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Mardi 22 janvier 2008

Voir les épisodes précédents.

 

Notre bestiaire ne serait rien sans les lycéens et les lycéennes.

Les premiers aiment se tenir debout le dos contre le mur, juste à côté des portes. Beaucoup arborent une coupe de cheveux ridicule inspirée des mangas et des boys bands avec parfois une barrette, des sourcils épilés et un pantalon trop large et trop bas, bien que faisant partie de leur uniforme et une grosse ceinture kitch en cuir clouté. Ceux qui sont assis ont les mains dans les poches, les jambes devant leur volumineux sac de sport posé à terre et ouvertes dans un angle aussi vulgaire que gênant pour qui désire s’asseoir à côté. Ce look de loque hésitant, à mi-chemin entre le rebelle de carnaval et la poupée barbie provoque en moi des envies de distribuer des coups de pied bien placés après leur avoir fait descendre jusqu’au chevilles les sacs à patates qui leur servent de pantalon.

Ce sont pourtant les lycéennes qui m’énervent le plus. Toutes se tiennent systématiquement en groupe bruyant posté devant les portes, ne bronchant pas un sourcil quand quelqu’un veut descendre, et en beuglant et riant comme des lobotomisées de leurs aventures sentimentales qui n’intéressent personne.

Mes parents, de passage au printemps dernier eurent l’occasion de se rendre accompagnées de Naoko à une brocante pendant l’une de mes journées de travail. Ils prirent le métro et tombèrent sur trois spécimens. Ces furies s’amusaient à courir d’un wagon à l’autre à grand bruit. Elles occupèrent ensuite une banquette à côté de mes parents en s’asseyant le plus grossièrement possible : en tailleur. Je rappelle que la quasi-totalité des lycéennes porte une jupe dont elles enroulent le haut afin de la raccourcir. Certaines font passer les mini-jupes pour des soutanes tellement la longueur de tissu est ridicule. Quand elles sont en tailleur, on aperçoit évidemment tous les détails d’une lingerie qu’on se serait bien passé de voir. Une des lycéennes que je vois tous les jours reste plus prudente puisqu’elle ne s’assied jamais.

Les trois parques discutaient alors en hurlant sans se soucier des regards tueurs des autres passagers excédés. Elles se partagèrent un sac de chips qu’elles laissèrent sur place au moment de quitter le métro. Un arrêt plus tard, mes parents et Naoko descendaient à leur tour quand une dame attira l’attention de mon père en lui tapant sur l’épaule. Elle lui signifia avec des gestes que ce serait quand même la moindre des choses de ramasser le paquet de chips, croyant stupidement qu’il en était le propriétaire. Enervé, il lui fit comprendre que ce n’était pas le sien. Cette dame devait avoir une tonne d’excréments dans les yeux pour ne pas avoir remarqué qui avait pris place à cet endroit… J’ai souvent remarqué que dans une situation qui les dérangeait, les Japonais préféraient jouer l’indifférence et fermer les yeux au sens propre. Cela explique pourquoi personne ne se mit en colère contre ces pétasses.

 
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Un jour que je regagnai mon domicile complètement épuisé après une journée assez éprouvante, le vacarme provoqué par l’entrée de deux lycéennes me tira de ma semi-léthargie. J’ouvris les yeux et constatai qu’elles s’étaient assises en tailleur… par terre ! Dans un train assez bondé à cette heure de la journée, elle encombrait nettement le passage et les gens qui étaient restés debout autour d’elles. Plusieurs arrêts plus tard, elles étaient toujours là, toujours aussi détestables avec leur voix si fortes qu’on les aurait crues éloignées de 100 m l’une de l’autre alors que seul un mètre les séparait. Elles se partageaient, comme le veut décidément la coutume, un paquet de biscuits salés. Nous étions à deux stations de l’arrivée et je me préparais émotionnellement à leur faire part de mon mécontentement. Je m’imaginais les bousculer du genou pour leur dire « Ah excusez moi, je ne vous avais pas vu. En même temps, vous êtes dans le passage, je ne vois pas pourquoi je m’excuserais ». Plus je ruminais la scène, plus je me disais : « mais bon sang, personne ne va rien leur dire ? ». Les portes s’ouvrirent et elles se levèrent mais restèrent malgré tout dans le train. Une mère accompagnée de son père et de ses deux petites filles étaient montés. Maintenant que les deux imbéciles ne gênaient plus le passage, ma stratégie tombait un peu à plat. Qu’à cela ne tienne, j’allais au moins leur donner un bon coup d’épaule (j’étais vraiment de très mauvaise humeur ce jour-là).

Une fois à destination, une bonne partie des passagers dont les quatre personnes susnommées, les deux hystériques et moi-même nous pressâmes devant les portes. Je préparais ma trajectoire d’impact. Soudain, l’une des deux étudiantes fit tomber un de ses biscuits, le regarda et fit comme de rien n’était. Mon sang ne fit qu’un tour mais avant que je ne puisse dire quoi que ce soit, la dame frappa violemment l’épaule de la malpolie et lui cria « Non mais ! Ramassez vos ordures ! ». Je jubilai. La petite insolente se contenta de regarder son « agresseur » du coin de l’œil pendant moins d’une seconde avec un air complètement désintéressé ce qui ne manqua pas de rendre mon héroïne du jour noire de colère : « Mais vous êtes vraiment des bêtes ! Des moins que rien ! ». Subjugué par autant de cran, surtout dans un pays où l’on n’émet quasiment pas la moindre remontrance, je surenchéris par « Oui c’est vrai ! Vous êtes vraiment ignobles ! » ce qui produit un écho chez un autre passager qui conclut par « Invraisemblable ! ». Les deux connes empruntèrent alors les escaliers comme si de rien n’était… Peu importe, je fus ravi de voir que je n’étais pas le seul que ce genre de comportement mettait en rogne. Si seulement, cela pouvait se produire plus souvent…

 

PS : Avec des gamins affalés comme ça dans les banquettes, rien d’étonnant à ce que cela produise des dégénérés.

 

A suivre

par Ludo publié dans : Cas sociaux
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