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Dimanche 6 novembre 2005

La chance m’a plutôt souri jusqu’à maintenant car je n’ai mis que quatre fois les pieds dans un hôpital japonais. Il faut savoir qu’en l’absence de cabinets de médecins généralistes, vous devez vous rendre dans un établissement hospitalier pour le moindre petit rhume persistant.

On trouve de tout : des hôpitaux municipaux vétustes, des cliniques spécialisées ultra-modernes et une multitude de cliniques privées douteuses. Difficile de faire la distinction au premier coup d’œil. D’une manière générale, j’ai entendu plus de plaintes et d’histoires choquantes que de compliments sur le système. D’ailleurs, à ce jour, KM reste le seul à avoir rencontré satisfaction.

La plupart des structures fonctionnent sur le même principe.

Admettons qu’une angine subite vous prenne en traître. Vous toussez comme un tuberculeux qui aurait avalé du chocolat en poudre de travers, vos sinus produisent des litres d’huîtres en gelée toutes les cinq secondes et vous vous sentez autant en forme que le capitaine du Titanic en plein naufrage auquel on aurait annoncé que sa femme demande le divorce et la garde du chien. Vous vous traînez jusqu’à l’hosto le plus proche (que vous découvrez pour la première fois). Vous vous annoncez à la réception pour que l’on vous inscrive sur la liste d’attente. On vous demande alors si vous, bête étrange venue d’un pays lointain, possédez une assurance. Mon entreprise nous donne le choix entre l’assurance nationale japonaise qui vous revient à 40000 yens par mois ou une assurance internationale à 10000 yens par mois. Bien sûr, la quasi-totalité souscrit à la deuxième. L’inconvénient, c’est qu’elle fonctionne sur un principe différent qui pose des problèmes aux administrations hospitalières. Traditionnellement, le remboursement ou la prise en charge des frais se fait immédiatement, alors que dans notre cas, nous devons faxer la facture à notre mutuelle pour pouvoir être remboursés. Cela dit, le délai pour la préparation d’un dossier et d’une carte (voir photo) ne varie pas énormément. Comptez entre une heure et une heure et demi en moyenne, que vous soyez japonais ou non. Ensuite vous devez patientez jusqu’à votre tour de consultation entre une heure et deux heures, selon l’affluence. Vous attendez généralement devant deux ou trois portes, chacune correspondant à un différent docteur. Comme pour des guichets, dès que l’un a fini avec un patient, il fait rentrer le suivant. La visite ne dure pas plus de quinze minutes. Une fois l’ordonnance en main, vous devez repasser à la réception pour payer avant de vous rendre dans le petit bâtiment adjacent : la pharmacie. Toutes dépendent d’un hôpital. Il faut bien faire la distinction entre ces dernières et les drugstores que l’on trouve un peu partout. Même s’il est vrai que ceux-ci vendent des médicaments (à faible dosage uniquement), ils proposent aussi des détergents, des produits de beauté, des mouchoirs en papier mais aussi parfois des nouilles instantanées et des boissons. Un simple mal de gorge peut s’enrayer grâce aux médicaments de ces boutiques mais quand il s’avère plus grave, rien ne vaut la pharmacopée hospitalière.

Les pharmacies vous remettent la dose exacte de médicaments suivant la prescription. Vous ne vous retrouvez jamais avec une boite de pilules où figure le nom du produit.

Cela permet d’éviter les abus, la France ferait bien de s’en inspirer, mais aboutit parfois à des erreurs. Aux dires de Naoko, il serait même fréquent qu’on vous remette les mauvais médicaments.

Bref, le temps total passé pour un bête rhume peut être très long. Après de multiples témoignages recueillis ici et là, il ressort qu’en aucun cas, vous pouvez vous en sortir en moins de deux heures.

A la fin février, la redoutable grippe asiatique me tomba dessus en plein week-end de ski dans la préfecture de Nagano.

