Papy

Publié le par Ludo

Avertissement : certaines scènes peuvent choquer les amis des bêtes.

 

 

 

Mon grand-père maternel restera à jamais dans ma mémoire comme une personne chaleureuse, honnête, très attachée à la famille et dotée d’une force surhumaine.

 

Représentant de produits alimentaires en Franche-Comté, il se rendait régulièrement à son champs pour s’occuper de ses légumes et de ses moutons au moyen d’une 2CV. Le pauvre véhicule, s’il fonctionnait plus ou moins, était dans un état peu recommandable : des mottes de terre avaient recréé un appui non-uniforme pour les pieds, de la poussière recouvrait les sièges et une partie du tableau de bord, un barda incroyable dépassait du coffre pour envahir la banquette arrière et une odeur très forte de Gitane maïs persistait dans l’habitacle. Et pourtant, j’adorais monter dans cette voiture. Sa condition démontrait l’esprit bon vivant de son propriétaire.

 

On ne pouvait pas reprocher à notre homme de bien profiter de la vie. Les repas étaient bien arrosés et la nourriture ne manquait pas : pâtés, charcuterie, choucroute, salade, fromage, dessert faits maison… Il dégustait les fraises d’une bien curieuse manière puisqu’il les écrasait dans une assiette avec un peu de vin rouge.

 

Papy adorait la nature, mais à sa façon. Dénué de toute pensée kawaiiste, il appréciait les animaux, surtout pour leur chair. Les discussions au sujet du monde animal prenait parfois une envergure comique. Il nous racontait par exemple qu’il avait vu un renard sur la route. Suivant ses instincts de prédateur, il avait effectué une embardée dans le but précis d’en finir avec le goupil, et nous faisait part de sa tristesse d’avoir manqué sa cible !

 
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Il aimait chasser mais je pense que la pêche l’occupait beaucoup plus. Ce marin d’eau douce connaissait les meilleurs coins de la Saône et il ne manquait pas de s’y rendre plusieurs fois par semaine en barque. On ne peut pas dire qu’il faisait preuve de la même aisance en mer. Après quelques minutes de tangage, son visage affichait des couleurs inédites, et il prenait avec délicatesse son dentier dans la main avant de se retourner pour déverser dans les flots un type d’amorce qui ne devait guère avoir de succès avec le monde aquatique…

 

En rivière par contre, il demeurait l’homme de toutes les situations. Une fois que je l’accompagnais, j’eus la chance de ferrer la bête la plus tenace des lieux : un brochet. Il m’était impossible de m’en sortir seul vu le gabarit de l’animal et Papy vint à mon secours. Nous tirâmes ensemble sur la ligne puis il se saisit d’un crochet pour remonter ce qui ressemblait à Moby Dick. Oui bon d’accord, il ne devait pas dépasser les 40cm mais dans mes yeux d’enfant, c’était énorme. Le poisson n’apprécia pas trop le traitement qu’il subissait et commença à se débattre comme un parkinsonien électrocuté une fois dans la barque. Le capitaine le serra dans ses mains puissantes, leva les bras au-dessus de sa tête et frappa la tête de la pauvre bestiole sur le bord de l’embarcation… trois fois de suite. Du sang s’échappait en jet des plaies comme dans les films de samurai mais le brochet gesticulait encore. Bon sang, il n’aurait jamais dû broncher (le brochet) car il était désormais clair que les prochaines secondes de son existence écourtée allait devenir très douloureuse. Le bourreau asséna de tels coups d’Esox lucius que je crus que notre bateau allait chavirer. Moi je regardais d’un œil admirateur notre dîner redevenu calme, les gouttes d’hémoglobine ici et là et le maître pêcheur parfaitement zen reprendre assise pour préparer une nouvelle ligne. Génial !

 

Mon père fut témoin d’une scène similaire. Il put se rendre compte de la puissance des mains de son beau-père quand ce dernier était sur le point de préparer un lapin. Alors que le rongeur se débattait suspendu, l’inconscient eut le malheur de griffer son cuisinier. Enervé par cet insolent, il leva sa main pour donner un coup sur le cou du lapin pour qu’il succombe justement du coup du lapin. L’animal mourut sur le coup (du lapin) mais la tête séparée du reste du corps ! Oui, la baffe s’était abattue avec tant de violence, qu’elle avait décapité la boule de poils.

Publié dans Vieilles anecdotes

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