Les personnes de passage dans le quartier de Sakae à Nagoya sont toujours surprises par la largeur de ses artères, ses vastes carrefours (sans cependant atteindre le niveau de Yokohama) et sa verdure. Comparée à Osaka, où le béton et les rues étroites dominent, Nagoya fait figure de jardin d’Eden. Sakae regorge de restaurants, de grands magasins et de lieux branchés, ce qui en fait l’endroit le plus populaire de la ville. C’est aussi là que l’on retrouve la plus grande concentration d’extravagance vestimentaire, à croire que toutes les grandes métropoles nippones repose sur le même schéma (Namba à Osaka et Shibuya à Tokyo se ressemblent beaucoup sur ce point).
Sakae c’est aussi une vie souterraine intense avec des kilomètres de galeries truffées de commerces en tout genre et autant de sorties à l’air libre qui rendent l’orientation très ardue. Cette vie fourmillante parait ne jamais s’essouffler, et c’est peut-être là que le bât blesse : une promenade de trois heures et vous voilà usé.
A chaque fois que j’emprunte ces allées sous la surface, je me remémore celles d’Osaka, cité chère à mon cœur qui m’avait accueilli pendant deux ans et demi. Le lendemain de ma première venue au Japon, en septembre 1995, je devais à tout prix mettre la main sur un distributeur de monnaie. La très grande majorité des boutiques n’acceptant que les paiements en espèce, c’était une question de vie ou de mort.
Avec ma Visa internationale en poche, je me rendis à la gare d’Umeda. Ce quartier, que l’on pourrait qualifier de centre-ville d’Osaka, et doté d’un des plus grand réseau d’arcades en sous-sol, regroupe plusieurs banques. Je pénétrai dans la première que je voyais, et après m’être assuré de la compatibilité Visa, j’insérai la carte. Un message me fit comprendre que je pouvais aller me faire cuire un œuf. Plutôt interloqué par cette première tentative, je fis part de ma surprise à un employé. Il regarda ma carte et alla chercher son supérieur car, visiblement, le problème dépassait ses compétences : un étranger, qui de surcroît a un problème, parle japonais comme une vache espagnole (mon niveau à cette époque me permettait juste de dire bonjour et de compter) et possède un objet plat sur lequel figure une puce (du jamais vu alors) et un nom de banque inconnu. Le chef se présenta alors et après un coup d’œil perplexe sur l’objet du dérangement m’expliqua dans un anglais approximatif que les distributeurs de la banque dans laquelle je me trouvais ne permettaient aucune opération avec une Visa internationale, que seules les japonaises étaient acceptées et qu’il ignorait où je pouvais trouver mon bonheur.
Ayant noté l’appellation cash corner en katakana sur ces entrefaits, je repartis en quête, convaincu que l’association de ces deux mots avec 国際ビーサkokusai Visa (Visa internationale) me faciliterait grandement la tache. Je l’ignorais à l’époque mais les Japonais, comme les anglophones n’utilisent jamais cette expression, même si, à mon sens, elle ne réclame aucun gros effort de réflexion. On appelle en effet « ATM » ce type de machine. Bref, une heure plus tard, après une dizaine de passants interpellés qui me dirigeaient, sans bien comprendre le problème, vers le distributeur qu’ils connaissaient, j’arrivais en face d’une porte vitrée, derrière laquelle se trouvait ce qui représentait pour moi le Saint Graal. Après plusieurs années dans cette ville et des discussions avec des expatriés, je conclus qu’il n’existait que cinq appareils compatibles dans cette zone urbaine aussi grande que Paris. Depuis que je travaille, je ne souffre plus du stress de devoir prendre le train trente minutes pour renflouer mon porte-monnaie, puisque je dispose d’un compte en banque local, Dieu merci. Tout de même je souhaiterais que les achats par carte soient plus répandus. A part dans quelques enseignes, tous mes achats se font cash. Pas très pratique tout cela…






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