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Mercredi 13 juillet 2005

Mon premier collège a comme chaque année ouvert ses portes au public pendant trois jours le mois dernier. C’est l’occasion rêvée pour les parents d’élèves d’espionner leur progéniture dans un environnement différent du foyer.

Mon école se situe dans la bonne moyenne. Mes journées se déroulent cette année sans violence physique ou verbale et le niveau d’anglais, quoique faible à l’échelle mondiale, reste élevé par rapport au standard national. Pour simplifier, un troisième prononce certes « hello » à l’allemande (« hallo ») mais sait comment l’écrire.

La direction pratique une politique disciplinaire plutôt poussée comme je l’ai longuement démontré auparavant. Je doute qu’une telle sévérité soit nécessaire quand tous se conduisent parfaitement. Parallèlement je ne comprends pas pourquoi d’autres écoles dites difficiles se montrent complètement laxistes et indifférentes en la matière. Cela revient à entraîner un chat à grimper à un arbre et à féliciter un chien qui mâche continuellement le canapé.

Bref, pour contrôler cette discipline jusqu’au bout, un questionnaire fut remis aux visiteurs de ces journées portes ouvertes. Le compte-rendu de cette enquête m’est parvenu entre les mains et je n’ai pu résister à l’envie de vous en faire part, chers ouglonautes.

Très exactement 97 personnes, et je ne crois pas me tromper de beaucoup en affirmant qu’il s’agit à 100% de femmes, d’après ce que j’ai pu voir, ont donc rempli deux pages de critiques, de remarques et de réponses.

La nipponerie coulant dans leurs gènes fait en sorte qu’il leur est impossible de répondre par un extrême (au jeu du ni oui ni non, les Japonais restent imbattables). Dix questions leur furent d’abord posées et elles devaient choisir une réponse parmi cinq symboles différents : un double rond pour « tout a fait », un rond pour « oui, mais un peu c’est tout, je ne m’engage a rien », un carre pour « p’têt' ben qu’oui, p’têt' ben qu’non », un triangle pour « plutôt non, mais je ne veux dire du mal de personne » et enfin une croix pour « franchement non ». Bon je vous accorde qu’il s’agit la d’une interprétation personnelle. Le gros des réponses se portait sur tout à l’exception du double rond et la croix. Cet état d’esprit indécis constant me vaut plusieurs bouillonnements de rage intérieurs dès que je demande simplement à un gamin :

-         Do you like potatoes ?

-         ...

-         Do. You. Like. Potatoes ?

-         ...

-         Si tu aimes tu dis « yes, I... » sinon tu dis « no, I... ».

-         ...

-         Bon « yes, I do » ou « no, I don’t » ?

-        

-         Tu les aimes les patates ou pas? (je vais t’étriper dans dix secondes)

-        Ben... Normal (NDOugl : réponse typique profil bas qui se situe pile poil entre oui et non, que les Japonais utilisent souvent pour montrer leur neutralité et donc éviter de se faire remarquer par les autres. Si on apprend qu’untel aime les patates, les rumeurs les plus folles vont aller bon train, il sera éventuellement persécuté par ses camarades, perdra la face vis-à-vis de sa famille et finira salaryman sans ami, ivre mort tous les soirs dans le métro. Je brode beaucoup aujourd’hui, j’avoue)

-         Je n’accepte pas « normal » comme réponse. Réponds par yes ou no. (tout le monde s’en fout si tu aimes ou pas. Vindiou, improvise ! Mens ! Mais dis quelque chose gniiiii !)

-         Yes, I don’t.

-     Yes I do ? D’accord très bien. Au suivant. (je fais semblant d’avoir entendu la bonne réponse sinon je lui saute dessus et lui mange le crâne.)

Les parents se complaisent aussi dans le moyen et le flou. Beaucoup, pour éviter d’avoir à en discuter, je présume, ont coché le rond, voire le carré.

