Traditionnellement présent en tant qu’activité sportive dans les collèges, le kendo 剣道(littéralement : « voie de l’épée ») ne connaît pas le même engouement que le football, le baseball ou même le basketball.
Dans mon école, seuls huit étudiants, dont sept filles, le pratiquent. Avant l’entraînement, le parquet du dojo a droit à un nettoyage scrupuleux. Différents gamins se succèdent dans des aller-et-retours à quatre pattes, avec en main une petite serviette mouillée. Ces glissades qui évoquent un chien poussant sa gamelle de ses deux membres antérieurs me place toujours devant un dilemme : un balais serait plus efficace, moins fatigant et moins ridicule mais dois-je ainsi me gausser de plusieurs décennies d’utilisation de cette méthode au risque de montrer les failles d’une logique établie et démodée ? Hein ? Je vous le demande. Combien de générations d’étrangers se sont retrouvés dans cette situation, l’air amusé et vexé de ne pouvoir en toucher mot à quiconque ? Même si elle apparaît grotesque, une mécanique rodée est impossible à ébranler.
Revenons à nos brebis. Une fois le ménage terminé, les protagonistes démarrent de longues séries de coups verticaux du haut vers le bas, assénés à l’aide de leur shinai 竹刀 (épée de bambou) tout en criant en rythme. Un cri = un coup. Cela explique sans doute pourquoi, le kendo n’est jamais pratiqué la nuit. Si vous soupçonnez vos voisins de se livrer à des joutes vers minuit, il ne s’agit sans doute pas de kendo, mais je m’égare.
Une fois échauffés, les épéistes s’affrontent en duel. Les parties du corps comptant pour un point diffèrent du sabre en escrime. Là où tout est valable dans cette dernière discipline (même le bout du pied ou le dos), seules trois zones importent au kendo : le buste 胴 (dô), les avant-bras 小手 (koté) et le visage 面 (men). Chaque estocade sur l’une de ces zones s’accompagne du cri correspondant, peut-être pour ne laisser aucun doute aux arbitres ou aux spectateurs quant à la touche effectuée. Si le masque est touché, un « men » retentit. Ajoutez à ce bruit le choc des bâtons contre les autres et vous comprendrez pourquoi il est préférable d’habiter à proximité d’un aéroport. Un sport charismatique qui ne recueille malheureusement pas la popularité qu’il mérite.







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