Souvenirs de primaire

Publié le par Ludo

Une année restera à jamais ancrée dans ma mémoire : 1984-1985, j’étais en CM2.

 

Je garde de cette période une quantité impressionnante de souvenirs : les larmes déversées à la vision d’ET au cinéma, la terreur mêlée de fascination qu’inspirait le passage du clip de Thriller à la télé, et mes samedi après-midi devant l’émission culte Temps X des frères Bogdanof. Elle démarrait par la Quatrième Dimension (The Twilight Zone) et ses histoires tantôt comiques (l’homme qui se réveille un matin doué d’une force herculéenne), dérangeantes (le couple qui découvre qu’il vit dans une maison de poupée), ou parfois réellement effrayantes (l’humanité qui découvre que le livre appelé « Comment servir l’homme » offert soit disant en signe d’amitié par les extra-terrestres est en fait un livre de cuisine). Le reste de l’émission donnait la part belle aux coulisses des films de SF, aux romans spécialisés alors que chaque reportage était entrecoupé des commentaires des jumeaux vêtus d’une combinaison argentée dans un décor de vaisseau spatial où des figurants semblaient très concentrés sur la vérification et la manipulation de loupiotes clignotant un peu partout.

 

J’adorais la télévision et en profitais pleinement le samedi puisque j’étais soumis à un emploi du temps plutôt chargé dans la semaine. Lundi : escrime. Mardi : orchestre à cordes. Mercredi : solfège (pendant deux heures et demi soporifiques). Jeudi : cours de violon. Et une fois par mois le vendredi (?) pour m’achever : catéchisme. Le plus frustrant, c’était le solfège puisque je devais sacrifier le plaisir de regarder Récré A2 pour passer une éternité dans une salle de cours où tous les élèves ou presque étaient des collégiens, lycéens ou adultes… Ainsi je ne pus voir à l’époque la totalité de l’excellent dessin animé franco-japonais Les mystérieuses cités d’or. Je ne me suis rattrapé que récemment en constatant avec les larmes aux yeux que j’en avais manqué les trois quarts et que Sancho et Pedro n’avaient pas perdu de leur bêtise.

 

Quelques années plus tôt à partir de la maternelle il me semble, j’adulais Goldorak. Ce robot des années soixante-dix fut le héros de toute une génération et ma première idole. J’ai encore en tête les pouvoirs que je rêvais de posséder : fulguro-poings, corno-fulgure, astéro-haches… Moi aussi avec mon Goldorak miniature, je prononçais le nom de toutes ces attaques avant de pourfendre un ennemi (souvent un pauvre Playmobil anonyme). Je me suis d’ailleurs toujours demandé pourquoi les héros de dessin-animé japonais prenaient le risque d’annoncer tout haut leur prochain mouvement… Pas très tactique tout ça.

 

Après le robot à cornes, je jetais mon dévolu sur le Capitaine Flam. Les personnages (surtout Krag et Mala) tout comme les voix avaient un cachet particulier qui fait toujours effet plus de vingt ans plus tard comme j’ai pu le constater en revoyant le début de la série récemment (merci MP, ce fut une franche partie de rigolade). En revanche je fustigeais envers et contre tous Albator. Je n’y croyais pas. La recette galion pirate dans l’espace n’a jamais prise avec moi et j’ai toujours détesté les mélanges d’époque. Je ne portais pas X-or non plus dans mon cœur, mais comme c’était l’un des seuls trucs que j’avais le temps de voir le mercredi avant de partir au solfège, je faisais avec.

Image Hosted by ImageShack.us
 

A l’école, tout se passait pour le mieux et mes notes atteignaient des sommets. Je ne me doutais pas que cela allait lentement décliner quelques années plus tard. Trois d’entre nous se tenaient une lutte sans merci pour acquérir la meilleure moyenne du trimestre. Eternel deuxième, je pris néanmoins la pole position pour le dernier trimestre. Notre institutrice, l’inoubliable Madame Cararra, savait nous motiver pour éveiller notre perspicacité et sa gentillesse procurait une excellente ambiance dans la classe. Je crois sincèrement ne jamais avoir croisé d’autre enseignant de cette trempe.

 

L’établissement de taille moyenne comprenait trois classes par années et était régi par des bonnes sœurs mais celles-ci ne donnaient aucun cours. La directrice, la tyrannique sœur Noëlle-Agnès, était redoutée de tous. Il s’agit sans doute d’une image altérée par ma mémoire traumatisée mais je ne crois pas l’avoir vu sourire une seule fois. Elle s’avérait particulièrement nerveuse à la cantine. Le réfectoire consistait en une grande pièce où le moindre couvert tombé sur le sol résonnait dans un écho assourdissant. Le vacarme créé par des gamins au ventre vide pouvait vite devenir irritant et Sœur Noëlle-Agnès nous attendait au tournant avec plusieurs techniques pour que nous fermions notre clapet. La première et la plus courante consistait à s’époumoner dans un sifflet en tournant la tête afin d’abreuver tout le monde de décibels ou à quelques centimètres des oreilles dans les cas individuels. La deuxième, nettement moins utilisée, demeurait une variante du sifflet mais avec… une cloche de vache. La troisième, qui démontrait tout son acharnement, restait la plus ridicule. La première fois, qu’elle nous en fit part, je fus estomaqué. Elle avait un polaroïd en bandoulière et menaçait de prendre en photo les bavards et d’envoyer le tout aux parents des fautifs !

Publié dans Vieilles anecdotes

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :