Avant-propos : Ougl accueille aujourd’hui l’un de ses plus longs articles, ce qui signifie beaucoup de texte mais aussi beaucoup de photos en liens que je vous invite à ne pas ignorer. Je vous ai même concocté des petites animations.
Tous les ans, les écoles, collèges et lycées de l’ensemble du pays consacrent une journée à la fin septembre/début octobre au sport. Appelée undokai 運動会 ou taiikutaikai 体育大会, elle consiste en un grand championnat intra scolaire mettant en compétition les différentes classes les unes contre les autres (ou simplement la moitié des élèves contre l’autre dans le cas du primaire).
Le nombre d’heures de cours demeure plus réduit dans les établissements japonais permettant aux étudiants de terminer au pire vers 15h. S’ils se sont inscrits à un club d’activité, ils doivent néanmoins rester plus longtemps, jusqu’à 18h en été et 17h en hiver, de manière à éviter de faire rentrer les enfants après le coucher du soleil. Les activités proposées diffèrent selon les collèges. On peut ainsi trouver du football, du baseball, du basket-ball, du judo, du karaté, du kendo, de l’athlétisme, de la natation, de la musique et plus rarement du rugby, du badminton, de la fanfare, du tennis, du jardinage… Le sport occupe donc une place privilégiée dans les emplois du temps. Quand septembre arrive, tout se retrouve chamboulé pour la préparation de cet événement. On n’hésite pas à supprimer certains cours, même après avoir réduit les cinquante minutes habituelles à quarante cinq. Comme si cela ne suffisait pas, on consacre un jeudi entier et sept autres après-midi à parfaire les derniers détails. Si le sport reste indispensable à ce stade de la jeunesse, je considère qu’un tel déploiement de moyens au détriment des autres matières demeure une véritable perte de temps.
Les quinze classes de mon collège principal s’étaient rassemblées dans le fond du terrain, ce jeudi 6 octobre, devant leur poster respectif, réalisé spécialement pour l’occasion avec la plus grande attention (voir ici aussi)..
Après un classique lever de l’étendard japonais et du drapeau de l’école, le tout curieusement sans hymne national, la responsable des étudiants vint saluer de manière très stricte le principal par un salut romain qui lui poserait des problèmes en Europe, tout en hurlant un speech ressemblant à ceci : « Nous promettons de faire de notre mieux lors de cette énième rencontre. Le ciel est bleu, c’est un jour parfait. Bonjour à tous. ». Dans ma tête cela sonnait comme un « César, ceux qui vont mourir te saluent » comme tout gladiateur qui se respecte. L’homme prit alors le micro et tint à l’audience le discours commun à tous les directeurs : « Bienvenue à tous pour cet énième championnat. Nous voici donc en octobre, les températures sont encore un peu chaudes pour la saison. Prenez garde à ne pas vous blesser. ».
A sa décharge, il faut avouer que la qualité du terrain rendu boueux par les précipitations de la veille rendait les choses un peu plus dangereuses que la normale. La formidable organisation dont fait preuve l’administration japonaise avait établi qu’en cas de pluie le 6, la fête serait reportée au lendemain. Par contre, rien n’avait été prévu en cas de mauvais temps le 7. Typique. C’est donc avec beaucoup de chance que tout se déroula comme prévu.
Au menu des réjouissances qui s’étalaient tout au long de la journée avec une pause déjeuner, des épreuves d’athlétisme adaptées à la tranche d’âges 12-15 ans, se partageaient le gros du gâteau : lancer de handball, sprint (sur 80, 800 et 1500m), relais (4x100m, 8x100m) et saut en hauteur. Ce dernier ne place pas la barre très haute (
) car seules les techniques du rouleau avant et du saut en ciseaux sont utilisées. Le Fosbury n’est pas enseigné sous prétexte qu’il peut provoquer des fractures des cervicales. Je me demande en quoi est fait le matelas de réception… Deux autres épreuves typiquement nippones ont été ajoutées : la corde à sauter géante où une classe entière tente de sauter le plus de fois possibles d’affilée (le record de l’école a d’ailleurs été battu avec 35 élèves et 59 sauts) et le relais nininsankyaku 二人三脚 . Dans celui-ci, deux personnes lient l’une de leur jambe à celle de leur partenaire et essaient de courir ainsi, ninin 二人 voulant dire deux personnes et sankyaku 三脚, trois jambes. Certains enseignants et parents d’élèves participaient à la course. On a même insisté lourdement pendant cinq minutes pour que je me joigne à un collègue d’un mètre soixante. Faisant trente centimètres de plus que lui, la performance se serait soldée par une chute mémorable dès la deuxième enjambée. A la différence des Japonais entraînés tous les ans depuis leur enfance, je n’ai jamais essayé de courir de la sorte. J’ai donc refusé poliment.
Une fois le départ donné, les participants se mouvaient, comme je m’y attendais, avec une vitesse vertigineuse, si bien qu’on avait l’impression que leurs membres n’étaient pas entravés.
En début d’après-midi, une soixantaine de gamins en uniforme noir, y compris les filles, entamèrent une chorégraphie traditionnelle. Ce ôendan 応援団, groupe de supporters présents normalement dans les lycées et les universités et vêtus de la sorte effectue en rythme des mouvements de karaté. Cela correspond en quelque sorte au hakka, le chant des guerriers maoris. Après cette performance impressionnante, ils dansèrent le soran-bushi そらん節, que l’on retrouve dans beaucoup de festivals d’été.
Une fois toutes les épreuves terminées, les filles de troisième effectuèrent du lancer de cerceau sur la première partie de Carmen. J’aurais plus apprécié la chose si cela avait duré moins longtemps (plus de 10 minutes tout de même). La composition de Bizet est même passée deux fois de suite…
Raffarin, le vice-principal, demanda à l’ensemble des élèves de réaliser des mouvements d’assouplissement sur une des musiques actuellement dans les charts. Je fus très étonné :
1- Qu’à la différence des écoles primaires, on ne passait pas une version vibraphone d’un vieil air des années cinquante.
2- Que ces exercices aient lieu à la fin et pas au début… Mais bon ce n’est pas la première fois que la logique fait défaut ici.
Une chose pourtant ne me surprit pas : quand cette meute d’adolescents se déplaça sur le terrain pendant que les responsables de classe patientaient en rang derrière la tribune, tous marchaient d’un pas militaire (avec les genoux plus ou moins hauts) au son d’une fanfare pré-enregistrée. Naoko m’a expliqué qu’il est très fréquent que les professeurs grondent ceux qui ne lèvent pas assez les jambes. Mon collège fait preuve de plus de tolérance dans ce domaine. Il n’empêche que je ne comprends pas cet attachement à l’armée (visible jusque dans les uniformes) pour un pays qui se veut pacifique…
Pour clore le spectacle, le principal proclama les résultats et offrit aux équipes victorieuses un trophée surdimensionné faisant passer la Coupe Davis pour un dé à coudre. Je trouve d’ailleurs cela disproportionné par rapport à la hauteur de l’événement et j’imagine que les vendeurs de tels objets se frottent les mains.
Un jour mémorable certes, mais cela valait-il vraiment le coup de sacrifier un mois d’études pour cela ?






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