Les lecteurs avertis que vous êtes doivent savoir que les Japonais se marient à l’occidentale. Ceux qui dormaient dans le fond de la classe peuvent se rattraper en lisant ceci. Permettez-moi de vous présenter aujourd’hui deux formes de cérémonie auxquelles j’ai participé (attention hein cela ne signifie pas que j’ai deux épouses).
La première eut lieu à l’automne 2004. Shintarô, l’un de mes vieux copains d’Osaka résidant à Toyohashi (à une heure de train au sud-est de Nagoya) s’unissait avec une certaine Yuka. La réception avait lieu dans un restaurant russe. Si en règle générale, les hôtels et boites à mariages sont privilégiés, de plus en plus on préfère faire appel à des prestataires plus modestes afin de réduire le coût exorbitant d’une telle fête. Une boîte à mariage ressemble comme deux gouttes d’eau à un hôtel puisqu’on y trouve une salle de réception et souvent même une petite chapelle, mais s’en distingue par l’absence de chambres.
La pièce ne comptait pas plus de cinquante personnes, soit beaucoup moins qu’un mariage habituel. La liste des invités se composait en grande partie de parents proches, de relations de travail (mais uniquement des supérieurs hiérarchiques) ainsi que d’une poignée d’amis (six personnes pour chaque époux). L’ambiance se voulait donc très formelle avec l’impossibilité de faire de bonnes blagues de potaches. Le tout se déroulait de manière peu orthodoxe (ou catholique d’ailleurs) en conservant néanmoins quelques traditions comme l’échange des alliances, les remerciements aux parents respectifs, la coupe du gâteau ou plutôt des gâteaux préparés spécialement par la sœur de la mariée, pâtissière professionnelle, et le changement d’habits. Le couple du jour faisait d’abord son entrée en blanc pour revêtir une heure plus tard hakama 袴et kimono 着物. D’ordinaire l’ordre inverse est établi.
Comme toute fête nippone qui se respecte, tout était réglé comme du papier à musique avec le début programmé à 13h00 et la fin à 15h00. Pas le temps de papoter à table comme les Français aiment. Un peu court pour un tel événement, ne trouvez-vous pas ?
Le deuxième mariage, celui de mon collègue américain Dan, offrait une atmosphère plus décontractée en septembre dernier. Cette sorte de Vin Diesel de 40 ans s’unissait à une certaine Yukari. Protecteur comme pas deux, il a attendu ce jour précis pour nous la présenter.
La salle, appartenant au Tiger Café, un établissement chic de Sakae, se composait de quatre-vingts personnes dont la moitié d’amis des deux parties. Après une classique apparition, façon procession sous les applaudissements, les deux amoureux écoutèrent le discours humoristique en anglais d’un collègue polonais, Julian, qui fut compris juste par la moitié de l’audience. Le sempiternel gâteau fut posé sur la table principale, me permettant de le prendre en photo avant que des hordes d’amateurs de crème fouettée ne se jettent dessus. Je ne saisis d’ailleurs pas la raison du choix de la langue pour les inscriptions. Le pavé fut ensuite découpé rituellement par les deux stars du moment. Les festivités se terminèrent deux heures plus tard et nous descendîmes au café pour bavarder plus tranquillement entre amis.
L’organisation de ces moments oubliables revient très très chère. Comptez au bas mot un à deux millions de yens (7250 à 15500 euros). C’est pourquoi une participation financière est exigée de la part des invités. Le montant importe peu mais le chiffre doit impérativement être impair. En effet, les nombres pairs, divisibles par deux, ainsi que tous les objets susceptibles de se briser comme la vaisselle en guise de cadeau, évoquent immanquablement le divorce et on préfère donc les éviter au même titre que les couteaux. Ainsi on donne en général 30000 yens (215 euros) ou plus car 10000 (72 euros), cela fait un peu radin. Bien sûr, on ne jette pas ces billets à la tête des organisateurs lors de son arrivée en criant « il y a intérêt à ce que j’en aie pour mon argent ». On renferme le tout dans une petite enveloppe spéciale avec son nom et son adresse. Les dépenses peuvent ainsi être amorties à hauteur de cinquante pour cent. Peut-être pour donner l’impression aux généreux contributeurs qu’on ne les a pas volés, on leur offre souvent des objets utiles comme des ustensiles de cuisine ou dans mon cas, un assortiment de saladiers en métal. Dan, de son côté, avait eu la bonne idée d’organiser un bingo avec différents prix (une bouteille de Moët et Chandon, des chocolats, un lecteur mp3 etc.). J’héritai pour ma part d’un cadre.
J’estime pour ma part que les lieux habituels de célébrations manquent de charme. Quitte à se marier, autant le faire dans un endroit qui ait de la gueule, et ce à moindre coût. A moins de quitter le Japon, cela me paraît irréalisable.
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