Souvenirs de maternelle

Publié le par Ludo

Parmi les souvenirs les plus marquants de ma « jeune jeunesse », mes premières années dans le milieu scolaire occupent une place privilégiée grâce à une succession de situations marquantes (outre celle-ci).

 

Ma toute première école accueillait des enfants de la première année de maternelle jusqu’au CE1. Je crois me souvenir que les effectifs par classe avait tout ce qu’il y a de plus humain et la cour, même pour mes jeunes yeux bleus, avait des proportions modestes. On y trouvait bien sûr du bitume, une grille en fer, un buisson et quelques arbustes en son centre, des bacs à sable, une fausse route avec des panneaux et des feux de circulation peints sur le sol et surtout le manège en plastique bleu, aux anses rouges et au centre blanc. Il ressemblait à une bête soucoupe volante sur laquelle on pouvait tenir à cinq ou six et tournait sur lui-même à vive allure pour peu que l’on s’en donne la peine. Curieusement je ne crois pas m’être disputé une seule fois pour monter sur l’engin sans doute parce que sa vitesse en avait traumatisé certains. Nous n’étions donc plus que quelques irréductibles à goûter aux fous rires de cette centrifugeuse.

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Le petit espace vert central abritait toujours après la pluie de nombreux escargots qui périssaient de nos mains non pas sadiques, mais trop maladroites. Une coquille reste fragile dans les mains d’un gamin de 6 ans. J’ai toujours à l’esprit cette désagréable sensation de voir couler entre mon pouce et mon index le jus froid et sirupeux d’un gastéropode agonisant. Ca, nous n’y allions pas avec des pincettes. La dernière fois que je décidais de prendre une de ces bêtes à cornes dans la main (en CP), je dus tendre le bras assez loin dans le buisson que j’ignorais truffé d’épines. L’une d’elle pénétra sans crier gare dans la veine de mon poignet non sans m’arracher un cri de douleur. La cicatrice, qui atteignait un bon centimètre de long subsiste toujours.

 

La délicatesse, nous ne connaissions pas et les bagarres fusaient pour un oui ou pour un non. Assez vite, mon adorable minois d’Anakin Skywalker prépubère comporta des traces de griffures qui mirent plusieurs années à disparaître. Parfois, trop c’était trop, et il fallait en avertir une autorité supérieure : « Maîtresse, il m’a attaqué » surtout si on était en réalité la cause de la rixe.

 

Les ennuis démarraient le plus souvent dans l’un des bacs à sable. Nous avions quelques ustensiles en nombre limité à notre disposition : seaux, passoires, spatules. Soit les conflits débutaient par les convoitises causées par ces outils précieux, soit parce que quelqu’un bafouait les règles élémentaires de savoir-vivre. Le bac à sable fonctionnait comme une petite entreprise. On y rencontrait des extracteurs de sable fin (dans le jargon de l’époque « sable doux »), des extracteurs de sable mouillé (dans le jargon de l’époque du « j’en veux pas de ta gadoue »), des extracteurs de graviers, des filtreurs, des architectes et des agents de démolition. Les filles manipulaient la denrée la plus rare, le sable doux, pour faire des choses passionnantes, comme le passer entre leurs doigts pour le mettre dans un seau et éventuellement en donner un peu aux architectes après plusieurs demandes désespérées de leur part. Les architectes manipulaient le sable mouillé mais aimait bien recouvrir leur œuvre de sable fin, juste pour faire joli. Pendant que certains creusaient ou filtraient, certains décidaient subitement de changer de rôle et de faire capoter toute l’entreprise : « Ahaharrrh je suis un monstre, je détruis tout ! » ou « Ahaharrh tiens ! De la gadoue dans ton sable blanc ! ». Ces vandales, toujours les mêmes (et parfois moi) demeuraient souvent puni à cause de la haine qu’il suscitait par un « va t’en, j’te cause pus » voire un « j’vais l’dire à la maîtresse ! ». C’est vrai quoi ! On ne mélange pas le demi-gras de l’anthracite à ce que je sache !

 

Tout rentrait finalement dans l’ordre quand l’un des camarades avait eu la bonne idée d’apporter des « chouines gommes ». Un peu radin sur les bords, le possesseur des friandises rechignait souvent à se délester de ses denrées et n’hésitait pas à proposer à ceux qui le voulaient un autre arrangement. La scène se déroulait la plupart du temps comme cela :

 

- Euh l’aut’ ! Tu manges un chouine-gomme hé !

 

- Ben euh ouais.

 

- Tu peux m’en passer un neuf ?

 

- J’en ai plus. Je t’en passe un vieux si tu veux, il a encore du goût.

 

Il coupait alors avec ses incisives une partie de la bête qu’il mastiquait et la tendait à l’intéressé. Cette pratique était répandue dans tout l’établissement.

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