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Jeudi 21 juillet 2005

Titulaire d’un permis de conduire français, j’ai la possibilité de passer une épreuve de conduite au Japon et d’obtenir ainsi assez facilement la petite carte qui me permettrait de me déplacer sur quatre roues comme tout le monde. Seulement voilà, je m’y refuse.

Il faut savoir que l’automobile au Japon demeure un gouffre financier. Les véhicules en eux-mêmes restent abordables certes, mais leur entretien revient à se ruiner sur quatorze générations. A la fin de la troisième année qui suit l’acquisition d’une voiture et tous les deux ans ensuite, l’automobiliste doit passer un contrôle technique. Celui-ci incroyablement strict coûte en moyenne dix pourcent du prix d’achat initial (suivant la cylindrée). Ceci explique la faible proportion de modèles de plus dix ans et le succès des compacts grâce à leur prix réduit.

En plus de cela, et à moins de posséder son propre garage (très rare ici), il faut louer tous les mois une place de parking. Les tarifs avoisinent généralement le prix d’une pastèque cubique.

Pour vous dégoûter complètement des joies de la conduite, les limites de vitesse sont tellement basses que le touriste européen de base les prendrait pour des miles par heure.

30 en ville, 50 sur une route normale et 80 sur l’autoroute… De toute manière, il est impossible d’appuyer sur le champignon vu la densité du trafic. Je me souviens avoir relier Osaka à Kushimoto (sud de la préfecture de Wakayama), une distance légèrement supérieure à 200Km, en six heures.

Pour couronner le tout, les péages autoroutiers se rencontrent tous les kilomètres (c’est mon impression), les feux rouges durent une bonne minute, les routes à double sens sont fréquemment plus étroites que la largeur d’un véhicule et demi…

Bref pour toutes ces raisons, je préfère profiter des transports en commun, plus pratiques et de mon fidèle vélocipède.

Les vélos, légalement, doivent emprunter les trottoirs. Les règles de conduite n’y sont guère suivies. Alors que les conducteurs roulent à gauche sur route, il en est normalement de même pour les cyclistes. Une fois sur deux, je retrouve en face un imbécile venant vers moi et restant obstinément du même côté. Généralement, je ne me dérobe pas et colle au maximum à gauche puis actionne au besoin ma sonnette en utilisant un regard de tueur.

Quand des groupes de piétons gênent le passage, je descend de ma selle et marche mais ce n’est pas le cas de tout le monde. Les moins-fraîches, couvertes d’un bob et de lunettes de soleil pour les joues (des lunettes surdimensionnées donc) en temps d’excursion, revêtissent une panoplie différente quand elles se rendent au supermarché. Sous leur tablier de jardinage et affublées de guêtres pour protéger leurs avant-bras des méfaits des ultraviolets, elles pédalent mollement, coiffées d’une visière de golf translucide, prêtes à opprimer quiconque se trouverait à vingt mètres de leur roue avant, de coups de sonnette répétés. La concentration de piétons aux abords des carrefours se fait souvent telle qu’il leur est impossible de libérer le passage. Cela ne dérange pas ces dames qui slaloment dangereusement jusqu’à interrompre brusquement leur course par un subite coup de frein assourdissant. Les vélos bon marché étant peu résistant à la corrosion et les modes d’emploi de ceux-ci déconseillant de graisser les freins avec de l’huile car cela peut les rendre plus faibles (sic), ils émettent un son plus strident qu’un ongle sur un tableau d’école.

Ces grands-mères usent toutes de la même technique pour démarrer leur monture. Cette pratique étrange doit remonter à l’école primaire des années quarante où des cours de vélo devaient avoir lieu. C’est ma théorie. Je ne comprends en effet pas pourquoi une génération entière de femmes s’adonne au même cérémonial absurde. Voilà comment cela se déroule. Le sujet se tient à droite du bicycle, le pied droit sur la pédale droite et le pied gauche à terre. Il commence ensuite à se hisser sur la pédale de droite tout en patinant avec le pied gauche. Une fois qu’une vitesse suffisante a été atteinte, il peut s’asseoir sur la selle et placer son pied gauche sur la pédale gauche. Franchement vous ne trouvez pas ça un peu compliqué et casse-gueule ?

Pour en finir avec celles qui ont fêté beaucoup de printemps, je considère les jeunes filles souvent plus polies que celles-ci. Ces dernières bousculent dans le métro pour s’octroyer une place assise, passent devant tout le monde au supermarché pour éviter de faire la queue etc. J’ai même aperçu pas plus tard que samedi dernier, une septuagénaire sortir de chez elle avec un sac en plastique vide, le jeter à côté d’un parterre de fleurs autour d’un réverbère et rentrer comme si de rien n’était.


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 Je gare toujours ma bicyclette sur le palier en profitant d’une vue sur les rails de Shinkansen.


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par Ludo publié dans : Ougl
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