Sans vouloir passer pour un baroudeur prétentieux, je peux néanmoins dire que j’ai connu de nombreux aéroports. Que ce soit en France, en Angleterre, aux Pays-Bas, en Finlande, aux Etats-Unis, en Corée, en Chine ou au Japon, tous m’ont accueilli à leur manière.
Ma seconde visite de la patrie des deux George en 1998 avait débuté par un transit par Chicago. La plus grande aérogare du monde ne faisait pas les choses à moitié. Arrivé à une barricade où l’on nous invite expressément à nous défaire de nos possessions métalliques le temps de les analyser aux rayons X, j’obéis aux ordres d’une montagne de chair afro-américaine (je crois qu’il s’agissait d’une femme) en ôtant ma montre. Au moment où je franchis le portique, celui-ci retentit. La masse exigea que je fasse demi-tour dans sa direction en me beuglant dessus. Elle me manipula de telle sorte que je me tienne debout avec les bras en croix et les jambes écartées et débuta un examen minutieux mais bien rythmé de ma personne en utilisant à intervalles réguliers son détecteur de métal, en tout bien tout honneur j’entend, pour se rendre compte que c’était la boucle de ma ceinture qui était la coupable. Elle me fit l’enlever (la ceinture, pas elle, je n’aurais pas pu la soulever de toute façon) et me fit passer une seconde fois la porte… D’ordinaire les détecteurs ne sont pas réglés aussi précisément. Je ne rechigne pas devant des démonstrations de sécurité mais à l’époque rien ne justifiait un tel manège.
Ce voyage avait démarré de manière plutôt ridicule à Charles de Gaulle. Pendant l’enregistrement des bagages, des responsables de la compagnie aérienne distribuaient des questionnaires. On pouvait y lire : « Transportez vous de la drogue ? » ou encore « Avez-vous l’intention de perpétrer des actes terroristes ? »… Je considérais alors nos voisins d’outre-atlantique comme les rois des paranos. Quel individu serait suffisamment stupide pour répondre par l’affirmative à ce genre de question ? Délicate est la critique mais je doute de l’efficacité d’un tel document. La fouille (et je ne parle pas de la spécialité montagnarde dépeinte dans « Les Bronzés font du ski ») reste à mon sens, plus logique même si certains semblent éprouver un malin plaisir à la conduire.
Les douanes de l’ancien aéroport de Nagoya, celui-ci ne servant aujourd’hui qu’aux vols intérieurs, m’ont démontré à deux reprises leur professionnalisme en prenant à chaque fois quinze minutes de mon temps à inspecter mes bagages. En 2001, s’enquérant de ma nationalité ainsi que du lieu du transit (en ce temps-là Amsterdam), l’officier d’immigration avait ouvert ma valise. Tout en « reniflant » les moindres recoins, il me tint un discours surréaliste : « Dites donc, en Europe, et surtout à Amsterdam, il y a de la drogue partout hein ? ». Je lui répondis qu’en France comme au Japon, ces substances même douces, étaient prohibées et que je n’avais pas quitté l’enceinte de l’aéroport à Amsterdam. Il tomba soudain sur les trois saucissons de montagne et m’expliqua que normalement ce type de victuailles était interdit de voyage. Je me lançai alors dans une plaidoirie très censée au sujet de la charcuterie gauloise : elle répondait aux normes européennes et donc il ne fallait pas la ranger dans la même catégorie que l’eau du Gange et de toute façon il s’agissait d’un aliment pouvant se conserver longtemps (à la différence du fromage également interdit de séjour). Sur un élan de générosité, l’homme eut pitié et me laissa entrer en territoire nippon. Quelques années plus tard, cet état de tolérance laissa place à une interdiction officielle. Un collègue polonais en fit les frais et se vit confisquer son stock de saucisses, convaincu que son persécuteur allait se régaler à ses dépends le soir même.
NB : voici une photographie d’une allée déserte de l’aéroport d’Inchon en Corée prise en juillet 2004. J’étais le seul à attendre dans le hall à ce moment là. Un brin angoissant…







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