Une heure à peine s’est écoulée depuis que je me suis extirpé de mon nid douillet et voilà que je retrouve l’air libre après avoir enduré une quinzaine de stations de métro. Je me réjouis toujours de quitter ces wagons grouillant de loques, dont l’expression faciale rappelle celle d’un employé de la Poste qui s’efforce d’écouter un client pénible à cinq minutes de la pause déjeuner. Je me rends compte hélas que si les rames sont climatisées, il n’en est rien de la route qui mène à mon collège.
Après les trois passages piétons qui requièrent chacun une bonne minute d’attente et de réflexion dans le vide, je parviens à destination.
8 :17
Je suis censé arriver deux minutes plus tôt mais je m’y refuse. Personne ne m’a jamais rien dit jusque là et les autres professeurs arrivent parfois plus tard. De plus, c’est la première fois en quatre ans, qu’on nous demande de venir à cette heure alors que dans le passé, on démarrait systématiquement à 8 :30. Pourquoi un tel changement ? Mystère. Le meeting quotidien inutile commence toujours aux alentours de huit heures et demi. Débuter sa journée quinze minutes en avance ne rime donc à rien. D’ailleurs dans ma deuxième école, beaucoup plus tranquille, on m’a demandé de suivre les anciens horaires...
8 :25
La réunion commence. Le vice principal qui ressemble à Raffarin dit bonjour à l’assemblée dans la salle des professeurs. Il demande ensuite si quelqu’un souhaite dire quelque chose mais neuf fois sur dix, personne ne bronche. Il dit ensuite aux responsables des cinquièmes, quatrièmes et troisièmes (le collège ne dure que trois ans au Japon) de prendre le relais pour leur meeting respectif. Ces derniers abordent alors en petit comité des histoires de paperasseries, des problèmes avec des élèves ou des questions d’ordre purement matériel (« Bidule a perdu une chaussette hier »).
8 :30
Je me rends à l’imprimerie pour préparer le nombre de copies suffisant pour les cours du jour.
8 :32
N’ayant rien d’autre à faire, je scrute en long, en large et en travers mon emploi du temps et essaie de meubler jusqu’à mon premier cours.
8 :45
Au boulot ! Mon état d’huître pas fraîche s’est volatilisé. Je suis d’attaque et endosse mon rôle de prof. J’estime en effet qu’enseigner revient à jouer la comédie. A l’instar du petit boulot de guide que j’avais effectué en 1997 et 1998 au château de La Ferté Saint-Aubin, cela revient à réciter un texte appris par coeur à plusieurs dizaines de personnes et plusieurs fois dans la même journée, à leur faire croire que les bonnes blagues ont été purement improvisées et à s’efforcer de garder leur attention.
Hélas durant cette première heure de cours, les collégiens jouent de leur côté la Belle au Bois Dormant.
- My favorite subject is English. Repeat please.
- ...
- Repeat please. My favorite subject is English.
- Maille ......in’goulichou
- REPEAT PLEASE !
- Maille feboritto saboudjekto izou in’goulichou.
Et là souvent je regarde ma montre.
Les cours suivants se déroulent généralement mieux, (sauf en ce qui concerne le niveau d’Anglais).
A suivre...







Commentaires