Sous une latitude équivalente à celle du Maroc, Nagoya subit des hivers nettement plus rudes. Bien que les températures ne descendent qu’occasionnellement en dessous de zéro, l’isolation simpliste des habitations et l’absence de chauffage digne de ce nom ont un effet psychologique important. On se les caille copieusement, c’est un fait. Comme si des dirigeants sadiques en avaient fixé les règles, la plupart des foyers n’ont accès à l’eau chaude que dans la salle de bains. Dans mon appartement, mon lavabo ne comporte qu’un robinet d’eau froide tout comme l’évier de la cuisine, à la différence que ce dernier est secondé par un dispositif étrange. D’une technologie plus récente visuellement que mon chauffe-eau pour le bain, il n’en demeure pas plus rassurant. Fonctionnant au gaz, il faut au préalable ouvrir le robinet d’eau dédié, tourner la molette vers la droite vers la température désirée et appuyer sur le gros bouton quelques secondes pour que le feu prenne et que l’eau s’écoule dans l’espèce de douche.
A partir de décembre et jusqu’en février, j’effectue mes ablutions par ce biais, refusant catégoriquement d’utiliser le lavabo. A ma décharge, je dois admettre que l’année que j’ai passée à Nagaokakyo, au sud de la préfecture de Kyoto alors que j’étudiais en fac à Osaka, m’avait complètement traumatisé. Si je surnomme ma salle à manger « la Sibérie » aujourd’hui, mon coin lavabo à l’époque aurait pu s’appeler « Zéro absolu ».
Celui-ci comportait une unique arrivée d’eau froide et était situé à l’extérieur du bâtiment où je logeais. Je m’y lavais tous les matins. Or, lors d’une belle matinée brumeuse de février, je connus l’horreur. Depuis le début de l’hiver, je m’étais habitué à recevoir une torgnole thermique quotidienne en me passant de l’eau glaciale sur le visage. J’y avais trouvé un moyen parfait pour me réveiller. Ce matin-là donc, j’ouvris le robinet comme je le faisais toujours et repris mes sautillements tout en soufflant dans mes mains afin de me réchauffer. Pas d’eau… Pas de doute il faisait très froid ce jour-là. Plutôt imaginatif à cette heure, un réflexe à la Mc Gyver me poussa à brancher le sèche-cheveux et à le passer sur le métal du robinet. Après une vingtaine de secondes, l’eau commença à s’écouler mais s’accumulait dans la cuvette. J’orientai alors le séchoir sur le tuyau du dessous pour que le tout puisse s’évacuer. Maintenant que j’y repense, c’était de la folie pure.







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