Continuons ensemble la visite de mon logis. Après l’entrée et la salle de bain, voici la chambre à coucher. Huit tatamis (deux tatamis faisant 3.33 mètres carré, je vous laisse faire le calcul) recouvrent son sol. Pour en faire un lieu de repos idéal, j’ai opté pour une décoration sobre et dépouillée. Je partage le mur où sont fixées les deux calligraphies avec ma voisine, une vieille Japonaise. Beaucoup plus discrète que mes autres voisins, celle-ci produit néanmoins un vacarme infernal une fois par semaine en début de matinée. Juste derrière ce mur assez épais se trouve la baignoire de celle-ci. Fréquemment vers six heures (avant que je me réveille donc), elle ouvre l’eau chaude à fond et laisse couler pendant une vingtaine de minutes. Les bruits sourds de la cascade passent encore s’il n’y avait ce sifflement de robinetterie donnant l’impression que des tests en soufflerie sont effectués sur une turbine d’avion de chasse. Je ne parviens pas à trouver une explication à ce phénomène. Cela ne prend pas vingt minutes pour remplir un bain, surtout vue la taille du bac. Que manigance t’elle donc avec toute cette eau ?
Mon voisin du dessous, un étranger, ne se fait remarquer que quand il décide d’organiser des fêtes à des heures inhumaines. Je me souviens m’être réveillé en sursaut l’année dernière la nuit d’un jeudi à deux heures. Cet irrespectueux trublion passait de la techno avec le volume de sa stéréo au maximum à qui voulait l’entendre, ou pas. Les basses faisaient trembler le sol et je ressentais les vibrations jusque dans mon oreiller. Les aigus restaient parfaitement audibles. Je me rappelle avoir reconnu un morceau des Chemical Brothers. Trente minutes de martelage du sol à s’escrimer à faire entendre ma voix, j’abandonnais et appelait la police. A trois heures trente, le silence me permit de m’effondrer de fatigue pour me réveiller moins de quatre heures plus tard. Je suppose que la police ne s’était même pas donné le mal d’intervenir (une heure après mon coup de fil, ça me parut beaucoup) mais d’autres voisins furieux avaient réagi. Ah, j’oubliais de préciser que le voisin en question ne se situe pas à un étage en dessous du mien mais deux. Depuis cette affaire et beaucoup de plaintes, je ne l’entends plus.
Il nous reste le pachyderme du dessus. Quand cet individu se lève ou se couche, c’est comme s’il sautait de dix mètres de hauteur avec des chaussures de ski sur un parquet. De plus chacun de ses pas fait immanquablement sautiller ma lampe, provoquant ce bruit de ressort horripilant. Pendant les vacances ou le week-end, il s’adonne à la guitare acoustique. Son faible niveau le force à répéter une centaine de fois la même mesure. Il arrive aussi qu’il improvise et cela donne du grand n’importe quoi. Mais là où mes nerfs se mettent en boule, c’est quand il joue un morceau qu’il connaît bien. Dans ce cas, il bat du pied en rythme comme un malade comme s’il renversait à chaque fois un réfrigérateur sur le sol.
Et puis à l’extérieur, les trains passent sans arrêt : Shinkansen, Meitetsu, JR et convois de marchandise. Sans doute parce que leur passage a lieu régulièrement, je n’y prête quasiment plus attention.
La pièce accueille aussi un canapé-lit qui ne sert pas à grand-chose mais pour 3000 yens, je ne pouvais refuser. Depuis mon premier séjour au Japon, je ne jure que par les futons. Avant cette période, ma taille m’obligeait à dormir en diagonale dans des lits à deux places. Mon futon, double aussi, fait une bonne longueur (2m10). Ainsi mes pieds ne peuvent dépasser.
L’immensité des placards permet d’y ranger tout ce que je veux, dont les futons.
Légende urbaine ou pas, je ne saurais dire, mais Naoko m’a dit que certains propriétaires peu scrupuleux sous-louaient leur placard à des personnes peu fortunées…






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