Suite (voir l’épisode précédent)
Interpellé par le manque étrange d’agitation (outre que sonore) autour de nous, j’allai jeter un coup d’œil à l’écran devant notre satellite. Celui-ci n’affichant plus rien, je fis quelques pas supplémentaires vers le panneau d’information. Le numéro de porte pour notre kunkunsu avait été changé ! A quoi bon avertir seulement deux individus...
La nouvelle gate se situait à l’autre bout du terminal et, bien qu’à trois heures du décollage, quelques personnes y patientaient déjà.
A mesure que nous nous approchions de l’heure tant attendue, la concentration de voyageurs se faisait plus pesante. Nous occupions avec nos bagages à main trois sièges. A notre droite, une petite table qui servait de liaison avec une autre rangée de trois fauteuils eux-mêmes occupés par un couple et leurs sacs. Derrière nous des familles chinoises devenaient de plus en plus bruyantes et encombrantes avec des myriades de gamins qui courraient dans tous les sens et des montagnes de paquetages en tout genre : grosses valises, sacs à dos, grands cartons (à croire que les habitants de l’empire du milieu avait eu droit à des faveurs). Soudain, une femme seule qui peinait avec trois fardeaux de bonne taille, prit place sur la tablette du milieu. Par politesse, je pris nos affaires et laissai libre un fauteuil. Sans un regard, sans un mot de remerciement, sans un geste, la brute s’y affala et hurla quelque chose à une petite fille au loin qui ne tarda pas à la rejoindre.
La nature m’appelant, je quittai Naoko pour soulager ma vessie. A mon retour, je fus choqué par le spectacle qui s’offrait devant mes yeux : outre la Chinoise et sa fille, une dizaine de personnes de la même famille avait investi le périmètre. Les affaires de la bonne femme empiétaient sur un bon tiers du siège de Naoko alors qu’une pile de cartons avait été placée juste devant mon siège vacant. Autour, des gamins mal élevés se battaient alors que les parents discutaient entre eux dans un bazar qui couvrait les annonces qui nous avaient tant cassé les oreilles ! Nous apprîmes par la suite que ceux qui étaient assis derrière nous appartenaient à la même famille, soit une vingtaine de personnes en tout.
Naoko m’avoua qu’elle était soulagée de me voir revenu, puisqu’elle avait dû insister lourdement pour ne pas que d’autres de cette famille prennent ma place alors même qu’ils savaient qu’elle n’était pas libre.
C’est donc de cette manière que la Chine fut conquise, pensai-je alors.
Enervé par ce manque de respect, je me souvins soudain de l’autocollant qu’on nous avait remis pour que le transit s’effectue sans problème (j’en ris encore). Je l’avais placé sur mon T-shirt mais celui-ci s’était décollé… Quelques minutes plus tard, la matronne se leva pour prendre un peu d’eau pendant que deux de ces innombrables enfants occupaient sa place. Je me remis à sourire quand je vis que le postérieur de l’envahisseuse arborait fièrement cet autocollant rose fluo sur la fesse gauche !! La décence m’empêcha d’immortaliser cet instant que je considère comme le seul moment de satisfaction de ce voyage.
Un peu plus tard, nous embarquions, mettant fin à neuf heures atroces que nous n’oublierons pas.
A suivre mardi prochain…
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