Par exemple : « Selon vous, les élèves prennent-ils soin de leur uniforme ? », une majorité a coché « oui, pas mal » et aucun ne s’est plaint de quoi que ce soit. Ceci contraste grandement avec les commentaires laissés à la fin du questionnaire sur l’apparence vestimentaire. Certains prôneraient presque le port de la burka quand ils exigent que les filles allongent leur jupe :

« Les jupes sont trop courtes » ou « Réprimandez sévèrement les collégiennes qui portent une jupe trop courte ! ». A la différence du lycée ou les jeunes filles plient la leur de telle manière qu’elles ressemblent à des call-girls de bars louches, les collégiennes sont beaucoup plus policées. A la vue de tels paroles, je me suis interrogé longuement. La surface de tissu sur les jambes d’une collégienne est-il si réduit qu’il attire les foudres de mères puritaines ? Certainement pas. Rallonger signifierait-il placer la jupe sous les talons ? Je tenais à en avoir néanmoins le coeur net et décidait de consulter le chef des profs de ma deuxième école à ce sujet. D’après lui, et en exagérant ses propos, certains estiment qu’il y a attentat à la pudeur, si les genoux, partie hautement érotique de l’anatomie au Moyen-Age, sont apparents !


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Autre règle absurde : il est interdit de se teindre les cheveux, puisque cela fait « mauvais genre » (mais au lycée, tout va bien, ça ne dérange personne). Les Japonais ont tous les cheveux noirs, à part les métis. Cette couleur varie cependant légèrement selon les individus. Ainsi la soeur de Naoko, ma moitié, les a châtains foncés. Lorsqu’elle était au collège, le principal l’a faite venir dans son bureau pour lui ordonner de teindre ses cheveux en noir ! Son père, en apprenant cela, a sauté au plafond et a fait part de son mécontentement à l’intéressé en lui disant que c’était aberrant de teindre des cheveux naturels dans une couleur qui ne l’était pas, et que c’était de la discrimination ni plus ni moins. Du coup, tous les professeurs et la direction se sont excusés en s’inclinant très bas et la jeune fille a gardé sa vraie chevelure. Naoko m’a confié qu’ailleurs on oblige les filles à porter des chaussettes noirs et des chaussures à lacets blancs, à se coiffer avec une queue de cheval et on force les garçons à se raser le crâne. Un petit air de jeunesses hitlériennes ou c’est moi ?

D’autres mères se sont plaintes du fait que des gamins achetaient des boissons dans des distributeurs après l’école et les buvaient sur la route qui les mène à leur domicile. Sur cette question, le chef des profs a tout de même trouvé cela un peu stupide. Ce que font les enfants à l’extérieur n’est pas du ressort de l’école mais des parents, d’une part, et, d’autre part, je ne crois pas que le fait de se désaltérer relève du pénal. En cas de grosse chaleur, on les interdit déjà de boire autre chose que du thé en thermos entre les cours ou d’acheter des glaces lors d’une sortie en pleine air comme l’Expo.


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Un petit nombre d’adultes pas fins a émis des critiques quant à l’accès aux classes : « il n’y a pas de chaise pour les visiteurs », « la porte était fermée, je n’ai pas osé entrer » ou encore « les collégiens m’ont impressionné par leur taille, j’avais peur de rester dans la salle de classe ». Je leur dirais bien que dans une pièce prévue pour quarante personnes on ne dispose pas de l’espace suffisant pour les chaises de visiteurs dont on n’est même pas sûr de la venue, que s’ils se bougeaient le postérieur, ils pourraient ouvrir la porte et que s’ils sont effrayés c’est leur problème.

Enfin, pour clore l’un des plus longs articles de ce site, quelques-uns ont remarqué la mauvaise conduite de certains cancres. Avec toute cette discipline ridicule, rien n’est dit aux abrutis qui dorment sur leur bureau, à ceux qui ignorent leurs devoirs ou à ceux qui ont des mauvaises notes. N’est-ce pas la l’essentiel ?

par Ludo publié dans : Ecoles
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