Dans mon enfance, lorsque ma taille n’atteignait pas encore celle d’un haltérophile assis, je comptais avec fébrilité les signes annonciateurs de Noël. Un réveillon parfait rassemblait tout un tas de conditions mais d’après mes souvenirs seul l’un d’entre eux les regroupa toutes, celui de 1984 car il neigea énormément cette année-là sur Orléans. Voici donc la liste que j’avais imaginée alors :
1- Le coucher du soleil aux alentours de cinq heures
2- La grille des programmes pour la jeunesse modifiée pour l’occasion
3- Les mandarines
4- Les illuminations dans la rue
5- L’ouverture du rayon jouet dans les supermarchés
6- La lecture des catalogues de jouets
7- Sissi Impératrice pour la 92ème fois à la télé (je ne l’ai vu qu’une fois en fait)
8- La neige
9- Le sapin
Noël pour moi, c’était l’ouverture des cadeaux et pas avant. La tradition familiale voulait que cela se déroule le soir même du réveillon après un passage forcé à l’église.
L’attente de ce moment à partir du début des vacances demeurait atroce. De plus, rien ne laissait entrevoir que les parents allaient vous offrir l’objet demandé. Je me calmais alors en imaginant le grand repas du 24 et en avalant à tour de rôle mandarines et chocolats. Le matin du grand jour, comme si tout le monde n’en pouvait plus d’attendre l’arrivée des cadeaux, la mauvaise humeur tombait sur chacun à un moment ou un autre. Moi, elle me prenait pendant la messe de minuit (qui maintenant que j’y pense ne s’est jamais déroulée à cette heure, heureusement). En plus de sembler durer dix fois plus longtemps qu’une messe classique, subir les sermons à rallonge et les interminables chants dans un endroit glacial alors que les cadeaux attendaient là-bas au chaud, demeurait un supplice insupportable. Les églises prévoyaient toujours quatre à six radiateurs de l’âge de bronze de la taille et la forme d’un panneau de sens interdit pour chauffer un volume dérisoire. A moins d’avoir le nez collé dessus, on ne sentait rien de sa chaleur. Je me souviens avoir claqué des dents maintes fois en jurant que l’on m’y prendrait plus.
La fin du calvaire était traditionnellement annoncée par « Il est né le Divin enfant », que je chantais avec une sincère joie mais pas pour des raisons religieuses, un réflexe pavlovien en fait.
Nous rejoignions enfin la maison pour ouvrir les boites tant convoitées après un intermède de quelques minutes passé dans la voiture, le temps que les parents aillent « s’assurer que le Père Noël était bien passé ». Je crois que c’est en maternelle que j’ai découvert le pot aux roses. Ce vieil homme jovial qui transpirait la générosité et que l’on ne voyait jamais, n’était qu’une imposture. Le choc dura une journée et fut vite oublié. Après tout, pourquoi avais-je fait confiance à un vieil obèse aux joues rouges d’alcoolique qui ne bosse qu’une fois par an, exploite des nains et martyrise des rennes ? Après cette révélation, la recette ne prenait plus, mais mes parents s’évertuaient à utiliser la même formule pour prétexter la disposition des cadeaux sous le sapin.
A mesure que je prenais de l’âge, la magie de Noël opérait de moins en moins pour complètement disparaître lors de mon premier séjour au Japon.
Ici, il ne s’agit ni plus ni moins que d’une fête commerciale, d’ampleur un peu plus importante que Halloween. Le 25 reste une journée de travail normale, alors que le 23 (l’anniversaire de l’empereur) est férié. La veille, le 24, les amoureux ont l’habitude de se retrouver pour un rendez-vous. Pour un couple, il s’agit du jour, avec la Saint Valentin, à ne pas manquer pour célébrer son amour. Pourquoi ? Je l’ignore.
J’ai passé le Noël le plus pathétique de mon existence en 1996 à Nagaokakyo dans la préfecture de Kyoto. Alors étudiant, je profitais des dix jours de vacances allouées par mon université à Osaka. Le soir du réveillon, ma famille d’accueil regardait la télévision comme elle le faisait tous les jours. Je décidais donc de contacter mes amis pour organiser une beuverie. Au final, seul un d’entre eux me rejoignit et, vu notre faible nombre, nous décidâmes de ne pas trop dépenser. Nous dînâmes donc au Mc Do du coin, le seul lieu décoré pour les fêtes.
Durant les années suivantes passées au Japon, j’ai appris à banaliser l’événement mais j’en garde toujours un petit pincement au cœur. Je sors parfois quelques secondes sur mon balcon et ferme légèrement les paupières de façon à ce que les lumières de la ville prennent une allure plus festive.
Non en fait, je mens pour ce qui concerne le balcon. Je voulais juste passer pour un Caliméro et obtenir la pitié de mes lecteurs.
Cette fin d’année passée en France avec celle que j’aime et mes proches, risque bien de raviver mes souvenirs d’enfance. Nul doute que la magie va renaître.
Joyeux Noël à tous !







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