Pour clore la visite de mon doux foyer, je devais garder le meilleur pour la fin. Vous n’aurez donc pas droit aux toilettes, mais à mon salon.
Recouvert comme la pièce voisine de tatamis (six précisément), j’aurais pu en faire ma chambre à coucher mais la présence d’une prise de télévision et de trois prises de courant la désignait plus pour une autre utilité. L’autre ne comporte en effet qu’une prise électrique.
C’est donc dans ce lieu un peu étroit que j’accueille mes convives en leur demandant à chaque fois de ne pas regarder l’état de la paille de riz, brûlée par endroits, trouée à d’autres ou en train de s’effilocher ailleurs. Je ne suis en aucun cas responsable de ce délabrement, ni mes collègues, ni MP, l’homme qui renverse plus vite que son ombre, en l’imprégnant de bière. Mon immeuble accueillant une majorité d’étrangers qui ne reste en moyenne qu’un an, de nombreux locataires ont donc habité mon appartement avant mon arrivée. De plus, changer les tatamis revient très cher, surtout que dans le cas de mon bâtiment, les chambres utilisent une vieille norme, celle de Kyoto, où la taille dépasse les standards actuels de quelques centimètres. Le plus bizarre, c’est que tous les tatamis au sein de la même pièce n’ont pas les mêmes dimensions… Bref les changer coûterait plus cher que la normale. En me renseignant auprès de mes collègues japonais, il en ressort que personne ne connaît les tarifs pratiqués, vu que personne n’a connu ce problème. Les tatamis mettent du temps à vieillir et il leur faut une bonne dizaine d’années pour commencer à présenter les premiers signes de détérioration. Les miens doivent bien remonter à la révolution industrielle, si ce n’est plus.
Le salon accueille le plus grand nombre de décorations : un planisphère, une carte du Japon, un tableau de kanji et quelques cartes postales. On y trouve aussi le plus grand nombre de meubles au mètre carré avec un bureau « rase-moquette », deux fauteuils, une étagère et le placard du téléviseur. A ceux qui se posaient la question, non, je ne suis pas architecte d’intérieur à mes heures perdues. Je peux néanmoins offrir mes services en tant que consultant, s’il vous vient l’idée par exemple de vouloir faire tenir un piano à queue, une table de ping-pong, une table de banquet et un ours empaillé sur 10 mètres carrés (chèques acceptés).
Nul besoin d’un œil averti pour s’apercevoir qu’il s’agit d’un nid d’otaku. L’étagère ne regroupe pour l’instant que jeux vidéo, DVD et PS2. La télévision et son support, rempli aussi de DVD, à sa gauche puis le coin PC, à droite, sont ceinturés par le home cinéma composé d’un caisson de basse et de cinq haut-parleurs dont quatre sur pied.
Mon goût prononcé pour les films, les jeux vidéo, et internet m’a poussé à tout confiner dans le même espace et j’avoue que je n’ai trouvé à ce jour aucun lieu de détente plus adapté.






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