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Vendredi 23 septembre 2005

200

Je profite de ce deux centième article pour vous dévoiler le management exceptionnel dont fait preuve la société qui m’envoie chaque année perdre la moitié de mon temps dans des écoles. D’origine américaine mais appartenant à un groupe japonais, elle se compose de plusieurs succursales installées dans les principales villes du pays. Le bureau de Nagoya gère ainsi près de 130 professeurs, dont 70% offrent leurs services dans l’enseignement public.

La concurrence dans ce secteur demeure sévère et les entreprises se jettent chaque année comme des vautours sur un bout de tripe pour récupérer les contrats perdus par les plus malchanceuses. Le rectorat de ma zone de travail, une des plus grosses affaires de la région emploie à lui seul 90 étrangers dont le tiers concerne ma compagnie. Inutile de dire que la perte d’un tel marché serait catastrophique. Le fait que mon employeur perde de l’argent me préoccupe certes, mais ce sont surtout les répercussions qui m’inquiètent. Vers la fin janvier, les rectorats décident s’ils vont reconduire un contrat, augmenter le nombre de profs ou aller voir ailleurs. Cette épée de Damoclès menace à chaque fin d’année fiscale (en mars) de me tomber dessus. Si cela arrivait, je devrais rendre mon appartement puisqu’une société sœur de la mienne se porte garante de celui-ci. Je devrais aussi trouver un nouveau sponsor pour mon visa de travail. Si je ne parvenais pas à trouver un nouvel emploi, je devrais donc plier bagage pour la France. Mais bon, il est toujours aisé de retrouver un poste dans une autre zone académique au sein de la même filiale ou ailleurs.

J’envisage de plus en plus, au fil des ans, de démissionner de ce job frustrant au profit d’un emploi de préférence dans un autre secteur. Si l’un de mes lecteurs a une idée, la capacité d’ouvrir la porte d’entrée tout en étant dans le bain (comprendre par là : le bras long) ou tout simplement une piste, je suis tout ouï.

Mon boss a décrété aujourd’hui que ma demande de congé pour le 29 septembre était irrecevable parce que, je cite : « c’était mal ».

Je vous vois arriver avec vos gros sabots près à me sermonner : « avec vos trois mois de vacances annuelles, vous bénéficiez en plus de congés payés ? Vous n’abuseriez pas un peu ? ». J’ai droit à cinq journées cumulables sur deux ans, ce qui fait que si aucun n’est pris pendant un an, je peux en prendre dix l’année suivante. A moins d’avoir 40 de fièvre, de cracher du sang, de souffrir de la peste bubonique ou de perdre un organe, nous avons pour directive de nous rendre sur notre lieu de travail. Fin février, la grippe asiatique m’a pris en traître pour la première fois de ma vie et je fus donc contraint de rester à domicile. Jusqu’à cette année, il nous était cependant permis de nous reposer les jours où aucun cours n’était prévu. Je profite généralement de l’occasion pour aller à la banque et c’est toujours la raison que j’invoque. Si les retraits en liquide sont possibles 24h/24 depuis peu, les autres opérations sont impossibles à réaliser en dehors des heures d’ouverture. Les banques restent en effet fermées tous les jours après 15 h et le week-end.
 

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Le 29 donc, mon collège se prépare pour la journée sportive du 6 octobre et tous les cours sont annulés. Refusant de passer 8 heures assis à végéter, je demandai il y a une dizaine de jours à Raffarin la permission de me dérober. Celui-ci accepta et je n’avais plus qu’à faxer ma feuille de congé à mon entreprise. Tout le monde étant devenu plus strict et illogique cette année, j’en avais ultérieurement fait part à mon supérieur. Il m’avait éclaté de rire au nez en m’affirmant que s’il n’y avait aucun cours ce jour-là, je n’avais nullement besoin de m’inquiéter.

Mon boss (un Nippon), supérieur à mon supérieur (un Américain), redoute tellement que le rectorat lui coupe la tête et la donne en pâture aux pigeons, qu’il exige désormais de ces employés qu’ils fassent de la présence, et tant pis s’il est le seul à trouver cela logique. Il souhaite donner l’impression que ses éléments obéissent au doigt et à l’œil et pratiquent le masochisme en travaillant pour rien comme des caissiers de combini, et croit ainsi qu’en janvier prochain, son contrat va être privilégié par rapport aux rivaux…

Après réception du message m’indiquant que je pouvais aller voir chez les Grecs si j’y étais, je préparais, comme toujours dans ces cas absurdes, ma plaidoirie sur une feuille de papier. Après avoir démontré par A+B, le manque de fondement de ce refus, je décidais de conclure par la technique de la « perte de face boomerang ». Mon patron, en exprimant son « non » voulut par là me faire perdre la mienne. Il y parvint mais sans se soucier des conséquences. Car si jamais j’expliquais au principal que ben finalement, désolé, mes dirigeants sont les seuls à vouloir que je vienne ce jour-là, je serais vu d’un mauvais œil, mais mon employeur également. Retour à l’envoyeur donc.

Je prenais ensuite mon téléphone portable prêt à asséner mes arguments l’un après l’autre. Mon interlocuteur ne m’en laissa même pas le temps puisqu’il me dit que pour cette fois-ci, après mure connaissance des variables du problème, c’était OK… Au prochain meeting, cela ne coupera pas : on nous interdira de demander la permission à l’école. On nous forcerait à feindre la maladie que cela ne m’étonnerait guère… En attendant, je n’ai pas fini de regarder ma montre…

par Ludo publié dans : Ecoles
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