A chaque retour dans la Mère Patrie, je fais le même constat. Notre pays offre de magnifiques paysages, un patrimoine culturel bien préservé, une nourriture excellente et bon marché, et une atmosphère plus décontractée au travail.
Je rame par contre toujours péniblement pour me réacclimater.
La première difficulté passe par l’utilisation de cette monnaie de singe appelée « euro ». Etant arrivé sur Nagoya en novembre 2001, je n’ai pu connaître cette devise qu’au cours de mes deux virées estivales en 2003 et 2004. Tout se déroulait à merveille quand je me contentais d’effectuer mes achats par carte bleue. La première fois que j’eus à réfléchir sérieusement fut sur la terrasse d’un restaurant à Paris. Impossible de déterminer par le menu si un plat se plaçait dans la catégorie « donné » ou « hors de prix ». Mon ignorance se retrouva aussi responsable de ma confusion lorsque l’on m’envoya en quête de pain. Je mis bien trente secondes pour remettre les pièces à la boulangère après les avoir identifiées.
Je mets aussi toujours du temps à me faire à l’idée que la France se compose de beaucoup de personnes obèses. Bien qu’on en trouve au Japon, la proportion est sans commune mesure. La taille supérieure des Français accentue en plus cette impression.
Et puis l’insécurité vous remet toujours les sens en place. Au Japon, je n’ai jamais connu ce sentiment de peur le soir, dans des coins reculés d’une station de métro ou sur la route, et je n’ai jamais entendu parler de véhicules incendiés pour un oui ou pour un non. Lorsque mes parents sont venus me rendre visite pour la première fois, ils avaient eu la gentillesse de m’apporter mon vieux caméscope dans un sac de bonne taille. J’étais venu les accueillir à l’aéroport avec un petit sac à dos renfermant mon appareil photo. Nous prîmes alors le train et l’intense discussion dans laquelle nous entrâmes, faillit nous faire oublier de descendre à la bonne gare. Ce n’est que dans le train suivant que je m’aperçus avec horreur que j’avais oublié le caméscope. « Enfer ! Damnation ! C’est perdu ! » gémirent en cœur mes parents jusqu’à ce que, deux heures plus tard, nous nous rendions au bureau des objets trouvés. Tout y était. Un peu plus tard, nous prîmes un autre train pour Kyoto et l’intense discussion dans laquelle nous entrâmes, faillit nous faire oublier de descendre à la bonne gare. Ce n’est qu’à l’arrivée que je m’aperçus avec stupeur que j’avais oublié mon sac-à-dos. « Enfer ! Damnation ! C’est perdu ! Mais tu as du yaourt dans le cerveau ou quoi ?» gémirent en cœur mes parents jusqu’à ce que, deux heures plus tard, nous nous rendions au bureau des objets trouvés. Le sac y était. Père et mère furent estomaqués, et moi aussi d’ailleurs, d’avoir eu la chance inouïe de retrouver deux bagages, renfermant des objets de valeur, dans la même journée. Je constatai que le porte-clefs qui était attaché à la fermeture éclair avait disparu. « Cela n’est pas bien grave » me dis-je alors tout en ouvrant machinalement la pochette avant. Le porte-clefs y était. La petite chaîne avait été brisée, sans doute par un contrôleur pressé mais consciencieux. Merci encore pour toute cette attention.
Un cas isolé ? J’en doute. J’ai souvent ouï dire de ce genre d’histoires. Lorsque mes parents enregistraient leurs bagages à l’aéroport pour le voyage de retour, une Française s’écria : « Impossible ! Il est toujours là ! Après une semaine ! ». Elle parlait de son parapluie, oublié malencontreusement quelques jours plus tôt.
J’ai toujours du mal à me réhabituer aux râleurs. Cette spécialité bien gauloise me fait toujours grincer des dents. Que vous regardiez les infos, que vous preniez les transports en commun, que vous conduisiez, que vous alliez à la poste, tout le monde fait la gueule. A une certaine époque, je regardais le journal de 20h de France 2, diffusé en début de matinée sur la télévision japonaise. J’ai arrêté, fatigué des sempiternelles querelles politiques qui enlisent le pays dans un immobilisme certain, des grèves pour un oui ou pour un non, des micro-trottoirs où des analphabètes décérébrés prennent la parole etc.
Quant à la télévision, ce n’est plus ce que c’était. TF1 devient de plus en plus TF1 et les autres se « téhèfinnisent » par mimétisme. Le petit écran nippon souffre aussi de tares mais parvient toujours à offrir des programmes divertissants et intéressants. Et au moins on n’est pas envahi de reality shows ici.
Enfin, s’il existe une chose qui ne me rend absolument pas nostalgique, c’est bien la présence de déjections canines sur les trottoirs. La capitale du romantisme reste aussi mondialement connue comme la capitale de l’étron. Les autres villes ne font guère mieux puisque l’on est sûr, où qu’on aille, d’avoir le privilège de rencontrer ces horreurs.
En fait si je retourne en France, c’est avant tout pour ma famille et mes amis. Ces derniers me mettent alors au courant des nouvelles expressions que je ne me lasse pas d’écouter, les yeux ébahis. Que me réserve donc le cru 2005 ?







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