Hanami, le jour

Publié le par Howard & Ludo

Howard :

"Quiconque est allé au Japon en dehors de la saison des cerisiers en fleurs aurait aussi bien pu aller admirer les chutes du Niagara un jour de brouillard. Il aurait été au bon endroit, mais au mauvais moment."

Les yeux dans le vide, perdu dans mes pensées, j'essayais laborieusement de construire cet aphorisme alambiqué en vue d'un article futur, lorsqu'une voix que j'aurais pu qualifier d'euphorique me ramena brutalement à la réalité :

"Eeeeeeh, beeeen, qu'est-ce tu fous, réveille-toi, bois un coup, mon pote, aaarh!" me disait Ludo.

Il faut dire qu'en ce jour d'Hanami (littéralement: "Eh, on va voir les fleurs?"), assis par terre sur une bâche bleue sous les cerisiers d'un parc public, occupés à boire de la bière tout en mangeant des amuse-gueules du cru (blattes salées, chips à la baleine, apéricubes au concombre de mer, etc.), nous ne dénotions pas avec notre environnement.

Hanami, dont le but originel était d'aller admirer les blanches fleurs de cerisiers dans la brise parfumée d'un printemps commençant, sous une ombrelle de papier, consiste en effet de nos jours :

1) à étaler une bâche pour ne pas se mouiller le derrière,

2) à déballer les munitions qu'on a eu la prévoyance d'apporter,

3) à tout manger et boire. Et en faisant du bruit, si possible. C'est ça qu'est bien.

Mais les cerisiers en fleurs, eux, s'en fichent bien : les traditions humaines changent, mais la permanence de leur beauté demeure. Regroupés en véritables forêts blanches, ils sont, dans tous les sens du terme, éblouissants sous le soleil.



Ludo :

Avant de débuter ma partie de cet article, je tiens à préciser que je ne me comporte plus pas comme un ivrogne lorsqu’il s’agit de contempler ces arbres, comme Howard voudrait bien le suggérer. Elles sont désormais loin les années où hanami, littéralement : « on installe la bâche bleue entre les deux groupes de salarymen ou à côté des étudiantes qui piaillent ? », était synonyme de cuite mémorable mais cela fera l’objet d’un prochain article. L’enthousiasme de la contemplation des fleurs se muait petit à petit en un sentiment nettement plus obscur.

Première étape : « Oh regarde c’est bô ! »

Deuxième étape : « C’est sympa cette ambiance ! Surtout avec une bière à la main. »

Troisième étape : « Où est ma canette (boite) ? Ah ? Elle est vide ! »

Quatrième étape : « Ahahaharrh ! R’garde l’aut’ ! Il est trop bourré ! »

Cinquième étape : « M’énerve ces fichus pétales qui tombent dans mon verre ! »

Sixième étape : « Arh hé ! ‘lettes ! Délire ! » qu’il faut traduire par « C’était ma quatrième fois aux toilettes et je crois que je commence à m’habituer aux urinoirs remplis d’aliments prédigérés ».

Il se passa plusieurs années avant que je puisse retrouver l’ambiance d’antan, du moins ses premières étapes : soit la pluie s’y mêlait, soit les températures étaient trop basses, soit toutes vos connaissances étaient trop occupées pour se joindre à vous. C’est d’ailleurs grâce à cette dernière raison que Naoko et moi-même avons transformé ce qui devait être une sortie entre copains en premier rencard.

Cette année, le froid persistant de ce début de mois d’avril s’était atténué pour une journée, une seule, et nous choisîmes cette date pour nous en mettre plein la lampe pour nous extasier devant la beauté éphémère des fleurs de cerisier du parc de Tsurumai.

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