La série 24h rempile pour sa troisième saison.
6h04
Nouvelle zone académique oblige, je dois désormais me lever beaucoup plus tôt si je souhaite arriver à l’heure à l’une de mes cinq écoles éloignées de toute civilisation. Comme toujours je dois faire en sorte d’arriver avant 8h30 mais le peu de trains disponibles pour cette zone m’oblige à débarquer une demi-heure plus tôt.
Deux d’entre elles m’autorisent cependant à les rejoindre plus tard, avant le début de la deuxième heure généralement fixé vers 9h40 mais, encore une fois, le peu de trains ne me laisse pas beaucoup de liberté puisque je n’atteins ma destination qu’à 9h. Au final je ne bénéficie que de 30 minutes supplémentaires de sommeil deux fois par semaine…
6h47
Je quitte notre domicile en direction de la gare. Le souterrain de la Lucent Tower que j’empruntais avec beaucoup de plaisir en raison du temps précieux qu’il me faisait gagner n’est pas encore ouvert et je dois comme au bon vieux temps utiliser le chemin à l’air libre.
7h00
Je fais la queue devant le train. A ma gauche, une autre file de personnes visant la même rame s’est formée. Très curieux quand on pense que sur l’autre quai, et malgré les panneaux qui invitent les gens à le faire, tous se tiennent bêtement sur une file unique. A croire que le QI diffère d’un quai à l’autre…
Tout va bien aujourd’hui, mon collègue G. n’est pas là. Ce Britannique très sympa au demeurant me tient la causette sans interruption pendant une bonne partie du trajet : 40 minutes en moyenne. Je lui dirais bien que je ne me ferai jamais à ces nouveaux horaires, que le zombie autiste que je suis au réveil n’a guère envie de socialiser mais il le prendrait mal. G. fait preuve d’une certaine susceptibilité si l’on en croit ses dires. Il se plaint sans arrêt de ses écoles sans que je lui aie demandé quoi que ce soit :
- Je suis allé voir le principal parce que plusieurs élèves m’appelaient poil de nez.
- Ah ?
- Du coup je me les suis coupés. Comme ça ils ne me diront rien.
- Ah ?
Notez à quel point je m’intéresse à la conversation. Dans le cas des poils de nez, il faut dire que notre homme les avait sacrément longs. Je l’avais aperçu pour la première fois il y a quelques années et la première chose qui m’avait frappé restait sa pilosité nasale. Imaginez une crête de hyène dans un dé à coudre. Cette année donc, dès que nous fîmes connaissance, je ne pouvais m’empêcher de regarder ces buissons touffus.
Bref, alors que je n’aspire qu’à m’assoupir, son moulin à paroles ne cesse jamais. Aujourd’hui donc, je suis seul et, cerise sur le gâteau, j’ai déniché une place assise !
7h40
C’est l’heure du changement de train. Je dois sortir le plus vite possible en évitant ces abrutis de lycéens et lycéennes qui bloquent les portes à l’intérieur comme à l’extérieur, descendre les escaliers en slalomant entre d’autres abrutis de lycéens et lycéennes qui arrivent en sens inverse, courir sur cinquante mètres en contournant des sots de lycéens et lycéennes qui sortent de la gare, gravir au galop un autre escalier en me frayant un chemin entre des crétins de lycéens et lycéennes qui vont dans la même direction, me rendre au bout du quai en valsant entre des imbéciles de lycéens et lycéennes puis m’insérer dans un wagon déjà bondé de crevures de lycéens et lycéennes, le tout en moins de deux minutes. Non, les lycéens et lycéennes ne me mettent pas de bonne humeur. Sitôt en voiture, le train part. Trois ou quatre arrêts plus tard, il se vide enfin et je peux voir un autre de mes collègues, I., encore un Britannique. Nous nous connaissons de longue date et partageons un goût prononcé pour les matins calmes.
8h00
Je descends du train et me dirige vers le parking deux roues où m’attend le vélo prêté par l’école. Aujourd’hui, je me rends à celle qui se trouve en bord de mer.
8h15
Près d’une heure et demi après le départ de la maison, j’arrive enfin à bon port (port/mer=humour). Pour certains établissements je mets jusqu’à 1h40. Dès mon entrée dans la salle des professeurs, la réunion matinale démarre. Ces minutes inutiles m’ont toujours exaspéré mais je crois que cela a atteint un summum cette année. La sous-directrice mène le bal et n’omet aucun détail. On y parle de tout : problèmes avec certains élèves, pertes d’objets, directives du rectorat, préparation à l’événement bidule. Jusque là rien d’extraordinaire me direz-vous. Puis elle place une ou deux anecdotes, suivie du principal et du responsable des professeurs. Tout se déroule cependant dans une ambiance bon enfant. Viens ensuite le discours... Tous les jours, un prof différent doit parler pendant quelques minutes. A ce moment la tension monte d’un coup car la victime est choisie dans la seconde. Pour clore ce meeting, j’entre en scène. Je dois chaque semaine apprendre une phrase en anglais à mes collègues après l’avoir écrite sur un tableau blanc. Cette « leçon » ne dure pas plus de deux minutes mais je m’en passerais bien.
Alors que ce type de réunion se trouve expédiée en cinq, voire dix minutes ailleurs, ici elle dure près de vingt minutes !
8h35
Je peux enfin préparer mes cours de la journée.
8h50
Il me reste approximativement une heure avant la première classe que je mets à profit en prenant soin d’Ougl puisque dans toutes mes écoles je bénéficie d’un accès internet à mon bureau. Je n’apporte mon PC portable que les mardis et mercredis (parfois les jeudis aussi).
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