La veille de mon anniversaire, soit le 30 août dernier, les parents de ma belle nous invitaient dans un restaurant français en compagnie de leur seconde fille et de son petit ami.
J’avais dû au préalable prendre un train de banlieue pendant quinze minutes pour me rendre à Kônomiya, à mi-chemin, pour rencontrer Naoko à la gare et effectuer un trajet d’une demi-heure en voiture jusqu’à ce quartier isolé d’Ichinomiya (au Nord de Nagoya). Ce que j’ignorais alors, c’était que le restaurant en question se situait au Nord d’Inuyama, dans la partie Est de la préfecture de Gifu. Il nous fallu une heure et demi pour arriver sur les lieux. Les Japonais, du moins ceux qui habitent dans de grandes métropoles, ne couvrent de si grandes distances que lorsqu’ils le veulent vraiment, c’est-à-dire en période de congé, comme les habitants de l’Hexagone en fin de compte, à la différence près que nous autres rechignerions certainement plus à prendre la route pendant trois heures pour satisfaire notre appétit.
J’avais déjà tâté à deux reprises de la gastronomie française au Japon avec toujours ce sentiment de frustration intense. Avec la Nouvelle Cuisine comme dogme, les chefs sans scrupules n’hésitent pas à proposer des menus aux prix exorbitants inversement proportionnels à la taille des portions. Et puis comme ici tout ce qui est petit, est forcément mignon, cela ne choque personne.
Ma première expérience avait eu lieu à Nagaokakyô au sud de Kyôto. Avec des tarifs surgonflés, les plats, visuellement irréprochables, ressemblaient à des amuse-gueules capables de tenir dans une cuillère à café. De plus la moitié s’apparentait à la cuisine italienne.
Ma deuxième expérience s’avéra bien plus catastrophique. L’endroit, baptisé « l’Epicurien » se présente comme un hôtel de luxe avec des tables en façade dans une véranda qui donne sur la rue dans le quartier de Fushimi à côté de Sakae.
Traîné là par une jeune fille dans le but de passer une soirée romantique, nous nous installâmes dans ladite véranda. Je commandai alors des mets dont l’appellation en japonais faisait rêver. Dans la langue de Jules Verne, cela donnait à peu près ceci : délice de langoustines impériales dans leur potage albâtre, tour de France fromager etc. Le garçon, avec son costume digne d’un trois étoiles, nous apporta avec un grand sourire deux assiettes : l’une avec deux misérables crevettes dans de la sauce blanche et l’autre avec cinq biscuits salés, deux vaches-qui-rient sans emballage, du camembert d’Hokkaido bon marché et deux Kiris (dans leur papier alu). Si je ne parviens pas à me souvenir le prix de la note ce soir là, c’est sans doute parce que j’ai tout fait pour l’oublier. Le clou du spectacle fut sans doute la découverte d’un cafard se promenant tranquillement le long du mur. La véranda pas entièrement hermétique communiquait certes avec l’extérieur mais cela n’excuse rien à mon goût.
Vers 13h20, nous parvînmes à destination. L’établissement, Liliane, se tenait au bord d’une falaise donnant sur la rivière Kisogawa et la montagne voisine, offrant une vue magnifique malgré le temps qui commençait à se détériorer. Un petit jardin parfaitement entretenu, au centre duquel on pouvait apercevoir un héliport et une statue, accueillait les gastronomes. L’addition promettait d’être salée avant même d’avoir déjeuner.
Nous passâmes à table après avoir admiré l’intérieur et la hauteur du plafond. Le menu avait été choisi à l’avance et il me fut donc impossible de relever quelques perles flançaises.
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