Il existe dans mon collège principal un homme occupant un poste jamais vu ailleurs. Sa situation demeure si inédite que, quand j’en parle à des collègues d’autres établissements ou à des amis, on croirait la pièce remplie de points d’interrogations flottant dans l’espace. Il se situe au sommet de la hiérarchie, à pied d’égalité avec le vice-principal et le chef des professeurs, puisque son bureau se situe dans la même zone que ces derniers dans la salle des profs. Il porte le nom étrange et vague d’inspecteur administratif, jimushusa 事務主査 en japonais. Sa voix grave et imposante se reconnaît entre mille, et il fait preuve d’une certaine autorité.
Cette personne très respectable au premier abord m’est apparue sous son vrai jour le mois dernier.
Un détail m’avait mis la puce à l’oreille : c’est le seul parmi les hauts placés à porter en permanence un survêtement. Je ne suis pas du genre à juger les gens sur leur apparence vestimentaire mais dans un régime aussi à cheval sur les principes que le milieu scolaire japonais, je trouvais cela curieux.
Un jour, alors que la canicule se terminait et que je tapais avec inspiration sur mon clavier dans le but d’aboutir à un article frais et plein de vie, je me rendis compte que sous les gouttes de sueur qui perlaient sur mon front, je n’étais pas frais et plein de vie justement. Il était temps d’aller s’abreuver d’une bouteille de 20Cl de lait.
Comme je l’avais déjà évoqué, il n’est pas permis aux professeurs de boire du lait à la cantine car la quantité de bouteilles a été établie en fonction du nombre d’élèves. Tous les jours cependant, un grand nombre refuse d’ingérer sa dose régulière de calcium et donc, le surplus est placé dans le réfrigérateur des enseignants.
Je me rendis donc devant la boîte à fréon en remarquant une nouvelle fois, que les bureaux des chefs en face profitaient en douce des bienfaits de la climatisation. Je bus d’un coup sec et fit quelques pas vers la poubelle pour y jeter l’opercule. Le moustachu n’avait pas bougé de son ordinateur portable depuis la matinée. Je l’imaginais, plongé dans l’enfer de la paperasse administrative, concentré à résoudre des problèmes dont la simple appellation suffirait à me plonger dans un sommeil de trois jours. Discrètement je me penchais un peu plus en avant, une seconde après avoir rempli la corbeille et là, mes yeux n’en revinrent pas. Il jouait au Solitaire !
Les jours suivants, je voulus vérifier si ses moments récréatifs étaient chroniques ou non. Après deux semaines d’enquête, il apparut que quelle que soit l’heure du jour, il avait deux occupations : jouer aux cartes sur son PC, ou dormir sur sa chaise.
Phénomène isolé ? Je l’espère, sans trop y croire. En tout cas, je suis content d’avoir Ougl pour me tenir occupé.
NB : vous pouvez apercevoir l’individu au fond. S’il a les yeux ouverts, cela signifie qu’il fait un Solitaire.






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