La frustration de ne pas avoir pu me parer d’un yukata à ma taille, lors du festival de Tanabata, m’avait poussé à remuer ciel et terre pour en trouver un. Malheureusement, je dus me rendre à l’évidence : à moins de débourser une somme plutôt élevée pour du sur-mesure, je devais soit me contenter d’un habit destiné à un gabarit de jockey ou trouver une autre solution.
Je me mis donc en quête d’un jimbei 甚平. Un jimbei se porte comme un yukata, généralement en été, et se veut plus décontracté. Il se compose d’une veste large similaire à un happi 法被(mais qui reste fermée) et d’une sorte de bermuda. Le prix de cet ensemble reste souvent beaucoup plus abordable. Les manches courtes et aérées le destinent à tout type de personne, sauf peut-être à ceux qui souffrent d’hypersudation. Je n’eus donc aucun mal à m’en procurer un. Il me fallait ensuite trouver des geta 下駄, ces sandales de bois surélevées. Les geta pouvant se porter avec le talon qui dépasse légèrement, j’en conclus donc que je trouverai plus facilement mon bonheur que pour des chaussures classiques. Que nenni ! Dans la plupart des cas, ce ne sont pas les talons qui dépassaient mais bien le tiers du pied. Certains grands magasins comme Takashimaya proposaient un panel fort intéressant mais je me refusai à débourser le prix d’une cucurbitacée cubique pour des tongues en bois.
Un jour pourtant, la chance me sourit quand je tombai sur des modèles à 3000 yens dans une boutique à Takayama. Ma panoplie estivale traditionnelle était désormais complète et je pouvais donc rejoindre Naoko pour aller admirer les feux d’artifice.
Elle portait ce jour-là un yukata blanc et bleu foncé du plus bel effet. Le port d’un tel vêtement requiert l’aide d’une tierce personne (tout comme le kimono). Le nœud de l’obi, notamment nécessite une attention particulière.
Une fois parés, nous nous rendîmes près de la rivière Kisogawa. Marcher avec des geta s’avère très ludique. Le martèlement du bois sur le bitume retentit comme une sorte de percussion primitive. Les Japonais, rois de l’onomatopée, ont bien entendu imaginé un son pour désigner le phénomène : karan koron. Je tiens à souligner que si une vieille chanson française précise qu’au nord c’était les corons, cela ne veut pas dire que l’on y produisait des sabots.
Bien que saccadées, les enjambées atteignent une plus grande amplitude. Ce déhanchement à la Robocop procure une sensation de puissance inattendue, accentuée par les cinq centimètres de hauteur supplémentaires offerts par les sandales. Cette assurance fait par contre place à l’effroi au moment où l’on tente de descendre des escaliers étroits, obligeant à se déplacer lentement en crabe.
Hélas l’été a officiellement laissé place à l’automne le 1er septembre dernier et il va falloir attendre l’année prochaine avant d’enfiler cet accoutrement.






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