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Mercredi 26 octobre 2005

Comme je me suis déjà plaint en long, en large et en travers, de mon employeur, du rectorat et des responsables à la tête de mes écoles, je me devais de compléter la liste par un pamphlet à l’encontre de mes collègues étrangers. Sur 130 employés d’une quinzaine de nationalités différentes, on trouve évidemment de tout.

 

 

 

Prenez par exemple Miss A, typique Américaine d’un quintal qui nous a rejoint cette année. Comme 95% des professeurs d’anglais, elle ne parle pas un mot de japonais mais a trouvé bon de s’y mettre après trois ans de résidence dans ce pays. Mieux vaut tard que jamais et de ce point de vue, je ne peux que la féliciter.

 

Ce qui m’énerve, c’est son attitude vis-à-vis de son travail. Quelques minutes avant que j’aille me concerter avec mon boss à l’issue d’un meeting pour qu’il me confirme si je pouvais bien prendre un congé un jour où je n’avais pas cours, cette pièce de saindoux vivante me supplia de ne pas réclamer plus de classes à enseigner. Je lui dis alors que je n’avais pas prévu d’en discuter puisque de toutes façons, ce problème n’avait aucune issue. Résolu à prêcher ma cause : plus de cours=moins de tournage de pouces, je lui expliquai le fond de ma pensée. Elle me répondit qu’une à quatre heures de cours par jour, c’était parfait et que plus, ça la fatiguerait, qu’elle ne pourrait plus étudier le japonais l’après-midi etc.

 

Une question me tarabusta : sommes nous payer pour enseigner ou non ?

 

Alors que je grogne continuellement à propos de ces quatre à sept heures quotidiennes où on est planté devant son bureau à ne rien faire, cet emploi du temps de potiche plait à beaucoup.

 

 

 

Tout aussi énervant mais dans un autre registre, vous avez Mr J.

 

Il lui suffit de faire un mouvement pour qu’on ait envie de le ruer de coups. Ce n’est pas dans ma nature de ressentir des pulsions meurtrières vis-à-vis d’un inconnu, mais lui, je n’y peux rien, c’est physique. Je n’en avais jamais fait part à mes amis collègues jusqu’à ce que l’un d’eux émette la réflexion suivante : « quelle tête à claques ce type ! », pour découvrir au final que tous éprouvaient la même chose à son égard. Dès qu’il ouvre la bouche, il provoque l’ennui et l’antipathie de l’assistance. Il serait capable d’énerver le Penseur de Rodin rien qu’en lui parlant. C’est pour ainsi dire un témoin de Jéhovah dans la peau d’un enseignant. Il n’a pas d’amis et ses loisirs apporteraient au commun des mortels autant de distraction que la contemplation d’une corbeille en plastique bleue. Il parle lentement, en articulant chaque mot comme un critique littéraire prétentieux et pose toujours des questions au sujet de détails qui n’intéressent personne. Et pour montrer à tout le monde qu’il bosse beaucoup, il vous parle en japonais, convaincu de ses hautes capacités linguistiques. Certes il se débrouille mieux que la plupart au niveau vocabulaire, mais son accent américain très poussé lui confère une prononciation similaire à celle d’un Jacques Delors sous hélium, la bouche dans un pot de fromage blanc.

 

Bref quel que soit le langage utilisé par ce triste sire, on ressent l’envie de le bâillonner.

 

 
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Dans une moindre proportion, vous avez enfin les « fous ». On se demande comment ils ont obtenu ce poste.

 

Mr C. travaillait l’année dernière pour la même zone académique (comme votre serviteur) à la différence qu’il était employé par l’entreprise rivale. Lors des meetings, sa bonne humeur et son sourire le faisait passer pour un Eddie Murphy survolté. Il parlait fort, riait à gorge déployée et enchaînait blagues sur blagues. Très sympathique au demeurant, j’admirais son dynamisme, même si, à la longue, cela pouvait s’avérer usant.

 

Un jour, un professeur japonais vint me trouver à mon boulot avec le journal du jour à la main.

 

-         Dîtes, Ludo sensei, vous saviez qu’un de vos collègues s’était fait coincer ?

 

-         Hein ? Quoi ? Qui ? Pourquoi ?

 

-         Ben regardez là dans les faits divers.

 

Lorsque je lus la raison, beaucoup de choses s’éclaircirent dans mon esprit.

 

Mr C, pétant toujours la forme et rigolant en permanence avait attiré les soupçons de son école qui avait décidé de lui faire passer un contrôle anti-doping inopiné. Je ne saurais dire quelles substances il avait l’habitude de prendre, mais c’était certainement plus fort que cette boisson vitaminée. On peut résumer son professionnalisme par cette formule : de la poudre aux nez pour de la poudre aux yeux.

par Ludo publié dans : Ecoles
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