net la course d’une dizaine de personnes pressées derrière lui. Changer de rythme s’avère une nécessité puisque mon corps s’apprête à endurer trois heures d’ennui mortel. Un pas trop rapide, un passage éclair aux toilettes sans admirer les motifs du papier peint et c’est psychologiquement vingt minutes de plus à subir. Depuis que j’enseigne l’anglais, j’ai ainsi sacrifié bon nombre d’après-midi à l’exercice pénible de la glande. Au fil des ans j’ai donc développé plusieurs techniques pour y palier avec plus ou mois de succès.
Durant ma première année, alors que la fraîcheur et l’innocence de mon statut de débutant me poussaient à plus de patience et de respect vis-à-vis des règles illogiques qui ceinturent ma profession, je me contentais de rédiger des listes. Toutes sortes de listes faisaient l’affaire : les commissions, les lieux ou j’étais parti en vacances d’été depuis ma naissance, les DVD que je possédais, les compagnies aériennes que j’avais empruntées, les événements personnels de l’année, les équipements électroménagers présents dans mon appartement et ceux que je prévoyais d’acheter etc. A l’époque, Les périodes sans cours ne dépassaient pas une heure et demie. Mon emploi du temps se trouvait plus chargé et les écoles faisaient preuve de plus de souplesse dans les horaires, m’autorisant parfois à rejoindre mes pénates très tôt.
Les choses commencèrent à sentir l’oeuf moisi dès ma deuxième année. Mon imagination en crise m’empêchait d’imaginer de nouvelles listes et recréer les anciennes ne meublait pas assez les temps morts devenus plus fréquents. Il me fallait donc trouver autre chose. Suite à l’achat d’un ordinateur portable, je me remis à la retouche de photographies et trouvai une forme de refuge dans la lecture. Ces deux taches avaient le mérite de tuer le temps de manière rapide mais pouvaient procurer des maux de tête carabinés. Je pratiquais néanmoins ce rite pendant trois ans.
Cette année, je fais face à plus d’ennui que jamais mais depuis la naissance bénie de ce site en mars dernier, je consacre mes après-midi à l’élaboration des articles. Les trois heures à combler se découpent donc de la sorte : 30 minutes passées au planning rédactionnel pour les dix jours à venir et à sa mise a jour, une heure à taper et à modifier un premier article, une heure à faire de même pour un deuxième, et 30 minutes pour fignoler. Au final, je passe 40% de mes heures de boulot à la confection de ce blog et ça me fait plaisir !
Il reste parfois plusieurs minutes pendant lesquelles je prépare des cours, imprime des copies, discute avec mes collègues, regarde mon agenda, envoie des mails avec mon téléphone et offre à la nature une belle terrine bien démoulée (si vous me passez l’expression).
Quoi qu’il advienne après le déjeuner, je n’obéis qu’à une seule devise « bouger lentement, penser lentement, agir lentement ».
A 16 :00, je commence à plier bagage en enroulant délicatement les câbles de mon PC, sans me brusquer, et à 16h15, je quitte enfin le collège, abandonnant cet état d’Ent.
A suivre...







Commentaires