Mon hôte, Junpei, travaillait comme secrétaire dans l’un des hôpitaux de cette région. Avec 39.5 degrés de fièvre, un vendredi soir en dehors des heures de consultation, je dus passer aux urgences… et attendre trois heures. Un cauchemar. Je m’estime heureux de n’avoir souffert que de la grippe et non pas d’une morsure de vipère ou de la coupure d’une jambe et je remercie beaucoup mon ami d’avoir accélérer le processus.


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Un collègue Canadien d’origine croate, Mat pour ne pas le nommer, fut moins chanceux. Après une soirée fortement arrosée, ce grand buveur décida de rentrer chez lui à pied. A un moment donné il escalada un petit mur en ciment d’une hauteur de 1.5m. Cet ouvrage peu solide avait été construit pour ne durer que les temps des travaux pour délimiter deux zones. Mat perdit l’équilibre alors que le mur pliait sous son poids. Je ne sais comment, il se retrouva le bras et l’épaule écrasés dessous, incapable de bouger. Après quinze minutes d’appels à l’aide inefficaces, un autre Canadien (!) vint le tirer d’affaire. C’était un samedi. Bourré comme un coing, il rentra directement chez lui et attendit le lendemain pour se rendre aux urgences. Là où je fus sidéré, c’est quand il m’annonça qu’on lui avait diagnostiqué de multiples fractures et prescrit des anti-douleurs, pour lui demander de repasser lundi, car le service qui pouvait lui faire un plâtre était alors fermé.

L’attitude et l’aspect de certains établissements font passer le Japon pour un pays du Tiers monde. Alors que j’habitais au sud de Kyoto en 1999, je rendis visite au père de ma famille d’accueil à la clinique de la ville. Il s’était brisé le bassin après une mauvaise chute. Les murs ne respiraient pas franchement la propreté, la couleur des néons se rapprochait plus du jaune d’une vieille huile d’un baquet de friture que du blanc classique, et les patients, tout comme les visiteurs, devaient se déchausser à l’entrée pour enfiler des savates en plastique à l’hygiène contestable.

Pour terminer ce tableau peu réjouissant, je tenais à vous parler de la mésaventure de la fille d’un autre collègue.

Sa femme et lui avaient choisi la maternité Bidule, en raison de sa bonne réputation. Elle semblait propre et le personnel demeurait tout aussi sympathique que professionnel.

Au moment de l’accouchement, le bébé se présenta mal. Face à ce problème, la réaction du médecin fut la suivante : « houlà, c’est trop compliqué pour nous ça, on va vous transférer à l’hôpital municipal ». La clinique avait bonne réputation puisqu’elle refilait tous les cas difficiles à un autre établissement. Pour une raison aussi obscure que choquante, le transfert se fit en taxi, et non pas en ambulance. A l’arrivée dans la nouvelle salle d’opération, le bébé souffrit de deux arrêts cardiaques. A cause d’un cordon ombilical trop fin, son développement ne s’était pas normalement effectué, et le nourrisson n’avait pas atteint une force suffisante pour s’extirper de l’utérus. Il s’était donc noyé dans le liquide amniotique. Après deux réanimations et trois heures de douleurs insupportables pour la mère, il vint enfin au monde.

Dès le début de la grossesse, les médecins de la clinique n’avaient donc pas fait leur travail, puisqu’ils avaient été incapables de déceler une quelconque anomalie de croissance. Le pire dans l’affaire, c’est que mon collègue a reçu de ces irresponsables une facture pour les frais de taxi… Aujourd’hui, la petite se porte à merveille mais mes amis ont juré de ne plus jamais accoucher au Japon.

PS: On peut voir sur la photo la carte que je n'ai utilisé qu'une fois à Nagano, la petite enveloppe qui renferme des médicaments, comme ces pochettes de poudre (rien d'illicite je précise) et un paquet de masques.

par Ludo publié dans : Ougl
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