Ougl célèbre aujourd’hui son 300ème article et son auteur fête son dixième mois consécutif sans rhume.
En raison de son manque de chauffage (comme je vous le détaillerai le 2 janvier) et des phobies inexplicables dont beaucoup souffrent lorsqu’il s’agit de fermer une porte, l’univers scolaire favorise allégrement la propagation des virus, dont la grippe.
Selon une règle en cours dans la totalité des établissements, un élève obtient la permission de regagner son domicile quand sa température interne dépasse les 37 degrés. Je rappelle que la moyenne avoisine les 36 degrés.
Le gamin fiévreux fait donc mine de se traîner jusqu’à la salle des profs accompagné de son escorte, généralement un autre élève qui ne raterait pour rien au monde une occasion de manquer quelques minutes de cours. Il se présente devant l’infirmière et lui dit avec une voix de piètre acteur passée au ralenti : « Euh ch’uis maladeuh. ». Celle-ci, rompue à ce manège qui se produit une dizaine de fois par jour, lui tend un thermomètre qu’il place sous son aisselle avec un regard de chiot qui essaie d’apitoyer son maître pour obtenir de la viande en gelée d’origines douteuses en boite.
Après quelques minutes de prières, l’appareil émet un bip. C’est l’heure du verdict.
A croire que de vrais gouttes de sueur apparaissent alors sur son front, il saisit l’objet et, timidement, lit la température. Le temps semble se figer alors qu’il relit plusieurs fois « 36.8 ». Dommage, ce sera pour la prochaine fois, demain peut-être.
Je n’ai manqué qu’une seule fois l’école, en tant que prof j’entends. Plusieurs fois donc, je me suis rendu agonisant sur mon lieu de travail puisque le rectorat ne nous autorise à prendre des jours de congés qu’en cas de contraction de l’ébola, du T-virus, du mildiou, de la perte de deux membres ou pour cause de cataclysme nucléaire.
Le plus bel exemple reste celui de la rentrée d’avril 2003. Alors que j’enseignais encore dans le primaire, j’officiais dans cinq écoles dans l’année. J’étais sur le point de démarrer dans l’une d’entre elles. Située à 25 minutes de marche, 15 minutes de train et 25 minutes de bus, elle demeurait la plus distante de toutes. Les horaires très serrés (un bus par heure) me forçaient à me dépêcher comme un malade si je voulais arriver à l’heure. Ce jour-là donc, le bus arriva en retard. Dès le réveil, j’avais compris que la journée allait devenir mémorable. J’arrivai donc cinq minutes en retard en courant, accueilli par le vice-principal à la grille. Celui-ci me pressa de le suivre jusqu’au gymnase où j’allais immédiatement donner un discours de présentation. « Je suis foutu » me dis-je alors.
Alors que je pénétrai dans le hall froid rempli d’élèves survoltés me scrutant du regard, je vis une farandole de professeurs tendre la main en cœur pour m’inviter à gagner l’emplacement du micro.
Très intimidé, alors que je devais pourtant en être à mon 176ème discours, je m’avançai vers l’esquimau de métal, et, après un sourire qui traduisait ton mon malaise, ma bouche produisit un son équivalent à « hhhhhhhssshhhh ».
Ce que personne n’avait deviné à mon arrivée, c’est qu’une méchante extinction de voix m’avait complètement paralysé la gorge. Après vingt secondes de sifflements reptiliens, on m’applaudit et un enseignant expliqua alors à l’assemblée mon mal.
Je dus donner quatre cours cette journée là, enviant sans cesse le sort des écoliers pseudo grippés.







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